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Dimanche 12 mars 2017 - 2ème dimanche de Carême – Année A

Célébration de la confirmation - Seilhac

Frères et sœurs, depuis déjà plus d’une semaine nous avons commencé notre marche de carême, notre montée vers Pâques.

La 1ère lecture que nous venons d’écouter nous présente la figure d’Abraham, notre père dans la foi. A l’appel de Dieu, sans trop savoir où il allait, il a quitté son pays. L’épître aux Hébreux, en parlant de lui, dira que c’est grâce à la foi, qu’il a pu partir, même s’il ne savait pas vraiment où le mènerait la route. Abraham a fait confiance au Seigneur, il a cru en la promesse de Dieu : « je ferai de toi une grande nation, je te bénirai ». Chers confirmands, vous êtes comme Abraham, vous ne connaissez pas l’avenir, mais en demandant à recevoir le sacrement de confirmation, vous faites confiance au Seigneur pour avancer sur la route, vous avez foi en lui et en son Esprit pour guider vos pas.

L’histoire d’Abraham est une illustration de ce qu’est la foi : espérer en des réalités invisibles. Abraham ne voyait pas la terre promise, pas plus que nous ne voyons ce que sera notre vie demain, pas plus que nous ne voyons la vie éternelle dans l’au-delà. La foi est une lumière pour guider nos pas vers l’Invisible. Elle est une lumière dans l’obscurité, une lampe pour nos pas. Elle n’est pas un projecteur qui rendrait visible tout le chemin à parcourir pour atteindre le but. Non, elle est une petite lampe qui éclaire suffisamment pour assurer chacun de nos pas, un après l’autre. La foi est un don de Dieu et, en même temps, elle est notre réponse à l’appel de quitter notre pays pour la terre promise.

Les 40 jours du carême sont une manière de quitter notre pays, d’avancer sur la route de la conversion, pour une destination sûre. Comme Abraham, il faut quitter son pays, mais à la différence d’Abraham, nous savons où nous allons ; notre destination est sûre ; c’est la célébration de la Pâques, de la victoire du Christ, mort et ressuscité, victoire sur le mal, le péché et la mort.

Cette victoire, Pierre, Jacques et Jean en ont vu la préfiguration sur la montagne sainte où Jésus les avait conduits, alors qu’ils faisaient route vers Jérusalem. Ils ont vu la transfiguration de Jésus, anticipation de sa résurrection.

Pour monter vers Pâques, nous sommes appelés, nous aussi, à quitter notre pays, c’est-à-dire à nous détourner de certaines manières de vivre ; on appelle cela la conversion. Il s’agit de se retourner vers Dieu de tout notre cœur, selon l’appel entendu le mercredi des cendres dans le livre du prophète Joël. C’est pour cela que dimanche dernier nous avons entendu le récit des tentations de Jésus au désert. Comme pour nous dire : « fais attention, le diable ne veut pas que tu quittes ton pays, il ne veut pas que tu te mettes en marche ; il ne veut pas que tu gravisses, avec Jésus, la montagne sainte de la transfiguration. Il préfère que tu croupisses dans tes habitudes, que tu te laisses piéger dans les miroirs aux alouettes, c’est-à-dire les mirages de la mondanité, l’esprit du monde : le pouvoir, l’avoir et le succès ». Le diable ne veut surtout pas que nous suivions Jésus dans sa montée vers Jérusalem, sa montée vers Pâques. Il veut nous détourner de ce chemin.

Voilà pourquoi, frères et sœurs, le carême est le temps de l’épreuve, du combat spirituel, un combat qui se livre en nos âmes. De quel côté vais-je pencher ? Il ne faut pas avoir peur de cette épreuve. C’est ce que saint Paul dit à son disciple Timothée pour l’encourager : « prends ta part de souffrances liées à l’annonce de l’Evangile. Dieu nous a sauvés, il nous a appelés à une vocation sainte ».

C’est je crois le sens profond du sacrement de la Confirmation que trois jeunes parmi nous vont recevoir. Ce n’est pas pour vous protéger des aléas de la condition humaine que je vous donne ce sacrement, au nom du Christ. Vous êtes déjà des sauvés, vous n’avez rien à craindre, parce que le Christ a donné sa vie pour vous et que son Père l’a ressuscité. Mais, pour ne pas vous détourner de ce salut, pour mener le combat spirituel et pour être témoin du Christ, Apôtre, disciple-missionnaire, vous avez besoin du secours de la grâce, vous avez besoin de la force du Saint-Esprit, de ses sept dons sacrés. C’est ce que vous procure le sacrement que vous allez recevoir. Il ne va pas vous épargner les difficultés et les épreuves de la vie, mais il va vous donner l’ « équipement » nécessaire pour avancer sans peur, sans crainte, sur le chemin de la foi, à la suite du Christ Sauveur, vers la vie éternelle.

Dans quelques instants, je vais marquer vos fronts avec l’huile parfumée qu’on appelle le saint-chrême. La symbolique attachée à l’huile est très riche ; vos catéchistes ont dû vous l’expliquer. L’une des particularités de l’huile est de rendre invulnérable. C’est pourquoi les lutteurs, dans l’antiquité, s’en enduisaient leur corps entièrement. Essayez de saisir un corps enduit d’huile ; il va glisser entre vos mains. Ce symbole dit quelque chose du sacrement : si vous êtes fidèles à l’Esprit que vous recevez, il vous rendra invulnérable contre les attaques du démon. Quant au parfum, il signifie que par votre vie de chrétien, vous êtes appelés à répandre la bonne odeur de Jésus-Christ. C’est cela, en fin de compte, être témoin du Christ, être Apôtre : répandre la bonne odeur du Christ, l’odeur de la sainteté, qui est tout le contraire de la mauvaise odeur – l’odeur du rance, de la pourriture, des choses qui se dégradent. Ce n’est pas l’odeur d’un parfum artificiel pour paraître ce qu’on n’est pas ; c’est l’odeur de la grâce divine répandue en vos cœurs, comme une marque indélébile.

Comment être fidèle à cet Esprit de sainteté ? Notre mère l’Eglise nous donne tous les moyens de la sainteté, tous les moyens du Salut, tels qu’elle les a reçus du Seigneur lui-même, qui par sa Présence indéfectible à son Eglise, les actualisent sans cesse pour ses enfants. C’est le don de sa Parole : tandis que nous lisons les Saintes Ecritures, c’est Lui qui nous parle. C’est le don de ses sacrements, particulièrement l’Eucharistie et le sacrement du pardon, qui nous permettent de recevoir la nourriture pour la route et de nous purifier de la lèpre du péché. C’est le don de la prière, qui nous garde toujours unis à la Source divine, en louant le Seigneur, en lui rendant grâce, en l’adorant, en lui demandant ce dont nous avons besoin. C’est le don de la fraternité, par lequel nous renforçons la communion ecclésiale et nous sommes proches les uns les autres, en particulier des plus nécessiteux, des malades, des isolés, de ceux qui n’ont personne pour les aimer. Si vous êtes fidèles à ses dons, vous êtes fidèles à l’Esprit de votre baptême et de votre confirmation. Vous pouvez avancer sur la route pour devenir ce que le baptême a déjà fait de vous : des enfants de Dieu. Amen.

 

+ Francis BESTION

Evêque de Tulle

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