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Dimanche 19 mars 2017 - 3ème dimanche de Carême – Année A

Communauté corrézienne - Paris

 

« Le Seigneur est-il vraiment au milieu de nous ou bien n’y est-il pas ? »

C’est l’épreuve de la soif dans le désert qui pousse le peuple hébreu à incriminer Moïse et à récriminer contre Dieu. « Accusation » et « défi » ; « Massa » et « Mériba ». C’est ainsi que l’auteur du livre de l’Exode résume les sentiments du Peuple Elu envers son Dieu…

Frères et sœurs, si nous y regardions de près, nous en trouverions, dans nos propres vies, des « Massa » et des « Meriba », car, nous aussi, il nous arrive d’avoir soif… parce que la route est longue, parce que nous devons aussi traverser des déserts et que le poids des jours et des ans, le poids des soucis et des épreuves peuvent parfois nous accabler. Alors, nous aussi, nous pouvons être tentés de mettre Dieu en accusation ou du moins de le mettre au défi.

Rendons-nous attentifs à la parole du psalmiste :

« Aujourd’hui, écouterez-vous sa parole ?

« Ne fermez pas votre cœur comme au désert, où vos pères m’ont tenté et provoqué et pourtant ils avaient vu mon exploit ».

C’est bien normal que nous éprouvions la soif, que nos corps et nos âmes éprouvent la fatigue ; chacun d’entre nous peut d’ailleurs prendre le temps, en ces jours de Carême, de nommer ces soifs. Elles ne sont pas les mêmes pour tous, même si, au fond, des soifs communes nous rapprochent : la soif du bonheur, la soif de la vérité, la soif de la justice, la soif de la paix, la soif de la Vie. Ces soifs-là habitent le cœur de tous les humains, même si tous ne sont pas capables de les nommer.

Le malheur est que les humains bien souvent ne demandent pas à boire pour ces soifs-là. Ils se contentent, comme la femme de Samarie d’aller puiser de l’eau pour leurs soifs ordinaires, leurs soifs toutes naturelles.

Cependant, le besoin naturel de se nourrir, le besoin naturel de boire ne peuvent ni assouvir nos faims ni étancher nos soifs d’absolu. Le premier dimanche de Carême, nous avons entendu Jésus répondre à Satan : « l’homme ne vit pas seulement de pain »..

En ce troisième dimanche de Carême, c’est une autre parole que nous entendons de la bouche de Jésus : « Donne-moi à boire ! ». Cette Parole est pour chacun et chacune d’entre nous. La Samaritaine s’indignait de cette demande de Jésus. Sans nous indigner, nous pourrions trouver bien étrange que le Seigneur nous demande de lui donner à boire… Nous, pauvres humains, que pourrions-nous donner à Dieu ?

Et pourtant, si nous nous rendons attentifs aux appels de Dieu dans la Bible, nous nous rendons compte que nous ne sommes pas les premiers à qui Dieu a demandé quelque chose ! La Bible est même remplie de telles demandes, faites à des hommes et des femmes : un certain Abraham, un certain Moïse, un certain Samuel, un Jérémie, et puis, un certain Joseph et une certaine Marie, ou encore de simples pêcheurs du Lac de Tibériade, un publicain Lévi, un certain Saul de Tarse qui persécutait les chrétiens… Et tous, c’est vrai, ont manifesté leur surprise et fait valoir leur incapacité : « Tu n’y penses pas, Seigneur ! Qui suis-je pour faire ce que tu me demandes ? »

« Donne-moi à boire ». Nous pourrions répondre : « Seigneur, c’est moi qui ai soif et c’est toi qui me demandes à boire… ! »

Mais comme la Samaritaine, nous l’entendons nous répondre : « Si tu savais le don de Dieu… »

Oui, frères et sœurs, au bord de nos puits sans eau, nous entendons Jésus nous dire « donne-moi à boire », parce qu’il s’intéresse à nous, à notre soif véritable de la vraie vie. Et alors que nous serions tentés de lui répondre que nos puits sont asséchés, il nous dit encore, comme à la Samaritaine : « Si tu savais le don de Dieu, c’est toi qui m’aurais demandé et je t’aurais donné l’eau vive ».

Par ignorance, par peur, par indifférence, par lâcheté, par crainte de notre indignité, voilà que nous pouvons passer à côté du don de l’eau vive ! Pire encore : nos « Massa » et nos « Meriba » - comme les hébreux – risquent de fermer nos cœurs au véritable don de Dieu… Nos faims et nos soifs naturels, nos désirs terrestres, nos appétits charnels nous feraient-ils perdre de vue la soif véritable ?

Ecoutons Jésus nous redire : « si tu bois de l’eau de ce puits, tu auras encore soif, mais si tu bois de l’eau que moi je te donne, alors tu n’auras plus jamais soif ; cette eau deviendra en toi source jaillissante pour la vie éternelle ! »

A vrai dire, mes amis, cette eau, elle nous a déjà été donnée. Saint Paul nous le rappelait dans la deuxième lecture : « Frères, Dieu a fait de nous des justes par la foi » ; « par la foi, l’accès au monde de la grâce », nous a été donné. « L’Espérance ne trompe pas, puisque l’amour de Dieu a été répandu dans nos cœurs par l’Esprit-Saint qui nous a été donné ».

Il s’agit du baptême que nous avons reçu et avec lui des dons les meilleurs : la foi, l’espérance et la charité.

Cette grâce première et suprême nous préparait à recevoir toutes les autres grâces pour raviver sans cesse en nous le don de Dieu. Mais pour cela, nous devons entendre la demande de Jésus : « Donne-moi à boire ». Sur la croix, cette demande deviendra un cri : « j’ai soif ». La tendresse de Dieu, son amour, sa miséricorde pour nous sont tels qu’il va jusqu’à se faire le mendiant de la soif pour nous attirer à lui, comme si lui qui est la plénitude de l’Amour voulait recevoir quelque chose de nous… Ne nous y trompons pas : c’est encore pour mieux se donner à nous : « si tu savais le don de Dieu … »

Le temps du Carême est ce temps de grâce où le Seigneur veut raviver en nous le don que nous avons reçu au baptême. C’est le don de l’Esprit Saint qui fait des chrétiens de « vrais adorateurs », capables de prier le Père « en esprit et en vérité » (v.23). Seule cette eau peut assouvir notre soif du bien, du vrai et du beau ! Seule cette eau, qui nous est donnée par le Fils, peut irriguer les déserts de l’âme inquiète et insatisfaite « tant qu’elle ne repose en Dieu », selon la célèbre expression de saint Augustin.

Alors, approchons-nous du véritable puits, de la véritable source ! Approchons-nous de Jésus ! Il est assis près de nos puits sans eau… et il nous attend. Amen.

 

+ Francis BESTION

Evêque de Tulle

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