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4 avril 2015 - Messe de la Vigile Pascale

Cathédrale de Tulle

"Qui nous roulera la pierre pour dégager l'entrée du tombeau ?"

Frères et sœurs, cette question des femmes se rendant au tombeau de bon matin pour embaumer le corps de Jésus, c'est aussi la nôtre d'une certaine façon, 2000 ans plus tard. Pour Marie-Madeleine, Marie, mère de Jacques, et Salomé, il y a un obstacle de taille qui les empêche d'avoir accès au mystère de la Résurrection : c'est la pierre qu'on a roulée devant le tombeau pour en fermer l'entrée.

Aujourd'hui, ne peut-on pas se demander : quelles sont les pierres qui empêchent beaucoup de nos contemporains, même certains qui se disent chrétiens, et peut-être nous-mêmes, d'avoir vraiment accès au Christ ? Qui pourrait rouler pour nous ces pierres ? Qui nous permettrait d'entrer dans la vie du Ressuscité ?

Tout au long de notre route de baptisés, nous rencontrons des obstacles qui freinent ou bloquent notre accès à la vie du Christ. Ces obstacles ne sont pas extérieurs à nous-mêmes, mais ils sont en nous, dans notre esprit et dans notre cœur. Le travail spirituel qui consiste à franchir ces obstacles, à s'en débarrasser, s'appelle la conversion. Le malheur, bien souvent, c'est que nous comptons trop sur nos propres forces, alors que l'Evangile nous révèle que c'est avant tout l'œuvre de Dieu. Les femmes embaumeuses se rendant au tombeau de Jésus se demandaient qui pourrait bien leur rouler la pierre du tombeau. Elles pressentaient que leurs propres forces n'y parviendraient pas. Mais elles n'envisageaient pas que la puissance de Dieu pouvait le faire. Et nous-mêmes, pourrons-nous envisager que la puissance divine soit suffisante pour dégager les pierres qui obstruent nos cœurs et nos intelligences ? Comment se fait-il que tant de chrétiens aient du mal à croire à la Résurrection du Christ et préfèrent croire à une sorte de survie spirituelle hypothétique ou à des croyances obscures venues du fonds des âges, comme celle de la réincarnation ? Quelles sont donc les pierres qui cachent à leur esprit et à leur cœur la lumière du Ressuscité et font qu'ils ressemblent à ces millions d'être humains habitant les mégapoles du monde et qui n'ont jamais vu la clarté d'un ciel étoilé parce que la pollution a installé une chape de ténèbres au dessus de leur tête ?

Ce soir, la liturgie de la Parole veut nous aider à comprendre à quel point la puissance de Dieu, depuis l'origine du monde jusqu'à aujourd'hui, est toujours à l'œuvre. C'est Dieu qui a voulu la création, c'est lui qui du néant a fait surgir l'être et la vie et veut la conduire à sa perfection. Il a guidé le Peuple de la 1ère Alliance de l'esclavage à la liberté, lui permettant de franchir la barrière des flots de la mer Rouge pour atteindre la Terre Promise. Et puis lorsque les temps furent accomplis, la prophétie de Baruch s'est réalisée : "la Sagesse est apparue sur la terre, elle a vécu parmi les hommes". Dieu a envoyé son propre Fils qui s'est livré pour nous sur l'autel de la Croix afin de nous arracher à l'esclavage du péché et de nous ouvrir le chemin de la vraie vie, de la vie éternelle.

Cette nuit où nous célébrons la résurrection du Christ, une lumière mystérieuse se diffuse sur nos vies et sur l'humanité tout entière, comme la lumière du cierge pascal, symbolisant le Christ, et la lumière de nos petits cierges s'est diffusée dans l'obscurité de cette cathédrale lorsque nous y sommes entrés. Ce dont le Peuple d'Israël a fait l'expérience en traversant la Mer Rouge à pied sec, nous le vivons aussi par notre baptême qui nous fait échapper à l'esclavage du péché en nous conduisant à travers les eaux qui sont à la fois les eaux de la mort et de la vie. Ce qu'Israël a vécu au désert de l'Exode, nous le vivons aussi dans chacune de nos histoires personnelles. Pour nous la Terre Promise, c'est notre renaissance dans la Christ. L'itinéraire pascal qui nous conduit de la mort à la vie à travers les eaux baptismale est une espérance personnelle et une espérance pour l'Eglise, Peuple de l'Alliance Nouvelle et éternelle, et, à travers elle, c'est une espérance pour toute l'humanité.

Si nous, baptisés, nous vivons dans la confiance que Dieu n'abandonne pas son Peuple, si nous sommes rendus capables d'affronter les difficultés de cette vie, avec courage et persévérance, alors nous diffusons un peu de la lumière de Pâques autour de nous. Si nous ne laissons pas la pierre du tombeau nous enfermer dans la crainte du lendemain, dans le souci de préserver nos biens et nos sécurités, dans les peurs engendrées par ceux qui ne croient pas comme nous, dans l'inquiétude que suscite ceux qui viennent frapper à la porte de nos pays développés, alors nous sommes des porteurs d'espérance pour l'humanité. Nous sommes les témoins que ce qui peut changer le monde ce n'est pas la puissance économique, ce n'est pas la puissance militaire, ce ne sont pas les arcanes de la géo-politique mondiale, mais c'est la transformation des cœurs par la puissance de l'amour.

Tout le monde a besoin d'être aimé, de croire que l'amour est possible et qu'il peut changer quelque chose à l'existence. Mais cette conviction que nous portons en nous, comme disciples du Christ, ne peut pas se prouver par des raisonnements logiques. C'est en nous regardant vivre à la lumière de l'Amour que Dieu nous porte et qui suscite en nos cœurs l'amour du prochain que les hommes et les femmes de ce monde peuvent croire que l'amour est possible et qu'il est porteur d'une force de transformation des cœurs et donc aussi du monde.

La Résurrection du Christ, c'est-à-dire la victoire de son amour sur les forces du mal et de la mort, nous associe à sa puissance d'amour et de vie, en faisant déjà de nous des ressuscités, en nous donnant la capacité d'être des témoins de l'amour de Dieu les uns envers les autres et, comme corps ecclésial, à l'égard de l'humanité. C'est bien cela, frères et sœurs, ce qui nous est proposé en cette sainte nuit.

La pierre du tombeau qui empêchait les saintes femmes d'avoir accès au mystère de la résurrection, la pierre qui bloque nos espérances et celles de nos contemporains, n'est-ce pas de préférer le clair-obscur ou l'obscurité complète plutôt que la lumière du Christ sur notre vie qui ne supporte pas très bien l'éclairage venant d'une autre source que nous-mêmes ? Non pas qu'il conviendrait de mettre en veilleuse notre intelligence et se dire qu'après tout, il s'est peut-être passé quelque chose il y a 2000 ans, même si nous n'y comprenons pas grand chose… Non, ce qui nous est proposé en cette nuit qui prépare l'aube pascale, c'est d'ouvrir les yeux, d'ouvrir nos cœurs, d'ouvrir nos intelligences pour décider si oui ou non nous voulons vivre comme des ressuscités, si nous acceptons ou non que le Christ ressuscité transforme notre manière de vivre.

Frères et sœurs, prions les uns pour les autres. Que la Résurrection du Christ que nous célébrons illumine notre vie et nous donne la force des témoins. Que nous retrouvions la Source vive de notre baptême et, avec elle, la source de notre envoi en mission. Amen.

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