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19 octobre 2017 - Jeudi 28ème semaine Temps ord.

Conseil du presbyterium - Maison diocésaine

HOMELIE

 

« Vous avez enlevé la clef de la connaissance ; vous n’êtes pas entrés et ceux qui voulaient entrer, vous les en avez empêchés ».

Ces paroles de Jésus adressées aux pharisiens, comment les faire nôtre aujourd’hui ? Nous ne sommes plus dans la situation que décrit saint Paul dans l’épître aux romains, où il est question de la justification, laquelle ne peut pas venir de la Loi de Moïse, mais seulement de la foi en vertu de la Rédemption accomplie par le Christ.

Les paroles de Jésus dans l’évangile de saint Matthieu témoignent de cette tension entre la Synagogue et l’Eglise qui finira par une rupture à la fin du 1er siècle. Mais en quoi cela nous concerne-t-il ? Il n’y a plus de pharisiens, plus de docteurs de la Loi. Et ce n’est pas la peine de chercher des analogies avec tel ou tel groupe. Si les paroles de Jésus nous concerne toujours au plus haut point, c’est parce qu’elles portent sur ce qu’il y a de plus essentiel : le salut. Ca, c’est toujours d’actualité. Et pourtant, jamais peut-être dans les sociétés humaines on s’est aussi peu préoccupé du salut qu’aujourd’hui. Beaucoup de nos contemporains se tiennent éloignés de la foi en Jésus Christ, et à cela on peut trouver toutes sortes de raisons, la principale étant le passage du rouleau compresseur de la sécularisation. Mais, fondamentalement, on peut dire que nos contemporains n’ont plus conscience d’avoir besoin d’être sauvés ! Sauvés de quoi ? Pour eux la question de la justification ne se pose pas, même si une grande anxiété règne au sujet de la mort. Même chez bon nombre de catholiques, le salut n’est pas la préoccupation centrale de l’existence. On se fait beaucoup plus de souci pour la santé du corps que pour le salut de l’âme.

Et nous, comme prêtres, nous sommes situés dans cette ambiance. Et elle peut finir par déteindre sur notre propre manière de vivre. La clef de la connaissance nous l’avons et nous ne cherchons pas à empêcher les gens d’entrer, du moins pas volontairement. Mais, nous, est-ce que nous entrons ? C’est la grande question, en fin de compte, de notre vie, à chacun, vous et moi. Est-ce que nous avons besoin du salut, est-ce que nous sommes prêts à nous laisser sauver, est-ce que nous entrons, par notre manière de vivre, dans le mystère de la rédemption ?

Les pharisiens, en refusant de reconnaître que leur péché plus spirituel et plus secret avait autant besoin de rédemption que celui, évident, des publicains et des païens, se sont enfermés dans ce que Jésus dénonce comme leur « hypocrisie ». Devant le Saint, le trois fois saint, apparaît l’universelle complicité dans le péché de tous les hommes, qu’ils soient pécheurs de manière moins grave, comme les pharisiens qui se pensent « justes », ou d’une manière plus grave et manifeste comme les pécheurs publics.

Demandons la grâce de ne jamais nous considérer comme des « justes » qui n’auraient pas besoin du salut et qui tomberaient dans l’hypocrisie. Le pape dénonce souvent ce risque qui menace le clergé. Que l’eucharistie que nous célébrons chaque jour nous fasse prendre conscience de notre profonde indignité, de notre péché caché et du besoin que nous avons d’être sauvés par la Croix du Christ.

 

+ Francis BESTION

Evêque de Tulle

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