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LUNDI 8 JANVIER 2018 - Fête du Baptême du Seigneur

Installation de la Fraternité des Sœurs Bernardines de Moulins - Monastère du Jassonneix

Frères et sœurs, la joie qui est née de la Nativité du Sauveur trouve aujourd’hui son accomplissement dans cette fête du Baptême du Seigneur. Et, à cette joie vient s’ajouter un motif supplémentaire pour nous qui sommes ici réunis dans la chapelle du monastère du Jassonneix : par l’installation officielle de la fraternité des Sœurs Bernardines se manifeste la présence vivante et agissante de l’Esprit Saint qui ne cesse d’enrichir l’Eglise par le don de la vie consacrée, de la vie contemplative ; et nous ne pouvons que nous réjouir de cela.

Le temps liturgique de Noël qui se clôture avec la fête du Baptême de Jésus nous a fait méditer et contempler le mystère de l’Incarnation, lequel révèle que notre destin a désormais le visage de cet Enfant de la crèche en qui Dieu nous a manifesté la plénitude de son Amour. Visage du nouveau-né qui n’a pas trouvé sa place dans l’hôtellerie de Bethléem, visage de l’exilé fuyant la colère d’Hérode, visage de l’immigré en terre étrangère, visage du jeune nazaréen accompagnant ses parents à Jérusalem pour la fête de la Pâque, avant de « descendre » avec eux à Nazareth, et, aujourd’hui, visage du Fils bien-aimé qui « descend » dans les eaux du Jourdain pour y recevoir le baptême de celui qui n’est pas digne de s’abaisser pour défaire la courroie de ses sandales.

Toute sa vie, Jésus n’a fait que « descendre ». Lui qui est Dieu, il s’est abaissé, devenant obéissant jusqu’à la mort. Il est même « descendu aux enfers », comme le dit le Credo, pour signifier qu’il est allé au plus profond de l’abîme chercher ceux qui étaient perdus – Adam et Eve et leur descendance. Le Mystère du Baptême signifie cette même descente ; en hébreu, le mot « Jourdain » ne signifie-t-il pas « le descendeur » ! Là, dans ces eaux qui descendent depuis le Mont Hermon jusqu’à la mer morte, il descend lui-même, s’identifiant aux pécheurs qui viennent recevoir un baptême de conversion – lui qui est sans péché et qui n’a pas besoin de conversion. L’ « admirable échange » dont parle la liturgie de Noël trouve ici, après la crèche, une nouvelle expression préfigurant déjà celle de la croix.

L’évangéliste saint Marc précise que Jésus vit les cieux se déchirer. Nous savons que la tradition juive considérait que les cieux s’étaient comme fermés depuis que les derniers prophètes s’étaient tus. D’où la prière d’Isaïe que nous reprenons chaque année pendant l’Avent : « Ah, si tu déchirais les cieux, et si tu descendais… ». Or, voilà qu’aujourd’hui les cieux s’ouvrent et que la voix du Père se fait entendre. Voici venu pour l’Enfant de la crèche (infans = celui qui ne parle pas) l’heure du témoignage. Avec Jésus au baptême, Dieu prend Parole ; il est le Fils bien-aimé qu’il faut écouter.

Ouvrons, aujourd’hui, notre cœur pour entendre Celui qui ne crie pas, qui ne hausse pas le ton et dont on n’entend pas la voix sur les places publiques.

