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10 septembre 2017 - Pèlerinage à N.D. de Capelou

Diocèse de Périgueux et Sarlat

Frères et sœurs, comme évêque d’un diocèse voisin du votre, d’un diocèse rural comme le vôtre, j’ai suivi avec beaucoup d’attention et d’intérêt les initiatives que vous avez prises, sous l’impulsion ou avec la bénédiction de votre évêque, pour relancer dans votre Eglise l’élan missionnaire. Non pas que cet élan ait cessé d’exister, mais les temps que nous vivons exigent une nouvelle prise de conscience et un renouveau d’ardeur de toutes les composantes du Peuple de Dieu, de chaque baptisé, appelé à devenir un disciple-missionnaire, selon l’appel du Saint-Père dans son Exhortation apostolique La joie de l’Evangile.

Durant l’année pastorale 2016-2017, vous vous êtes mobilisés pour vivre et annoncer l’Evangile dans vos divers lieux d’Eglise. Je sais que le 1er octobre 2016, toutes les forces vives de la pastorale diocésaine étaient rassemblées à Périgueux pour une journée de mobilisation missionnaire et que ce fut pour ainsi dire une journée fondatrice.

Les initiatives missionnaires n’ont pas manqué pendant cette année pastorale. Des missions paroissiales ponctuelles aux parcours d’évangélisation (parcours Alpha, cellules d’évangélisation), en passant par la mission des prêtres et les propositions pour les couples et les familles, par les chantiers d’éducation, vous avez « jeté vos filets » en avançant au large, en eau profonde. Vous avez fait confiance à Celui qui est le protagoniste de la mission, l’Esprit-Saint. Depuis la 1ère Pentecôte, il ne cesse de souffler pour gonfler les voiles de la Barque Eglise pour qu’elle avance malgré les vents contraires et les tempêtes ; par de multiples langues de feu, il embrase et réchauffe le cœur des missionnaires de l’Evangile ; il précède ces mêmes missionnaires pour leur ouvrir la voie en semant dans les cœurs les germes de la foi.

Aujourd’hui, en revenant ici, aux pieds de Notre-Dame de Capelou, dans ce sanctuaire si cher à toutes les générations de chrétiens qui se sont succédées depuis des siècles, vous pouvez reprendre le cantique d’action de grâce de la Sainte Vierge Marie : « Le Seigneur fit pour moi des merveilles, saint est son Nom ». Comme elle, d’une certaine manière, vous avez porté Jésus au monde, pour lui permettre de se manifester aux hommes et aux femmes de notre temps, en quête de sens pour leur vie, de raisons de croire et d’espérer et de désir de mieux aimer.

Ici, vous pouvez en même temps vous ressourcer, venir puiser aux sources du salut auprès de celle qui a été le plus étroitement associée au mystère pascal de son Fils. Vous pouvez prendre des forces pour poursuivre la route de la mission et préparer déjà votre journée missionnaire du 7 octobre prochain qui aura pour thème « Transmets la foi en Jésus ! Comment ? ». Auprès de Marie, la Vierge du Magnificat, la Vierge de Nazareth, la Vierge du Calvaire, la Vierge du Cénacle, on rend grâce, on se ressource et on se laisse envoyer par le Seigneur pour vivre l’aventure toujours nouvelle de l’Annonce de l’Evangile, sans jamais désespérer de l’œuvre de l’Esprit-Saint dans les cœurs, le nôtre et celui de ceux vers qui nous sommes envoyés. Ce n’est pas la sainte Vierge qui nous envoie, mais elle nous apprend à nous laisser envoyer et, en cela, elle est la Mère et la Reine des Apôtres.

