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28 septembre 2015 - Funérailles de M. l'Abbé Henri GRÉGOIRE

Eglise du Sacré-Cœur des Rosiers

Aujourd'hui ce ne sont pas des théologiens qui nous parlent du prêtre mais c’est la vie et le ministère d’un prêtre de chez nous qui pendant plus d’un demi-siècle a exercé son sacerdoce au service de plusieurs paroisses, comme on nous l'a rappelé au début de cette célébration. Je serais bien incapable, et vous aussi, de dire avec précision en quoi à consister, dans le détail, sa vie et son ministère de prêtre. Mais, à l’heure où nous l’accompagnons de notre prière pour sa Pâque définitive dans le Christ, ce ne sont pas les détails qui nous importent. Ce qu’il me plaît de considérer, avec vous, c’est le fait, comme le rappelait à l’instant l’évangile, par la bouche de l'Apôtre Pierre, qu’il avait « tout quitté pour suivre le Christ », ou encore, selon les mots de la prière d’ouverture de cette messe, « qu’il avait répondu à l’appel par amour du Seigneur et par amour pour un peuple ».

A la source et à la base du ministère des prêtres, il y a une réponse, certes humble et toujours imparfaite, mais bien réelle ; une réponse d’amour à un Amour plus grand, un Amour infini : l’Amour du Christ. Et cette réponse, par le sacrement de l’ordination reçue de l’évêque, se traduit dans une mission pastorale. Aimer le Christ, ce sera, désormais pour le prêtre ordonné, remplir la tâche pastorale qui lui est confiée.

Aimer le Christ est la base de tout ministère dans l’Eglise. Mais, aimer le Christ, c’est inséparablement aimer l’Eglise qu’il nous confie et respecter et aimer ceux dont il nous fait pasteurs, les nourrir du Pain de vie, leur donner le sacrement du pardon, les rassembler, les guider. C’est, non seulement les accompagner et être avec eux, mais humblement, avec respect et amour, marcher devant eux pour les conduire au Christ. Les prêtres aiment le Christ à travers ceux et celles pour lesquels ils ont reçu la charge pastorale. Et cet amour là a des chances d’être vrai, parce qu’il n’est pas l’amour de nos idées ou de nos projets, mais l’amour des hommes qu’il faut nourrir du Christ, rassembler dans le Christ, conduire vers le Christ. Et, là est toute la « matière », si j’ose dire, de la vie spirituelle des prêtres, de leur prière, de leur ascèse, de leur conversion, de leurs souffrances et de leurs joies. Ils reçoivent déjà le centuple, comme dit Jésus à Pierre, mais non sans des tribulations et même parfois des persécutions.

Etre pasteur à la suite de l’Unique Pasteur, cela conduit forcément les prêtres plus loin que ce qu’ils imaginaient le jour de leur ordination. On peut se souvenir de la parole que Jésus adresse au même Apôtre Pierre, mais cette fois dans l’évangile de saint Jean, après la résurrection, sur les bords du lac : « jusqu’ici tu as noué toi-même ta ceinture, mais quand tu vieilliras un autre noueras ta ceinture et te conduiras là où tu ne voudrais pas aller ». C’est aussi une manière de parler des réalités au travers desquelles les prêtres exercent leur ministère : les hommes et les femmes auxquels ils sont envoyés, mais il y a aussi les nécessités du diocèse, les autres prêtres, les évêques successifs, la discipline de l’Eglise, les changements de paroisse, les réussites mais aussi les échecs, le célibat et ses exigences, etc. Aimer le Christ et aimer un peuple, à travers ce ministère sacerdotal, c’est accepter de ne plus nouer nous-mêmes notre ceinture pour la laisser nouer par d’autres. Tout prêtre vit cela. L'Abbé Grégoire l’a vécu.

Prêtres, nous sommes des hommes limités, précaires, ayant, comme tout homme, des qualités et des défauts. Mais, dans notre fragilité, nous avons été consacrés par l’Esprit Saint pour rendre présente et visible l’action invisible de Jésus-Christ, le Bon Pasteur, le Grand Prêtre de la Nouvelle Alliance. Nous ne remplaçons pas le Christ. Nous ne lui succédons pas. Ce qu’il a fait, en vivant, en mourant, en ressuscitant, lui seul peut continuer à le faire. Mais pour le faire visiblement, alors qu’il n’est plus physiquement sur cette terre, il appelle des baptisés à devenir, par l’imposition des mains et le don du Saint Esprit, des prêtres qui le représentent en étant des serviteurs de son action, des serviteurs de sa grâce. Par le don du Saint Esprit, le prêtre devient le serviteur du Salut par l’annonce de la Parole, la célébration des sacrements, la service de la communion, l’accompagnement des personnes et des groupes, la conduite de la communauté. C’est parce qu’ils sont les signes visibles et les intendants des mystères divins, du mystère de l’amour incommensurable de Dieu, que les prêtres sont indispensables. Ils manifestent d’autant plus ce Mystère d’Amour qu’ils ne sont pas dignes d’en être les signes et les serviteurs. L’amour de Dieu manifeste sa toute-puissance de bien des manières, mais aussi et surtout dans ce fait qu’il se fait petit et pauvre, dans les pauvres signes et les pauvres serviteurs que sont les prêtres. Comme le dit Saint Paul, le trésor de l’Evangile, « nous le portons dans des vases d’argile », c’est-à-dire dans notre faiblesse d’hommes, « et ainsi on voit bien que cette puissance extraordinaire ne vient pas de nous mais de Dieu » !

Voilà ce que peut nous dire la vie et le ministère de notre frère, l’abbé Henri Grégoire, au moment où prend fin son pèlerinage sur cette terre. Nous allons maintenant célébrer le sacrifice eucharistique qu’il a tant de fois offert pour les autres. Nous l’offrons pour lui aujourd’hui, avec la certitude que celui qui a tout quitté, à cause du Christ et de l’Evangile, recevra, dans le monde à venir, la vie éternelle. Amen.

 

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