En commençant l’homélie, je vous disais que la joie de Noël trouvait comme son accomplissement dans la fête d’aujourd’hui et qu’un motif supplémentaire s’ajoutait à cette joie : celui de l’accueil de nos Sœurs Bernardines de Moulins. Chers sœurs en Christ, laissez-moi vous dire ma joie et celle de toute l’Eglise qui est en Corrèze de vous accueillir en ce lieu. Merci à Sœurs Joëlle et Monique de vous avoir déjà accueillies. Je les remercie pour leur présence ici depuis de nombreuses années et, avec elles, leurs deux sœurs qui ont rejoint l’Abbaye de La Coudre. Vous ne partez pas, mais commence pour vous une autre forme de présence, plus effacée. En ce temps de Noël, vous vivez en quelque sorte le mystère du « Nunc dimittis » de Syméon et de la prophétesse Anne, que la liturgie nous faisait encore méditer, à deux reprises, ces jours derniers. Cela ne signifie pas que les sœurs Bernardines soient comme le Messie, mais on pour dire, qu’avec leur arrivée, nous sommes dans la grâce d’un commencement, d’une naissance, d’un baptême en quelque sorte…

Une page se tourne au Jassonneix. Avec vous, Sœurs Bernardines, Dieu va écrire une page nouvelle de la présence de la vie contemplative sur ce haut plateau corrézien, où les grands espaces silencieux se prêtent admirablement à la prière, car ils sont comme une sorte d’écrin pour que la prière s’y épanouisse et monte vers le Ciel en louange et en intercession incessantes. Vous serez les sentinelles de Dieu pour tous les fidèles du Christ et tous les hommes et femmes de cette terre corrézienne. Vous nous rappellerez à tous, ministres ordonnés, laïcs et autres consacrés, que la prière est la première source de la foi et de la mission pour tous les disciples-missionnaires du Christ. Vous nous rappellerez que c’est par la prière, d’abord et toujours, que nous pouvons puiser aux Sources vives du Salut, en exultant de joie. Soyez-en profondément remerciées.

Permettez que j’exprime aussi ma gratitude, au nom du diocèse, à votre évêque protecteur, Mgr Laurent Percerou, ici présent. Il ne me l’a pas dit, mais je comprends que ce n’est pas sans quelque tristesse qu’il vous voit quitter son diocèse. Mais je sais sa joie de vous remettre à la grâce de Dieu pour la joie du diocèse de Tulle ! J’y vois un beau signe de la sollicitude des Eglises entre elles et de la collégialité épiscopale, laquelle se manifeste entre autres par le souci de l’évêque pour toutes les Eglises, en communion avec le successeur de Pierre. A ce titre, votre présence parmi nous, Excellence, monseigneur Périsset, vous qui avez été Nonce apostolique, représentant du Saint-Père auprès de diverses Eglises locales, est un témoignage supplémentaire de cette communion des Eglises cum Petro et sub Petro. Je vous en remercie.

Je sais bien, mes sœurs, tout ce que vous devez aux moines de l’Abbaye de Sept-Fons. Je tiens donc aussi à exprimer toute ma reconnaissance au Père Abbé, Dom Patrick et à la communauté de cette belle Abbaye qui a présidé à votre naissance, qui vous soutient et continuera de vous soutenir, notamment par la présence d’un frère comme chapelain.

Enfin, je tiens à dire un merci tout particulier à vous, Sœur Myriam, mère abbesse de Notre-Dame de Lacoudre. Sans vous, les sœurs Bernardines ne seraient pas là aujourd’hui. Etant donné leur souhait d’être un jour incorporées à l’Ordre cistercien de la stricte observance, votre communauté les a prises sous son aile et vous êtes pour elles des sœurs aînées, en qui elles trouvent appui et soutien.

Chers frères et sœurs, ce jour est un jour béni et avec vous, je rends grâce au Seigneur. Puisse la grâce spirituelle attachée à cette fête du baptême du Seigneur augurer d’autres nombreuses grâces liées à la présence des Sœurs Bernardines ici, au monastère Sainte Marie du Jassonneix ! Que Notre-Dame de Guadalupe, chère à mon cœur d’évêque, puisque j’ai été nommé le jour de sa fête, protège votre fraternité et fasse pleuvoir sur vous de belles fleurs de sainteté, pour la gloire de Dieu et le salut du monde ! Amen.

 

+ Francis Bestion

Evêque de Tulle