Frères et sœurs, nos Eglises diocésaines, dans la France rurale d’aujourd’hui, sont des Eglises pauvres à bien des égards (pauvreté numérique, en moyens, en prêtres, en consacrés), des Eglises qui n’ont pas pignon sur rue, des Eglises qui semblent subir durement l’érosion du temps. Mais, paradoxalement, notre situation, certes inconfortable, nous met en état de disponibilité pour tout attendre de Dieu, pour jeter à nouveau les filets après une nuit fatigante où la pêche a été infructueuse, pour réveiller en nous l’espérance que donne la certitude de la présence du Ressuscité à nos côtés, sur la barque Eglise, même si, à certaines heures, nous avons l’impression qu’il dort et nous laisse comme seuls.

L’évangile de ce jour est riche d’enseignements pour nous. Comme la sainte Famille, jetée sur les routes de l’exil, nous apprenons à vivre un temps de l’Exode. Loin de devoir nous replier dans nos églises désertées par beaucoup de nos contemporains, nous sommes pour ainsi dire poussés à sortir, à emprunter de nouveaux chemins. Comme la sainte Famille de retour de l’exil, nous ne retrouverons plus aujourd’hui ce que nous avons quitté. Il nous faut passer de la Judée à la Galilée, de Bethléem à Nazareth… Cette Galilée du temps de Jésus était nommée « le carrefour des nations » et c’est là que Jésus a vécu son ministère de prédication et de guérison, annonçant le Règne de Dieu à l’œuvre et se faisant proche de tous les blessés de la vie, allant de village en village, sans une pierre où reposer sa tête. A ceux qui voulaient le retenir, il disait : « il faut que je sorte ; aux autres villes, il faut que j’annonce la Bonne Nouvelle du Règne de Dieu » (Lc 4, 43).

Le modèle pastoral qui a présidé à la vie de l’Eglise dans les sociétés rurales depuis le Moyen Age – un clocher, une paroisse, un curé – reste inscrit dans l’inconscient collectif, y compris chez les non-chrétiens. Il correspondait aux exigences d’une société stable, où la vie familiale, sociale, économique et culturelle, s’épanouissait dans un périmètre très restreint. La foi se transmettait assez naturellement, portée par la tradition. Mais voilà que les temps ont changé. L’Eglise a essayé de s’adapter en restructurant les paroisses. Cependant, nous nous rendons compte qu’il est sans doute illusoire de s’arquebouter sur un modèle qui visait à couvrir le territoire en partant des forces disponibles dans le clergé. La question de l’entretien de ce qui existe est devenue, je crois, seconde par rapport à l’urgence de la mission d’annonce de l’Evangile. Nous ne pouvons pas nous résigner à essayer de faire comme on faisait avant. La tâche peut nous paraître démesurée au regard de nos pauvres moyens. Et nous avons parfaitement raison de nous interroger sur le « comment » de la mission. C’est une question de réalisme pastoral. Dans un monde qui privilégie l’efficacité technique, le rendement, la performance, quitte à laisser beaucoup de gens à la traîne, c’est paradoxalement notre pauvreté qui peut devenir notre plus grande richesse. Que représentait, face à la puissance et à l’étendue de l’Empire romain, une poignée d’hommes comme les Apôtres, au lendemain de la Pentecôte ? Et pourtant, l’Evangile a commencé sa course, la Parole de Dieu s’est répandue de ville en ville, de province en province. Pourquoi et comment ? Parce que le principal acteur de la mission – l’Esprit-Saint – précédait la prédication des Apôtres et les soutenait. Saint Paul avait conscience que c’était sa propre faiblesse qui permettait à la puissance de la Parole divine d’accomplir pleinement son œuvre.

