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lundi 5 octobre 2015 - Obsèques de M. l'Abbé Ferdinand BUGE

Eglise d'Ussel

"Ubi caritas et amor, Deus ibi est", "Où sont charité et amour, là Dieu est présent". C'était comme la devise de l'Abbé BUGE, et il la rappelait encore quelques heures avant sa mort à M, l'Abbé Vincent Damian qui lui rendait visite. Il prenait aussi l'image du labour pour dire qu'il avait essayé de semer le bon grain de l'amour fraternel.

Saint Jean de la Croix, le grand mystique espagnol disait qu' "au soir de notre vie, c'est sur l'amour que nous serons jugés". Il n'inventait rien puisque la Sainte Ecriture ne dit pas autre chose. "Parce que nous aimons nos frères, nous savons que nous sommes passés de la mort à la vie", nous dit saint Jean dans sa première Lettre ; nous venons de l'écouter. On pourrait résumer cela en disant que refuser d'aimer, c'est mourir, et qu'aimer c'est vivre ! Saint Paul, dans une Hymne bien connue parle de "voie supérieure à toutes les autres pour obtenir ce qu'il y a de meilleur".

Quel est le fondement de toutes ces affirmations ? C'est le fait que l'Amour est un don de Dieu, un don qui surpasse tous les autres. Il y a deux autres grands dons de Dieu : la foi et l'espérance. La foi et l'espérance nous sont données pour notre existence d'ici-bas, pour notre pèlerinage sur la terre. On croit en Dieu et on espère en la vie éternelle. Mais une fois le but atteint, à la fin de notre vie terrestre, il n'y aura plus besoin de foi et plus besoin d'espérance.

Il n'en va pas de même du don de l'Amour. L'Amour est la voie supérieure à toutes les autres, parce qu'il nous permet de ressembler à Dieu. Et, parce que, comme Dieu, l'Amour est éternel, il ne passe pas. L'Amour n'est pas une qualité humaine, il n'est pas non plus un attribut de Dieu parmi d'autres ; il est la substance même de Dieu. Voilà pourquoi l'évangéliste saint Jean ne dit pas seulement que Dieu aime, mais que "Dieu est amour". On ne peut dire cela d'aucun homme, d'aucune femme sur la terre. On peut bien dire d'un homme et d'une femme qu'il ou elle aime, mais qu'il ou elle est amour ! Dire que Dieu est amour revient à dire que ce qui constitue l'être même de Dieu, c'est l'Amour. Ce n'est pas une qualité, c'est CE qu'est Dieu en lui-même.

Voilà pourquoi, frères et sœurs, l'Amour, la Charité est ce qu'il y a de meilleur, ce qui rend Dieu présent parmi nous. Si nous aimons, nous ressemblons à Dieu. Si nous sommes capables d'aimer, c'est parce que nous avons été créés à l'image de Dieu et parce que, malgré notre état de pécheurs, Dieu, dans sa grande miséricorde – qui est un autre nom de l'Amour- peut pardonner nos fautes et raviver sans cesse en nos cœurs la flamme de la charité.

S'il y a une chose que nous devrions sans cesse garder à l'esprit, c'est qu'en aimant nous ressemblons à Dieu. Qui que nous soyons, croyants ou incroyants, lorsque nous aimons, en acte et en vérité (non pas par des paroles et des discours), nous ressemblons à Dieu, nous sommes vraiment son image en ce monde. Et cet Amour, comme le dit saint Jean est source de paix. Cette Paix qui était celle de notre ami, l'Abbé BUGE, à quelques heures de sa pâque, de son passage de ce monde à la vie éternelle.

Fils de laboureur, il a labouré – selon son expression – pour semer l' bon grain de l'Amour et cela a été la joie et la paix de sa vie de baptisé et de prêtre.

Frères et sœurs, l'Amour divin n'est pas une théorie philosophique, il n'est pas une idéologie. Dieu ne se paye pas de mot pour manifester ce qu'il est en lui-même. A quoi reconnaissons-nous son Amour ? Dans le fait que Jésus, le Fils de Dieu, a donné sa vie pour nous. L'Amour de Dieu a un prix : celui du Sang versé sur la Croix. "Il n'y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu'on aime" a dit Jésus, et il l'a fait.

Cet amour absolu et total du Christ, dans son Mystère pascal, nous le célébrons dans les sacrements de l'Eglise qui sont le prolongement de l'Incarnation du Christ. Ces sacrements, l'Abbé BUGE, comme baptisé, les a reçus et, comme prêtre, il les a donnés, pour que la vie et l'amour du Christ se répandent dans les âmes. C'est vrai, au plus haut point, dans le sacrement de l'Eucharistie, la Messe, où le Mystère pascal du Christ – sa Mort et sa Résurrection – sont actualisées par la grâce du Saint-Esprit et le Sacerdoce du Prêtre. L'Eucharistie est vraiment par excellence le sacrement de l'Amour, le sacrement de la Charité. C'est pour cela qu'elle est le sacrement de la Présence réelle du Christ. Là où son Amour et Charité, là Dieu est présent. C'est dans ce sacrement célébré quotidiennement que le prêtre puise la force, la grâce pour vivre son ministère pastoral, pour labourer et semer le bon grain de l'amour ; c'est dans ce sacrement que tous les baptisés peuvent, au plus haut point, s'unir à l'offrande du Christ à son Père et qu'ils peuvent eux aussi trouver la force d'aimer leur prochain.

Confions nous les uns et les autres et confions l'Abbé Ferdinand BUGE à l'intercession de la Sainte Vierge, elle qui se tenait debout au pied de la Croix ; elle qui, par son "oui" de l'Annonciation a permis la venue du Verbe éternel du Père en ce monde, elle par qui – je reprends une expression de l'Abbé BUGE – "Dieu s'est mis à notre portée". Amen.

 

+ Francis Bestion

Evêque de Tulle

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