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17 août 2017 - Messe à la basilique Notre-Dame du Rosaire

Avec l’Hospitalité diocésaine

Frères et sœurs, une parole de Saint-Jean de la Croix pourrait résumer les lectures de la Parole de Dieu que nous venons d’entendre : « au soir de notre vie, nous serons jugés sur l’amour ». L’Evangile du jugement dernier ou les exhortations de saint Jacques sont une invitation à vivre en actes la foi que nous professons et la charité divine qui a été répandue en nos cœurs par le baptême ; c’est une invitation à poser des actes concrets qui vérifient la qualité de notre foi, comme le feu vérifie la qualité de l’or ; et la foi est bien plus précieuse que tout l’or du monde.

Saint Jacques, parle d’une « loi parfaite » qui est celle de la liberté et il dit que celui s’y tient, qui l’écoute non pas pour l’oublier mais pour la mettre en pratique, celui-là trouvera son bonheur à agir ainsi. Cette loi parfaite est une loi de liberté parce que c’est la loi de la charité. Celui qui aime en vérité, c’est-à-dire qui conforme sa vie au commandement de l’amour, celui-là ne peut pas se tromper et il est souverainement libre, car aimer en vérité rend libre. C’est ce qui faisait dire à saint Augustin « aime et fais ce que tu veux » ; car celui aime est certain d’avoir une volonté libre, parce qu’il aime le bien et il fait le bien. La vraie liberté ne consiste pas à faire ce qui nous passe par la tête, à agir selon nos envies du moments, selon nos petits caprices, mais à agir selon le bien, c’est-à-dire à pratiquer le commandement de l’amour de Dieu et du prochain. Le chrétien y trouve sa joie. C’est la joie de l’Evangile. Faire le bien fait du bien ! C’est tout le ressort de la vie morale, de l’agir chrétien.

A première vue, on pourrait penser que le mot « loi » et le mot « charité » ou « amour » ne vont pas ensemble. Penser cela serait se méprendre sur ce que signifie aimer en vérité. Saint François de Sales explique qu’au Ciel nous n’aurons pas besoin de commandement pour aimer, parce que nous serons en présence de Celui qui est l’Amour en personne, nous contemplerons l’Amour et nous serons comme aimanté par Lui, après avoir été purifiés de toutes nos blessures et nos péchés. Nous aimerons par pure attraction divine. Mais ici bas, ce n’est pas le cas ; nous sommes dans le régime de l’obligation parce que nos désirs ne sont pas purs. Le commandement d’aimer vient au secours de notre faiblesse. En obéissant au commandement de l’amour, quoiqu’il puisse nous en coûter, nous sommes sûrs de ne pas nous égarer, de ne pas agir selon notre intérêt, selon notre seule affectivité. Jésus nous a prévenu : « si vous n’aimez que ceux qui vous aiment, alors vous ne faites pas mieux que les païens ».

Le commandement de l’amour – aimez comme Jésus nous a aimés – trouve dans l’Evangile du Jugement dernier un puissant ressort, si je puis dire, une raison supérieure à toutes les autres possibles et imaginables, pour convertir notre cœur, pour changer le regard que nous portons sur Dieu et sur notre prochain. Cette raison supérieure, c’est le fait que Jésus a voulu s’identifier clairement à ceux qui souffrent de la faim et de la soif, aux étrangers, à ceux qui n’ont même pas de quoi se vêtir, à ceux qui sont malades et aux prisonniers. Et cette liste n’est pas limitative. Il nous dit clairement : eux, c’est moi. Ce que vous avez fait à l’un de ces petits ou bien ce que vous n’avez pas fait, c’est à moi que vous l’avez fait ou bien c’est à moi que vous ne l’avez pas fait. Et cela est déterminant pour votre salut.

Oui, frères et sœurs, avec le commandement de l’amour, nous sommes au cœur du mystère du salut. La charité, l’amour, la miséricorde, la bonté, autant de noms pour dire la même réalité, qui n’est pas une option de la vie chrétienne. Elle est la vie chrétienne en acte. Et cela touche au salut, parce que c’est en nous aimant jusqu’au don total de lui-même que Jésus nous a sauvés et que nous ne pouvons pas bénéficier de ce salut en nous écartant de la voie de la charité. Cet Evangile n’est rien d’autre que celui de la Croix du Christ, inséparable de l’Espérance chrétienne. L’Amour, la charité est la substance même de Dieu. L’évangéliste saint Jean ne cesse de le répéter : Dieu est amour. Celui qui prétendrait aimer Dieu et ne pas aimer ses frères en humanité serait un menteur. L’évangile d’aujourd’hui dit la même chose, en montrant clairement le lien entre nos actes de charité et le jugement dernier.

Ici à Lourdes, il nous est donné d’entrer plus avant dans ce lien entre vie de foi, d’espérance et de charité, entre amour et salut, parce que la Sainte Vierge nous y introduit, dans ses Apparitions à la petite Bernadette, la pauvre Bernadette, la Bernadette malade, la Bernadette qui n’est pas une surdouée, loin de là… A Lourdes, les malades se sentent chez eux près de Marie, j’allais dire se sentent chez Dieu. Non seulement ceux qui souffrent d’infimité physique et qui sont sur des chariots, mais tous les autres, c’est-à-dire nous tous, car tous nous avons besoin d’être guéris de quelque maladie de l’âme ou du corps. Marie, santé des malades, refuge des pécheurs, consolatrice des affligés, nous introduit au cœur de la miséricorde divine, elle, la mère de miséricorde qui continue de se tenir debout au pied de la croix de Jésus, car le mystère de la Croix du Christ s’étend à tous les temps, tous les lieux de la vie des hommes. Partout où il y a la croix, il y a Marie. Elle est la mère des douleurs, la mère de l’amour miséricordieux et la mère de l’Espérance.

Ici, à Lourdes, il n’y a pas d’un côté les malades et de l’autre les biens-portants, d’un côté ceux qui soignent et ceux qui sont soignés, d’un côté les justes et de l’autre les pécheurs, d’un côté les brebis et de l’autre les chèvres. Ici, tout le monde sait qu’il a besoin d’être sauvé, et donc qu’il a besoin d’être aimé de Dieu et de ses frères et tout le monde apprend un peu plus, un peu mieux à entrer dans un chemin de conversion pour se laisser aimer de Dieu et être rendu capable d’aimer à son tour comme Jésus nous a aimés. Ici, sous le doux regard de Marie, comme Bernadette, chacun peut retrouver sa dignité d’enfant de Dieu, chacun peut naître et renaître à l’Espérance du salut en étant aimé et en aimant. Amen.

 

+ Francis Bestion

Evêque de Tulle

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