Frères et sœurs, nous vivons des temps nouveaux pour l’Evangile, et j’ose dire des temps favorables pour l’Evangile. Non seulement parce que des hommes et des femmes de notre temps recherchent, même si c’est confusément, des sources où apaiser leur soif spirituelle, mais aussi parce que nous-mêmes sommes devenus pauvres au point de ne plus pouvoir compter que sur la force de l’Esprit-Saint, capable de féconder nos pauvretés et de leur faire porter des fruits nouveaux. C’est déjà ce que nous percevons – avec le regard aiguisé et confiant de la foi – dans toutes les initiatives qui naissent ici et là dans les diocèses de notre pays, dans nos diocèses de Périgueux et de Tulle, dans nos Communautés chrétiennes. Nous ne sommes ni dans le temps de l’enfouissement ni dans celui des citadelles à défendre ; nous sommes dans le temps de la sortie, de l’Exode, comme aime à le répéter le pape, pour une annonce joyeuse et renouvelée de l’Evangile. Le Ressuscité, aujourd’hui comme hier, nous envoie par la force de son Esprit vers un monde inquiet, instable, incertain, un monde qui prend de plus en plus conscience des limites de la techno-science, de la croissance à tout prix, du danger de certaines visions prométhéennes, mais, en même temps, un monde porteur de nombreuses attentes. Le Ressuscité nous envoie pour que nous apportions à ce monde ce que nous avons de meilleur et qui ne vient pas de nous : la joie de l’Evangile, l’Evangile du Salut.

Frères et sœurs, les catégories psychologiques de l’optimisme ou du pessimisme ne doivent pas avoir cours dans l’Eglise. Qu’il y ait dans nos personnalités humaines des propensions à être optimiste ou au contraire pessimiste est une chose bien naturelle. Mais, l’Evangile, la mission, le Salut ne dépendent pas de notre tempérament, pas plus que de nos qualités ou de nos défauts, de notre force ou faiblesse intellectuelle, de nos capacités ou incapacités physiques, de notre jeunesse ou de notre âge avancé. L’Evangile du Salut, nous le portons toujours dans des vases d’argile pour que nous n’allions pas nous enorgueillir ou au contraire nous lamenter sur nous-mêmes, mais que nous apprenions à devenir dociles à l’œuvre de l’Esprit, pour que nous ne lui fassions pas obstacle en nous prenant pour Jupiter. Dans les Actes de Apôtres, il est dit que dans la ville de Lystres, on avait pris Paul et à Barnabé pour Zeus et pour Hermès ! Mais eux ne se prenaient pas pour des dieux !

Ecoutons plutôt saint Paul nous dire, comme aux colossiens (c’était la première lecture), de nous laisser habiter par la Parole du Christ dans toute sa richesse. Nous ne pourrons jamais donner que ce que nous recevons ! Si nous sommes vraiment habités par la Parole du Christ, par la force de son Esprit, alors, vraiment, je vous le dis, nous trouverons des chemins nouveaux pour l’Evangile. L’Esprit du Ressuscité qui ouvrit jadis la Porte de la foi, à Antioche, à Corinthe, à Colosse, à Thessalonique, à Rome, en Gaule et en bien d’autres contrées, au commencement de l’Eglise, qui ouvrit encore la Porte de la foi sur tous les continents du monde, à l’époque moderne, ce même Esprit les ouvrira aussi et les ouvre déjà pour tous ceux qui ont soif de vérité, de justice, de paix, d’Espérance et, en fin de compte, de Salut.

Nos communautés chrétiennes n’ont pas besoin de survivre ; elles ont besoin de vivre ! Elles ont besoin de disciples-missionnaires, c’est-à-dire de baptisés appelés et envoyés, de chrétiens qui prennent au sérieux leur vocation baptismale, pour une Eglise fraternelle, missionnaire et appelante. Ne craignons pas d’appeler, non pas pour trouver des successeurs (avec l’espoir secret qu’ils referont ce que nous avons fait), mais d’appeler des ouvriers de l’Evangile, en leur faisant confiance, parce que l’Esprit les guidera comme il guida Marie et Joseph qui avancèrent dans une certaine nuit de la foi, sans trop savoir où ils allaient, mais dans la joie de savoir qu’ils accomplissaient la volonté de Dieu : « que tout se passe en moi selon ta Parole ».

Notre Assemblée de ce jour est riche de la diversité des personnes qui forment le Corps du Christ, l’Eglise.

