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Samedi 11 fevrier 2017 - Pèlerinage des gens du voyage

Sanctuaire Saint-Antoine de Brive

Frères et sœurs, vous avez sûrement, comme moi, entendu cette expression : « l’amour, ça ne se commande pas ! ».

Et pourtant, dans l’Evangile que nous venons d’écouter, il est bel et bien question de commandements au sujet de l’amour : l’amour pour Dieu et l’amour le prochain.

Dans la loi de Moïse, il y avait des centaines de commandements dont l’importance était très variable. Le danger était que le croyant se perde dans un légalisme très pointilleux et finisse par ne plus discerner où était l’essentiel. Certains théologiens, des rabbins, étaient bien conscients de cette difficulté et, parmi eux, il existait un courant qui cherchait justement à faire le tri, si l’on peut dire, parmi toutes les prescriptions de la Loi pour déterminer quels commandements devaient primer sur tous les autres et être reconnus comme la quintessence de la Loi mosaïque. D’où la question de ce scribe qui s’adresse à Jésus : « quel est le 1er de tous les commandements ? ».

Souvent les questions des scribes étaient des pièges tendus à Jésus. Mais, ici, il semble que ce ne soit pas vraiment le cas. D’ailleurs, Jésus répond à la question. Il indique quel est le premier commandement, en citant une parole du livre du Deutéronome. Mais il ajoute aussitôt un deuxième commandement, en citant une autre parole, tirée du livre du Lévitique, qui porte sur l’amour du prochain.

Regardons ces deux commandements. La formulation du premier, portant sur l’amour pour Dieu, est introduit par un mot très important, un verbe, à l’impératif : « écoute ! », « écoute, Israël ! ». Il s’agit d’écouter Dieu pour accueillir le commandement qui prescrit de l’aimer par dessus tout, de tout notre cœur, de toute notre âme, de toutes nos forces. C’est dire qu’on ne peut comprendre ce commandement, mettre en œuvre l’amour pour Dieu, sans commencer par se mettre à son écoute, à l’écoute de sa Parole. C’est ce que dit saint Paul aux colossiens : « que la parole de Dieu habite en vous dans toute sa richesse ». Ce commandement de l’amour de Dieu n’est pas fondé sur nos bons sentiments. Si c’était le cas, effectivement l’amour ne pourrait pas se commander. On ne pourrait aimer qu’en « tombant amoureux », comme on dit lorsque quelqu’un est pris d’un sentiment passionnel envers une autre personne. L’amour dont parle Jésus en donnant les commandements n’est pas de cet ordre. Il n’est pas non plus, avant tout, de l’ordre des sentiments qui unissent les membres d’une même famille de sang. Le commandement de l’amour est fondé sur l’écoute d’une voix, d’une Parole qui ne vient pas de notre conscience, de notre cœur, de notre pensée, de nos sentiments, mais qui vient de Dieu ; Dieu qui nous parle au cœur, qui parle à notre raison, à notre intelligence, et qui suscite la foi. Comment aimer Dieu, sans être en relation avec lui, sans écouter sa Parole qui nous révèle qui il est, qui nous permet de discerner sa volonté et de nous comporter vraiment comme ses fils et ses filles. Dieu se révèle à nous comme un Père miséricordieux, juste et miséricordieux.

Le second commandement concerne l’amour du prochain : « tu aimeras ton prochain comme toi-même ». Il est inséparable du premier et pourtant distinct. L’amour pour autrui ne peut pas remplacer l’amour pour Dieu, pas plus que le prochain ne peut remplacer Dieu. Mais les deux commandements sont semblables, parce que l’amour du prochain, comme l’amour de Dieu, doit mobiliser toute la personne et toutes ses forces. On ne peut vraiment s’approcher de Dieu, sans commencer à aimer tous ceux que Dieu aime ; et plus on est prêt de Dieu, plus on se rend proche des autres fils et filles de Dieu. L’Apôtre saint Jean n’hésite pas à dire dans sa première épître : « celui qui dit qu’il aime Dieu alors qu’il a de la haine contre son frère, c’est un menteur ».

Frères et sœurs, une chose est d’avoir entendu de la bouche de Jésus l’énoncé des commandements de l’amour pour Dieu et pour le prochain, autre chose est de les mettre en œuvre. Le scribe qui avait interrogé Jésus approuve la réponse de Jésus. Et Jésus, à son tour, lui dit : « Tu n’es pas loin du Royaume de Dieu ». C’est un encouragement, mais cela signifie qu’il manque quelque chose… C’est un peu comme si Jésus lui disait : « tu connais bien la théorie, mais il te manque une distance à franchir pour arriver au Royaume de Dieu ». Il ne suffit pas de dire : « je crois en Dieu, Dieu est l’unique Dieu », mais de se demander si on vit en conformité avec le commandement de l’amour. Dans la première lecture, nous avons entendu saint Paul énoncer des critères très concrets de la mise en œuvre du commandement de l’amour : « revêtez-vous de tendresse et de compassion, de bonté, d’humilité, de douceur et de patience ». Ce sont là des attitudes qui nous mettent sur le bon chemin, le chemin du Royaume de Dieu. Et saint Paul en ajoute encore deux : se supporter les uns les autres. C’est vraiment très concret. Comment s’aimer si on ne commence pas à se supporter mutuellement, à supporter les défauts des autres, leurs petites manies qui nous agacent ? Et enfin, il y a un sommet de l’amour : le pardon : « le seigneur vous a pardonné, faites de même ». Il faut avouer que l’argument de saint Paul est imparable ! Nous voulons bien que Dieu nous pardonne, alors comment pouvons-nous, en même temps, ne pas vouloir donner aux autres ce que nous réclamons à Dieu pour nous ?

Autrement dit, le chemin du Royaume de Dieu, c’est un chemin de cohérence entre ce que nous professons, ce que nous croyons, entre la « théorie » des commandements de l’amour de Dieu et du prochain, et ce que nous vivons concrètement dans le quotidien de nos vies. Pour aimer Dieu et notre prochain, pas d’autre chemin que de commencer à poser chaque jour des petits actes très concrets de cet amour. Nous avons un grand modèle pour cela : c’est Jésus lui-même. La veille de sa passion, il dit à ses apôtres : « aimez-vous les uns les autres, comme je vous ai aimés ». Vous voulez savoir comment aimer vraiment ? Regardez Jésus ! Si nous apprenons à aimer comme Jésus, alors nous devenons vraiment proches du Royaume de Dieu, car il est lui-même ce Royaume de Dieu. Jésus, c’est le Règne de Dieu qui s’est approché de nous. Si nous vivons proches de lui, en imitant sa manière d’aimer, alors nous sommes proches du Royaume.

Demandons à la Ste Vierge Marie qu’elle nous aide à nous rapprocher de la manière d’aimer de Jésus, elle qui a fait en tout la volonté de Dieu, elle qui se tenait au pied de la croix, au moment où Jésus vivait et manifestait au plus haut point son amour pour nous en donnant sa vie. Amen.

+ Francis BESTION

Evêque de Tulle

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