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11 octobre 2015 - 28ème dimanche du Temps Ordinaire – Année B

Pèlerinage à Notre-Dame du Causse - Pèlerinage des Mères de Famille à Rocamadour

 

« Que dois-je faire pour avoir la vie éternelle ? ». Le moins qu’on puisse dire, c’est que cet homme qui s’adresse à Jésus ne le fait pas pour parler de la pluie ou du beau temps. La question qu’il pose ne porte pas sur des aspects secondaires ou superficiels de la vie humaine, mais, allant droit au but, il pose peut-être la seule vraie question qui devrait intéresser tout être humain, celle de sa destinée après la mort.

Il pose une question à la fois essentielle et existentielle. Essentielle, car elle porte sur le sens de la vie, sur la destinée de la personne humaine après la mort, et existentielle car elle concerne aussi l’existence d’ici-bas, celle de chaque jour, dans ces aspects les plus concrets, comme préparation à la vie éternelle (« que dois-je faire » ?). C’est donc une question que l’on peut qualifier d’absolue, de plénière, de totale, de radicale…

Je dois vous avouer qu’en 25 ans de sacerdoce, je n’ai jamais entendu quelqu’un me poser une telle question. Peut-être parce qu’elle est trop évidente, trop prégnante même dans une vie humaine pour qu’il ne soit pas nécessaire de la poser à quelqu’un d’autre ; il suffit de se la poser à soi-même. Peut-être aussi parce qu’on ne veut pas mettre dans l’embarras celui à qui on poserait une telle question. Tout cela est possible, mais plus sûrement, je me demande si une telle question ne fait pas peur, si elle n’angoisse pas les hommes d’aujourd’hui, qui, de ce fait, préfèrent l’occulter. Dans nos sociétés dites de progrès, tout est fait pour que la science et la technique puissent répondre – même si c’est loin d’être le cas – à tous les besoins, à tous les soucis, à tous les problèmes des hommes. Nos sociétés ont bien du mal à accepter les échecs, les difficultés, les angoisses, les peurs, les imprévus, les épreuves, et finalement l’épreuve suprême que constitue la mort. On voudrait le risque zéro, on voudrait la réussite totale, on voudrait la justice parfaite, la médecine parfaite, la sécurité parfaite… Parce que nos contemporains sont empêtrés dans le matérialisme ambiant, dans le consumérisme, par l'omniprésence des objets techniques qui finissent pas occuper tout le champ et le temps de l’existence quotidienne (entre autres et surtout les téléphones portables et les ordinateurs), parce que tout les pousse à vivre dans l’immédiat, dans le superficiel et l’éphémère, ils en sont venus à oublier ou à ignorer le SENS profond de l’existence, le but de la VIE ici-bas, ils en sont même venus à oublier l’auteur de la Vie. Avec le psalmiste, on pourrait dire encore aujourd’hui : « Toutes les idoles du pays ne cessent d’étendre leurs ravages, et l’on se rue à leur suite »… On se soucie beaucoup du corps, du bien-être, on veut à tout prix rester jeune et en forme le plus longtemps possible – autant de choses qui ne sont pas mauvaises en soi –, mais qui, aujourd’hui, se soucie du salut de son âme, qui, aujourd’hui, se soucie de la vie éternelle ?

Le baptisé, le disciple du Christ ne peut pas épouser cette manière de se comporter en ce monde. Jésus nous en a clairement averti : « vous êtes dans le monde, mais vous n’êtes pas du monde ». Dans la Bible, on observe que l’homme de Dieu est comme un voyageur, un nomade, un étranger sur cette terre ; il sait bien que sa vraie patrie n’est pas ici-bas. Les psaumes ne cessent de rappeler cette vérité en fustigeant sévèrement ceux qui mettent leur espoir dans les seules réalités d’ici-bas : « ils croyaient leur maison éternelle, leur demeure établie pour les siècles ; sur des terres, ils avaient mis leur nom » ; ou encore : « Ne crains pas l’homme qui s’enrichit, qui accroît le luxe de sa maison : aux enfers, il n’emporte rien ; sa gloire ne descend pas avec lui » (Ps 48). Et, au Psaume 38, il est dit : « L’homme ici-bas n’est qu’un souffle ; il va, il vient, il n’est qu’une image. Rien qu’un souffle, tous ses tracas ; il amasse, mais qui recueillera ? »

Jésus ne cesse de dire à ses disciples qu’ils doivent se convertir pour entrer dans le Royaume de Dieu ; il use de toutes sortes de paraboles pour les inciter à s’attacher aux biens qui demeurent, aux biens éternels. L’Evangile est loin d’être désincarné, il est loin d’être un roman à l’eau de rose. Jésus n’est pas un doux rêveur ; il prend en compte les dures réalités de l’existence, mais, cependant, la Bonne Nouvelle qu’il prêche n’est pas celle d’un messianisme terrestre, mais celle du Salut pour la vie éternelle : « Si quelqu’un veut venir à ma suite, qu’il renonce à lui-même, qu’il porte sa croix chaque jour et qu’il me suive. Qui veut sauver sa vie la perdra, mais qui perdra sa vie à cause de moi, celui-là la sauvera. Quel profit, en effet, retire un homme qui a gagné le monde entier, mais qui s’est perdu ou ruiné lui-même ? » (Lc 9, 23-25).

Il n’y a pas de vie chrétienne sans espérance de la vie éternelle. Pourquoi sommes-nous si tristes, se demandait un penseur contemporain ? Le Pape Benoît XVI a répondu à cette question dans bien de ses écrits et de ses homélies : l’homme moderne est triste parce qu’il a perdu l’Espérance. Il a beau être optimiste, il a beau cultiver tous les espoirs possibles, ce qui lui fait défaut par-dessus tout, c’est la vertu d’espérance. Espérer c’est mettre sa confiance en Dieu qui nous sauve, espérer c’est croire en la vie éternelle. Aujourd’hui, dans la bouche de nombreux chrétiens, le mot « espérance » revient souvent, mais vous remarquerez que c’est presque toujours pour parler d’espoir en des réalités d’ici-bas, et très rarement pour parler de la véritable espérance, la seule qui mérite cette appellation, l’espérance du Ciel, de la Vie éternelle.

Le même Benoît XVI, dans son Encyclique sur l’Espérance, pose cette question cruciale : « voulons-nous vraiment cela – vivre éternellement ? » Et il ajoute : « Peut-être aujourd'hui de nombreuses personnes refusent-elles la foi simplement parce que la vie éternelle ne leur semble pas quelque chose de désirable. Ils ne veulent nullement la vie éternelle, mais la vie présente, et la foi en la vie éternelle semble, dans ce but, plutôt un obstacle ».

Ainsi donc, frères et sœurs, la question du légiste « que dois-je faire pour avoir la vie éternelle ? » nous rejoint très concrètement aujourd’hui : elle nous renvoie à notre propre espérance : désirons-nous être sauvés, désirons-nous la vie éternelle ? Et, indissociablement, elle nous interroge sur notre action : qu’est-ce que je fais pour le salut de mes frères ?

Que notre Mère du Ciel, la Vierge Marie, que nous vénérons ici, (sous le vocable de Notre-Dame du Causse ; sous le vocable de Notre-Dame de Rocamadour) sois notre modèle, elle qui au pied de la croix de son Fils, espéra contre toute espérance. Amen.

 

 

+ Francis Bestion

Evêque de Tulle

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