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"Honore ton père et ta mère"

Selon l'évangile, aimer une personne n'est pas un acte d'appropriation, comme nous le faisons pour des objets matériels, mais un don de soi ; aimer ses enfants consiste donc à vouloir leur bien... et non pas s'approprier leur vie, dès leur conception, dans des démarches de bio-technologies qui s'approchent d'une conception de commande, de sélection, de fabrication...

"Honore ton père et ta mère" : ce commandement de Dieu, transmis par Moïse dans le décalogue, concerne autant les parents que les enfants. Pour être honorés de leurs enfants, les parents doivent d'abord être "honorables", "aimables", pour des enfants qui reçoivent d'eux le témoignage de leur amour, de leur affection, et de la prise en charge de toutes leurs nécessités quotidiennes. Ainsi il apparait qu'il y a entre parents et enfants des droits et devoirs réciproques, qui pour des raisons de chronologie évidente, seront d'abord les droits des enfants et les devoirs des parents. Il y a donc une inversion redoutable, dans la manière d'envisager (dans la famille ? dans la société sans la famille ? et quelle "famille" ?) non pas les droits de l'enfant, mais un "droit à l'enfant". L'on dit souvent : "pas d'acharnement thérapeutique" ; il faut ajouter : "pas d'acharnement procréatif", et : "pas d'acharnement au projet parental", au point d'inverser les moyens et les fins, et de blesser dans l'intimité de leur origine ceux-là même à qui on veut donner vie. 

"Aimer, c'est donner sa vie pour ceux qu'on aime" (Jn 15, 13.) Selon l'évangile, aimer une personne n'est pas un acte d'appropriation, comme nous le faisons pour des objets matériels, mais un don de soi ; aimer ses enfants consiste donc à vouloir leur bien... et non pas s'approprier leur vie, dès leur conception, dans des démarches de bio-technologies qui s'approchent d'une conception de commande, de sélection, de fabrication, voire d'achat, qui les réduisent à l'état d'objet, qui mettent implicitement les parents dans une situation de quasi propriétaires de leurs enfants... Nous connaissons tous ce beau texte de Khalil Gibran, "Vos enfants ne sont pas vos enfants". Aimer son enfant, vouloir son bien, c'est donner la vie, et par l'éducation, aider son enfant à prendre sa propre vie en main, pour qu'un jour il puisse s'en aller : "L'homme quittera son père et sa mère, il s'attachera à sa femme, et tout deux ne feront plus qu'un" ... non seulement pour donner la vie, mais pour qu'à leur tour ils soient des parents tout donnés à leurs enfants, qui ont droit à l'amour de leur père, de leur mère, et même à l'amour stable et fidèle de ceux qui leur ont donné la vie.

"Honore ton père et ta mère". D'une manière prophétique, et comme s'il en était un "passage", ce commandement familial est à la charnière des deux "tables" de la loi : celle qui regarde les commandements envers Dieu, et celle qui concerne les commandements envers le prochain. En effet, c'est en apprenant à "honorer", aimer ses parents humains qu'un enfant apprendra à aimer Dieu son Père. Les parents ont vocation admirable à incarner cette paternité divine dont ils sont en famille la merveilleuse image trinitaire. Quelle grande et belle vocation que celle des parents, humble et généreuse, que de témoigner au quotidien de cet amour parental, à la fois humain et divin, qui prépare le cœur des enfants à dire avec confiance la prière du Notre Père. Inversement, leur vocation  permet aussi aux parents humains d'entrer de l'intérieur, par expérience de leur propre cœur, dans les joies, les peines, les déceptions, et l'espérance formidable qui sont celles du cœur de Dieu notre Père divin, qui ne nous a pas d'abord fait pour Lui, mais pour que, selon la parole de son divin Fils, "ma  joie soit en vous, et que votre joie soit parfaite" (Jn 15,11). 



Abbé Louis Brossollet, vicaire général