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14 décembre 2014 - 3ème dimanche de l'Avent – B

Ordination diaconale de Frère Pierre-Marie BERENGNIER, frère de la Résurrection - Eglise d'Argentat

 

"Je tressaille de joie dans le Seigneur, mon âme exulte en mon Dieu".

Frères et sœurs, ces paroles du Prophète Isaïe nous les faisons nôtres, aujourd'hui. Nous tressaillons de joie à l'approche de la célébration de Nativité de Notre Seigneur. Notre joie se dirige déjà vers la joie d'un si grand mystère "pour que nous puissions fêter notre salut avec un cœur nouveau", selon la belle expression de la prière d'ouverture de cette messe du 3ème dimanche de l'Avent, dimanche dit de la joie.

A cette joie de l'Avent s'ajoute, en ce jour, celle de l'ordination diaconale d'un membre de notre Eglise diocésaine, frère Pierre-Marie de la communauté des frères de la Résurrection.

La grande figure de ce dimanche de l'Avent, c'est Jean le Baptiste, cet homme "envoyé par Dieu", pour être témoin, "pour rendre témoignage à la Lumière", afin que tous croient au Christ.

Jean-Baptiste, en quelque sorte, nous représente tous, comme la figure d'un homme qui rend témoignage à Celui qui est plus grand que lui, le Christ. Dans le temps des hommes, il précède la venue dans la chair de Jésus, le Fils de Dieu. Mais il a bien conscience que Celui auquel il rend témoignage est plus grand que lui. C'est pour cela qu'il dit que Jésus vient "derrière lui", mais qu' "il n'est pas digne de délier la courroie de sa sandale". Comme Jean-Baptiste, nous sommes appelés à rendre témoignage au Christ, à rendre témoignage à la Lumière. Nous ne sommes pas la Lumière, mais nous sommes invités à refléter la Lumière du Christ par le témoignage de notre existence, de notre vie de baptisés dans le Christ.

Jean-Baptiste a montré le Christ, il a désigné le Christ à ses contemporains : "Voici l'Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde". A chaque messe, le prêtre reprend ces paroles avant la communion. Jean-Baptiste est représenté, dans les sculptures ou les peintures, l'index de sa main droite dirigé en avant ou vers le Ciel. En ce sens il est une belle figure de la réalité et de la nature du ministère ordonné dans l'Eglise.

Les évêques, les prêtres et les diacres représentent le Christ, ils agissent au nom du Christ, en la personne du Christ-Tête de son Corps qui est l'Eglise. Mais ils savent bien qu'ils ne sont pas le Christ et qu'ils ne peuvent pas se prendre pour le Christ. Le sacrement de l'Ordre qu'ils ont reçu les a configurés au Christ – au Christ Prêtre et Pasteur pour les évêques et les prêtres, au Christ Serviteur pour les diacres. Ainsi configurés au Christ, il parlent et agissent en son nom pour le service du Peuple de Dieu. Ils ne le font pas en vertu de qualités humaines particulières (même s'il est nécessaire qu'ils cultivent les vertus humaines), mais ils accomplissent le ministère parce qu'ils ont reçu la grâce sacramentelle de l'ordination, indépendante de leurs mérites, de leurs qualités ou de leurs défauts. Ils sont jugés dignes d'être ordonnés parce qu'ils ont certaines aptitudes requises pour l'exercice du ministère apostolique, mais ce qui fait leur légitimité dans la communauté ecclésiale, ce ne sont pas ces aptitudes mais bien la grâce de leur ordination. En paraphrasant le prophète Isaïe (1ère lecture), on peut dire que l'Esprit du Seigneur est sur eux parce que le Seigneur les a consacrés par l'onction. Cette consécration pour l'accomplissement du ministère ordonné exige et entraîne une manière d'être dont la figure de Jean-Baptiste est le modèle : c'est celle du serviteur dont parle avec abondance le Nouveau Testament. Jean-Baptiste a prêché dans le désert, il a baptisé au Jourdain, il a guidé le peuple vers le Christ ; et, en même temps, il s'est effacé devant le Christ, il n'a pas fait écran au Christ, il a voulu diminuer pour que grandisse le Christ ("il faut qu'il croisse et que je diminue").

