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Nuit de Noël 2017

Cathédrale de Tulle

         Frères et sœurs,

        

         Il y a deux mille ans, la prophétie d’Isaïe s’est réalisée : « le peuple qui marchait dans les ténèbres a vue se lever une grande lumière ; au pays de l’ombre, une lumière a resplendi ». Dans une obscure bourgade de la Judée, dans la nuit de Bethléem, dans la pénombre d’une étable, nous est né un Sauveur. La deuxième personne de la Sainte Trinité, le Verbe de Dieu, engendré non pas créé, qui était auprès de Dieu depuis toute éternité, a pris chair de notre humanité créée. Il est entré dans l’espace et le temps pour vivre parmi les hommes.

         Aujourd’hui, nous, ses disciples, nous célébrons cette naissance. La liturgie, parce qu’elle est une œuvre de Dieu, nous rend mystérieusement contemporains de cet événement, en l’actualisant pour nous, au point de nous faire dire : « Aujourd’hui, nous est né un Sauveur ». La crèche est ici cette nuit ; notre cœur – si nous le voulons bien – devient la crèche pour accueillir le mystère de la Nativité du Sauveur. Il vient aujourd’hui dans les ténèbres du monde et dans l’obscurité de nos cœurs pour nous manifester la lumière du salut. C’est encore de nuit que resplendit l’ « astre » divin, c’est encore dans les ténèbres que brille la lumière divine. Dans la Bible, les grands événements du salut surviennent toujours de nuit, comme pour rendre plus manifeste encore la lumière qu’apporte le salut. Pensons à la nuit de la libération des Hébreux avec le passage de la mer rouge vers la terre promise – première Pâque qui préfigurait celle du Christ, sa résurrection du tombeau, son passage de la mort à la vie. Ce qui est vrai des événements du salut dans l’histoire humaine l’est aussi, d’une certaine façon, dans notre propre histoire personnelle. Les nuits du monde où resplendit la lumière du salut ne sont rien d’autres en définitive que les nuits du cœur de chaque être humain qui aspire à passer des ténèbres à la lumière. Dans notre société sécularisé, beaucoup de personnes ne savent plus le sens de la fête de Noël. Les rues et les places des cités sont illuminées, mais qui comprend le sens de ces lumières ? Pour combler ce vide de sens, les journalistes ont inventé une expression : « la magie de Noël »… Mais que peut donc signifier cette soi-disant magie pour ceux qui sont dans la nuit de la misère, de la souffrance, à cause de la maladie, de la violence, de la guerre, pour ceux qui connaissent les ténèbres de l’exil, qui sont jetés sur les routes ou les océans pour fuir la guerre et la persécution ? Oui, que de ténèbres dans notre monde, que de nuits à cause du péché des hommes, de notre propre péché. Et ce ne sont pas les illuminations artificielles, les pères noël, la consommation débridée qui pourront faire que les personnes, et surtout celle confrontées à l’épreuve, trouvent un sens à leur vie.

         Quant à nous, en célébrant la Nativité du Sauveur, nous ne faisons pas semblant d’ignorer les ténèbres du monde et celles de nos cœurs. Tout à l’inverse, en contemplant l’Enfant de la crèche, nous mesurons l’amour infini de Dieu qui s’incarne pour dissiper les ténèbres, qui ne désespère jamais de la capacité d’aimer qu’il a placée dans l’âme de ses enfants et qui attend avec patience que cette capacité puisse porter des fruits. Pour nous, il n’y a pas de « magie de noël », car Dieu n’est pas un magicien ! Il y a la réalité de l’amour incommensurable d’un Dieu pour les hommes, il y a l’amour qui prend chair dans notre humanité et nous n’ignorons pas qu’elle deviendra une chair de souffrance sur la croix pour racheter cette humanité, pour la sauver du péché, du mal et de la mort éternelle.

         Dans l’Evangile selon saint Luc, il y a cette note qui n’est pas un détail : Marie et Joseph se voient refuser l’accueil dans l’hôtellerie de Bethléem. C’est la marque de la difficulté des hommes à accepter Dieu, à consentir à être sauvé par Dieu, à accueillir sa présence dans leur vie. Dieu a beau s’abaisser au plus bas de la condition humaine, il a beau se mettre à la portée des hommes en prenant la forme d’un enfant, il se heurte à l’incroyance, à l’orgueil, à la volonté de puissance, au refus de se laisser sauver par un autre. A la crèche de Bethléem, seuls de pauvres bergers se laissent évangéliser et deviennent à leur tour des évangélisateurs. Ce sont les premiers disciples-missionnaires, après Marie et Joseph. On pourrait dire d’eux ce que l’évangile dira au sujet de l’Apôtre Jean, au matin de Pâque, devant le tombeau vide : « il vit et il crut ». Devant le nouveau-né de Bethléem, comme devant le Ressuscité de Pâques, nos cœurs ne peuvent dire que ce que le prêtre dit après la consécration, devant le pain et le vin devenus le corps et le sang du Christ : « il est grand le mystère de la foi ». Il est grand le mystère de la foi et nous tombons à genou devant ce mystère tellement il dépasse tout ce que nous pouvons imaginer ou même comprendre par notre seule raison. Comme les Mages venant à la crèche, comme le centurion au pied de la croix, nous ne pouvons, dans un acte de foi, d’espérance et de charité, que nous prosterner et adorer : « cet homme est vraiment le Fils de Dieu ».

         Frères et sœurs, en cette nuit très sainte, la plus sainte des nuits de la terre, avec celle de la résurrection du Christ, nous voudrions faire, chacun de nous voudrait faire de son cœur une crèche. Car c’est bien là que Jésus veut naître aujourd’hui, c’est bien là qu’il veut établir sa demeure, c’est bien là qu’il veut illuminer de sa Présence nos pauvres existences. Devant nos crèches de bois, de cire, de paille, bref, nos crèches matérielles, fussent-elles les plus belles – et il faut qu’elles le soient pour nous aider à mieux entrer dans le mystère célébré – la prière que nous pouvons formuler est la suivante : Seigneur, tu ne trouves pas d’hôtellerie pour te recevoir, mais fais de mon cœur la mangeoire de ta Présence, la crèche de mon Salut et du salut de mes frères. Et, tout à l’heure, quand je te recevrai dans la sainte communion, que ton Corps livré pour moi purifie cette mangeoire de mon cœur, la dilate de charité en l’ouvrant le plus possible à la dimension de ta propre charité divine. Amen.

 

+ Francis Bestion

Evêque de Tulle

        

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