- Il y a les anciens qui sont la mémoire vivante et témoignent de la fidélité et de la persévérance dans la foi. Vous avez un rôle très important envers les nouvelles générations. Je m’en rends compte quand je lis les lettres que m’adressent les confirmands. Ils parlent souvent de leurs grands-parents qui sont pour eux comme des modèles et dont ils sont heureux de recevoir le témoignage de la foi.

- Il y a les jeunes familles et leurs enfants. L’Eglise attend beaucoup de vous et vous attendez aussi beaucoup de l’Eglise. L’institution de la famille dans nos sociétés est malmenée et pourtant tout le monde est attaché à la famille, parce qu’elle est le socle premier de la vie en société et que pour nous, chrétiens, elle est l’œuvre du Créateur et que son mystère inépuisable est inséparable de celui du Christ et de l’Eglise. L’Eglise est une famille de familles. L’Evangile de la famille, la Bonne Nouvelle de la famille est plus que jamais d’actualité pour nos communautés chrétiennes et les familles sont les premiers acteurs de la pastorale familiale. Vous êtes la joie des pasteurs de l’Eglise, les Evêques et les prêtres.

- Enfin, il y a les jeunes qui sont cette année sous le feu des projecteurs puisque le prochain Synode convoqué par le Pape leur est consacré. Vous, chers jeunes, dont on dit souvent que vous êtes l’avenir de l’Eglise, je préfère vous dire que vous êtes le présent de l’Eglise ! L’avenir n’appartient qu’à Dieu ! Soyez pleinement le présent pour être aussi l’avenir. L’Eglise compte beaucoup sur vous. Ne dites pas : je m’engagerai plus tard, je vais réfléchir, je ne suis pas sûr… On n’apprend pas à nager sans se jeter à l’eau, sans boire la tasse, sans s’entraîner. Ne pensez pas qu’on doive faire le plus d’expériences possibles, qu’on doive avoir des assurances absolues pour s’engager dans le mariage, la vie consacrée, la prêtrise. Dans le diocèse de Tulle, nous allons fêter les 700 ans de notre diocèse. Et j’ai voulu mettre à l’honneur, en particulier pour les jeunes, les figures de sainteté de notre Eglise, en particulier celle d’un jeune homme qui s’appelait Pierre-Dumoulin Borie et qui, il y a deux-cents ans, consacra sa vie au Seigneur. A 24 ans, il était ordonné prêtre, il partait pour le Vietnam comme missionnaire pour annoncer l’Evangile, et il y mourut martyr, à l’âge de 30 ans. Aujourd’hui, il ne s’agit peut-être pas de partir en Asie, même si c’est toujours nécessaire qu’il y ait de tels missionnaires, mais de se consacrer au Seigneur pour la mission ici, et Dieu sait si l’Eglise a besoin de missionnaires ici et maintenant, qui aient le même enthousiasme, la même foi, le même amour que le jeune Pierre Dumoulin Borie ; et vous avez sans doute dans votre diocèse de telles figures. N’ayez pas peur de vous engager ! Comme le disait le pape Benoît XVI, « le Christ n’enlève rien, il donne tout ».

Frères et sœurs, quel que soit notre âge, notre état de vie, nous sommes les fils et les filles bien-aimés de Dieu, appelés à la sainteté. Nous sommes l’Eglise en marche, pas l’Eglise qui regarde en arrière ou qui se lamente, mais l’Eglise des disciples-missionnaires de Jésus, qui savent, qui font l’expérience que le Ressuscité est toujours présent à leur côté, qu’il chemine avec eux sur la route, qu’il ouvre leur cœur à sa Parole et qu’il se donne à eux dans la fraction du pain, comme dans l’auberge d’Emmaüs. Que cette eucharistie, où nous sommes portés par le Christ Prêtre dans son offrande au Père, fortifie notre courage missionnaire. Que notre mère du ciel, invoquée ici sous le vocable de Notre-Dame de Capelou, guide nos pas, elle l’étoile de la nouvelle évangélisation. Amen.

 

+ Francis BESTION

Evêque de Tulle

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