Il y a un degré du sacrement de l'Ordre, le 3ème degré, après ceux de l'épiscopat et du presbytérat, qui est celui du diaconat. Frère Pierre-Marie, c'est ce ministère que vous allez recevoir. L'ordre sacré du diaconat a toujours été maintenu dans l'Eglise comme préalable pour ceux qui sont destinés à devenir prêtres. Pourquoi ? Parce qu'il dit une caractéristique essentielle de l'Eglise et du ministère ordonné dans l'Eglise. L'Eglise est servante. C'est probablement une des raisons pour lesquelles le bienheureux Pape Paul VI a donné à la Vierge Marie le titre de "Mère de l'Eglise". Marie est mère de l'Eglise parce qu'elle est mère de Dieu, mais aussi parce qu'elle est la "servante du Seigneur" ; c'est ainsi qu'elle se désigne elle-même. L'Eglise est notre mère parce qu'elle est aussi la servante du Seigneur et qu'en servant son Seigneur, elle sert chacun des membres de son Corps.

Le diaconat rappelle à tous les membres de l'Eglise qu'à l'image du Christ, venu pour servir et non pas pour être servi, ils doivent eux aussi devenir des serviteurs et des servantes de leurs frères et sœurs. Le diacre, au sein de l'Ordre sacré est le rappel permanent que le ministère apostolique doit s'exercer sous la primauté du service. Qu'ils enseignent, qu'ils sanctifient, qu'ils gouvernent le Peuple de Dieu, les ministres ordonnés doivent le faire, revêtus du tablier de service que le Christ lui-même a ceint autour de ses reins la veille de sa passion, lors de la sainte Cène, pour laver les pieds de ses disciples. Ce soir-là, il a institué le sacrement de l'Eucharistie et le sacrement de l'Ordre. Il l'a fait comme Christ et Seigneur, mais il l'a fait à la manière du Serviteur qui donne sa vie pour ses frères, montrant ainsi à ses Apôtres la nature et le style de leur futur ministère apostolique.

Aujourd'hui, frère Pierre-Marie, par l'imposition des mains de l'évêque et la prière consécratoire, l'Esprit Saint va venir sur vous, pour que vous soyez consacré à la diaconie de l'Eglise – diaconie de la Parole, diaconie de la liturgie, diaconie de la charité. Ce ministère diaconal, vous l'exercerez dans la Communauté des frères de la Résurrection dont vous êtes le Supérieur. Dans la Fraternité de la Résurrection, communauté laïque d'Oblats Réguliers de Saint Benoît, on désigne le Supérieur général par l'appellation de "frère servant". Comment ne pas y voir une belle convenance avec le ministère diaconal ! Votre responsabilité dans la Communauté a fait de vous un "frère servant" ; aujourd'hui, votre ordination fait de vous un diacre servant. Votre ordination diaconale vous consacre pour le service de vos frères dans la fraternité de la Résurrection et, plus largement, pour tous ceux et celles que vous croiserez dans votre monastère.

Vous n'êtes pas appelé et consacré pour un diaconat permanent ; dans quelques mois, si Dieu le veut, je vous ordonnerai prêtre pour le service de votre Communauté. Cependant, même si vous n'êtes pas diacre permanent, même si vous ne serez pas prêtre pour une paroisse, il n'en reste pas moins que le ministère que vous allez recevoir aujourd'hui est un signe sacramentel du Christ serviteur pour toute son Eglise. Et c'est pour cela que je ne vous ordonne pas 'en catimini', mais dans une église paroissiale, en présence du Peuple de Dieu. La mission diaconale, et plus tard celle du sacerdoce ministériel, vous l'exercerez au nom du Christ, bien sûr, mais aussi au nom du Corps ecclésial tout entier.

En guise de conclusion, je reprends la prière et l'exhortation de saint Paul aux chrétiens de Thessalonique, en vous l'appliquant, frère Pierre-Marie :

"Que le Dieu de la paix lui-même vous sanctifie tout entier ; que votre esprit, votre âme et votre corps soient tout entiers gardés sans reproche pour la venue de notre Seigneur Jésus Christ. Il est fidèle, Celui qui vous appelle ; tout cela, il le fera".

En ce 3ème dimanche de l'Avent, que l'intercession de Marie, Servante du Seigneur, Mère de l'Eglise, vous accompagne, telle une étoile qui guidera vos pas pour rendre témoignage à la Lumière. Amen.