Aller au contenu. | Aller à la navigation

Outils personnels

Dimanche 5 mars 2017 - 1er dimanche de Carême – Année A

Cathédrale - Tulle

Frères et sœurs, c’est à la lumière du nouvel Adam, Jésus-Christ, que nous regardons le vieil Adam, le premier homme, par lequel le péché est entré dans le monde. La nuit de Pâque, nous chanterons l’Exultet qui a l’audace de dire « Felix culpa… » - « heureuse faute qui nous valut un tel Rédempteur ! ». Dans l’histoire, on va d’Adam au Christ ; dans la foi, on remonte du Christ à Adam ! Le Christ, en venant dans le monde, en s’offrant sur l’autel de la croix, en ressuscitant, a commencé la récapitulation de la longue histoire humaine – récapitulation qui s’achèvera à la fin des temps lorsqu’il reviendra dans sa gloire pour que tout le Cosmos, la création tout entière, parvienne à son parfait accomplissement. Tout vient de Dieu et tout retourne à Dieu. Le Christ n’est pas une sorte de « rustine », intervenant pour réparer une faute de parcours, il est à l’œuvre du commencement du monde jusqu’à sa fin, parce qu’il est l’alpha et l’Omega, le principe et la fin de toutes choses. Cela ne signifie pas non plus que l’Incarnation et la Rédemption soient, du côté de Dieu et du côté des hommes, une sorte de parenthèse ; bien au contraire, ce sont des évènements de l’histoire qui transcendent l’histoire et disent l’unique mystère de Dieu, l’unique dessein de Dieu, un dessein d’amour.

Si chaque année, le 1er dimanche de Carême, l’Eglise nous fait entendre le récit évangélique des tentations de Jésus, alors que, dans la première lecture, on lit, dans le livre de la Genèse, le récit de la « chute » de nos premiers parents, c’est pour nous délivrer un message important, à nous qui nous mettons en marche vers Pâques pour célébrer le mystère de la mort et de la résurrection du Christ. Quel est donc ce message ? Il y est question du Tentateur, du contenu et du but de la tentation, et surtout de la manière de vaincre la tentation.

- Le tentateur est appelé « diable », c’est-à-dire le diviseur. Il est le père du mensonge. Sa tactique est la séduction : il fait miroiter monts et merveilles pour parvenir à ses fins.

- Le contenu de la tentation recouvre trois domaines qui touchent aux appétits humains : l’avoir, le pouvoir, le succès. Le but du tentateur est de séparer l’homme de son créateur ; dans le cas de Jésus, de séparer le Fils de son Père. C’est une œuvre de division.

- Arrêtons-nous surtout sur la manière dont Jésus repousse les offres du tentateur. Jésus s’en remet exclusivement à son Père. Aux trois tentations, Jésus répond par une parole de l’Ecriture. Son arme est la Parole de Dieu qui le place dans la situation de faire la volonté de son Père et non sa propre volonté humaine. Jésus ne prétend pas tracer son propre chemin. Il accepte que son Père sache mieux que lui ce qui lui convient, ce qui sera le sens de sa mission d’envoyé du Père. Le diable ne parvient pas à obtenir de Jésus qu’il renonce à sa mission, parce que Jésus, contrairement à Adam et Eve, ne se laisse pas séduire par le Père du mensonge. Celui-ci avait réussi à tromper Adam et Eve en déformant la Parole de Dieu. Jésus répond à chaque tentation par une Parole de l’Ecriture : ‘toi tu dis que… mais voici ce qui est dit dans la sainte Ecriture’. La confiance de Jésus en son Père est inébranlable. Et c’est surtout cela qu’il nous faut retenir du récit des Tentations. Le diable ne parvient pas à diviser le Père et le Fils, parce que la confiance du Fils en son Père est totale, absolue, parfaite.

 

Frères et sœurs, si nous voulons être capable de bien user de notre liberté humaine, il faut que nous commencions par nous remettre sous la Parole de Dieu. Voilà sans doute quelque chose à mettre en œuvre, davantage, pendant ce Carême : prendre le temps de méditer et de prier avec la Parole de Dieu.

Surtout, nous sommes invités à tourner nos regards d’une manière plus décidée vers la personne de Jésus. Ce récit des tentations nous montre comment Jésus communie pleinement aux combats et aux risques de la liberté humaine. Sa manière de répondre, par le don qu’il fait de sa vie, ouvre à tous les hommes un chemin de renouveau et de libération. Frères et sœurs, ne soyons pas inquiets à cause de la fragilité de notre liberté. En offrant sa vie pour tous, Jésus nous rend justes et nous délivre. Bien sûr, il nous reste à marcher résolument sur le chemin de la conversion ; c’est souvent laborieux pour nous, pauvres pécheurs, mais nous devons mener ce combat et accompagner ceux qui vont être baptisés. Celui qui est mort et ressuscité et que nous célèbrerons à Pâque est vraiment notre compagnon de marche. Unissons-nous vraiment à lui pendant ce temps de carême. Vivons cette union dans la prière intérieure plus intense, dans la participation à l’eucharistie, dans la célébration du sacrement de la réconciliation, dans le jeûne et dans le partage avec nos frères et sœurs les plus pauvres.

Chers catéchumènes, vous vous êtes réellement engagés pour rencontrer le Christ, non seulement dans votre découverte de la foi, dans l’apprentissage de la prière personnelle, mais avec la garantie sacramentelle de l’Eglise. Le Christ vous appelle pour recevoir les sacrements de sa présence, de sa force, de sa lumière, de sa vie : baptême, confirmation et eucharistie.

Vous êtes désormais engagés sur un chemin où la rencontre du Christ est indissociable de la participation à la vie de l’Eglise. L’Eglise est déjà votre mère ; elle vous aime et attend que vous l’aimiez.

Aujourd’hui, au nom de l’Eglise, comme évêque de Tulle, chargé du ministère des Apôtres pour annoncer la Bonne nouvelle et accueillir les nouveaux disciples du Christ, je vais appeler chacun et chacune d’entre vous pour l’ultime étape qui va le conduire au baptême, à la confirmation, à l’eucharistie. Le chemin que vous avez parcouru jusqu’ici, de façon plus ou moins claire, depuis plus ou moins longtemps, ce chemin, aujourd’hui, je l’authentifie et je le reconnais comme le chemin par lequel Dieu a voulu vous conduire jusqu’à la foi.

Pendant ces 40 jours qui nous séparent de Pâques où vous serez baptisés dans l’Esprit Saint, vous allez franchir les ultimes étapes du combat spirituel. Ne désertez pas le lieu de ce combat qui est votre cœur. Dans la pleine confiance au Père miséricordieux, vivez cette dernière ligne droite avec le désir de changer encore en vous ce qui ne correspond pas à l’Evangile, ce qui vous éloigne encore de l’Amour de Dieu et de l’amour de vos frères.

C’est une grande joie de vous recevoir et de vous accueillir, non seulement pour moi, mais pour l’Eglise qui est en Corrèze et, à travers elle, pour l’Eglise tout entière.

Désormais, vous allez être témoins et signes par votre participation à la vie des disciples du Christ. Nous sommes dans l’action de grâces pour ce que Dieu a accompli en vous et ce qu’il accomplira encore en vous et par vous. Amen

+ Francis Bestion

Evêque de Tulle

Navigation