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15 janvier 2017 - 2ème dimanche du Temps Ordinaire – A

Journée mondiale du Migrant et du Réfugié - Cathédrale de Tulle

 

Frères et sœurs, après le temps de l’Avent et le temps de Noël, nous sommes entrés dans le Temps Ordinaire, comme le nomme la liturgie de l’Eglise. Pendant plusieurs semaines, nous allons suivre Jésus dans l’ordinaire de sa vie publique, inaugurée par son baptême dans les eaux du Jourdain. Nous allons pouvoir le contempler priant, prêchant et guérissant, jour après jour, en allant de ville en ville, de village en village, dans la Galilée.

Cet « ordinaire » de la vie de Jésus, il se manifeste, aujourd’hui, dans l’ordinaire de la vie de l’Eglise. Comme le Christ, avec Lui, par Lui et en Lui, l’Eglise prie et célèbre la louange de Dieu ; l’Eglise prêche pour annoncer la Bonne Nouvelle, l’Evangile du Salut (elle le fait de bien des manières, par la catéchèse, les enseignements, les homélies, aussi et surtout par le témoignage de foi, d’espérance et de charité de ses membres) ; l’Eglise, en fin, guérit, par la grâce de ses sacrements, institués par le Christ pour prolonger son incarnation, elle guérit par l’accompagnement des personnes, en particulier des plus fragiles, des plus pauvres, des plus petits – les handicapés, les malades, les personnes isolées, les prisonniers, les sans abris, les affamés). Il est très important que nous prenions davantage conscience de cette proximité, de cette communion entre la vie de l’Eglise et ce que fut la vie ordinaire de Jésus de Nazareth, le Fils de Dieu. La vie de chaque baptisé, de chaque enfant de Dieu, chaque fils et fille de l’Eglise, parce qu’elle participe de la dignité du Christ Prêtre, Prophète et Roi est marquée – même si cela reste sans cesse à concrétiser davantage – par ces trois dimensions essentielles et inséparables que sont l’annonce de l’Evangile, la célébration des mystères du salut et le service de la charité fraternelle. En entrant dans le temps ordinaire de la liturgie, chacun d’entre nous est invité à se poser la question suivante : quelle part est-ce que je prends, en Eglise, à l’imitation du Christ qui prêche, qui prie et qui guérit ?

En ce dimanche, l’Eglise célèbre la journée mondiale du migrant et du réfugié. C’est une institution ancienne, puisqu’elle remonte à une initiative du pape Benoît XV, en 1914. Même si l’appellation et la date de cette célébration ont connu depuis bien des variations.

La mobilité humaine – quelles qu’en soient les raisons – est un phénomène ancien (aussi ancien que l’humanité) et l’Eglise, d’une manière ou d’une autre, a manifesté, au long des siècles, une attention particulière aux personnes migrantes et aux personnes réfugiées. Elle ne le fait pas par simple philanthropie, mais pour des raisons très profondes dont certaines tiennent à sa nature même.

Tout d’abord, les chrétiens, les disciples de Jésus-Christ ne peuvent pas oublier que leur Maître et Seigneur fut lui-même, dès le commencement de sa vie terrestre, un migrant et un réfugié. Ce détail, qui n’en est pas un, nous est rapporté par l’évangéliste saint Matthieu. pour échapper au massacre des enfants de Bethléem, ordonné par le cruel Hérode, la sainte famille de Marie, Joseph et l’Enfant Jésus, est contrainte de prendre la route de l’exil et de se réfugier en Egypte. Celui qui n’avait eu pour berceau qu’une mangeoire d’animaux devient, aussitôt né, un migrant et un exilé. Le même saint Matthieu, au chapitre 25 de son évangile, sur le jugement dernier, ne pouvait pas ne pas avoir à l’esprit cet épisode de l’enfance du Christ, lorsqu’il rapporte cette parole de Jésus à la foule : « j’étais un étranger et vous m’avez accueilli », « j’étais un étranger et vous ne m’avez pas accueilli ». Dès sa naissance Jésus a été identifié à tous les migrants et les réfugiés de l’histoire des hommes ; et dans ses paroles évoquant le jugement dernier, il invite les disciples à discerner sa présence dans ceux et celles de ses frères et sœurs en humanité qui connaissent ou connaîtront un jour la même épreuve. Moi, c’est eux ; eux, c’est moi.

Si l’Eglise s’est toujours préoccupé des migrants, c’est aussi pour une raison qui tient à ce qu’elle est en elle-même. Dans le Credo, nous disons quelle est une, sainte, catholique et apostolique. Parmi ces adjectifs qui qualifient l’Eglise, celui de catholique indique l’universalité de l’Eglise. Quant nous nous préoccupons des migrants et des réfugiés, nous sommes nous-mêmes, parce que dans l’Eglise personne n’est étranger. La catholicité de l’Eglise est telle qu’elle embrasse « toutes les nations, les tribus, les peuples et les langues » ! Chacun est précieux, chacun a de la valeur aux yeux du Seigneur. Ces expressions du livre d’Isaïe (première lecture), qui, dans la bouche de Dieu, qualifient le peuple d’Israël, préfigurent l’Eglise, nouvel Israël de Dieu, pour être lumière des nations, pour que le salut de Dieu parvienne jusqu’aux extrémités de la terre. Par-delà les couleurs de peau, les langues et les différences culturelles, par-delà même les différences religieuses, il y a quelque chose d’extrêmement profond qui nous unit et nous rend frères ; c’est le fait que Jésus-Christ, le Verbe incarné, offre son salut à tous les hommes. L’Eglise, de ce fait, est appelée à en être le signe et la semence dans le monde. Dans l’Eglise, personne ne doit se sentir étranger, parce que tout baptisé, et plus largement tout homme, toute femme, est un frère ou une sœur.

Dire de l’Eglise qu’elle est « catholique » exprime certes son identité singulière par rapport aux autres confessions chrétiennes et aux religions, mais plus essentiellement, cette expression signifie son universalité, parce qu’elle est l’Eglise du Christ, venu sauver l’humanité. Concrètement, frères et sœurs, cela signifie que nous portons une grande responsabilité dans l’accueil de tous ceux qui, aujourd’hui, cherchent refuge et hospitalité. Responsabilité, non seulement au nom d’un certain humanisme, mais à cause de notre appartenance à l’Eglise, une, sainte, catholique et apostolique. Cela ne signifie pas que nous soyons naïfs au point d’ignorer ou de refuser de voir les difficultés réelles que constituent aujourd’hui les grands phénomènes migratoires dans le monde, en Europe, dans notre pays. Mais, parce que nous sommes catholiques, nous devons, malgré ces difficultés, tout mettre en œuvre, avec créativité et espérance, pour inventer des chemins pour aujourd’hui et demain, dans la fraternité, la justice et la paix, afin que toute personne puisse faire l’expérience, à nos côtés, d’avoir du prix, d’être précieux aux yeux de Dieu, aux yeux du Christ, aux yeux de notre Mère Eglise. Amen.

 

+ Francis Bestion

Evêque de Tulle

 

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