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7 mai 2017 -4ème dimanche de Pâques – Année A

Dimanche des Vocations - Eglise Sainte-Eulalie - UZERCHE

 

Dans cette cinquantaine pascale, dont l’issue sera la fête de Pentecôte, le don de l’Esprit-Saint, nous proclamons sans nous lasser, comme l’Apôtre Pierre – c’était la première lecture – la résurrection du Christ : « Ce Jésus que vous aviez crucifié, Dieu l’a ressuscité, il l’a fait Seigneur et Christ ». C’est vraiment le cœur de notre foi. Nous l’avons célébré à Pâques, mais un jour ne suffisait pas ; il en faut quarante neuf de plus pour chanter encore et encore l’Alléluia qui a retenti durant la Vigile pascale.

En ce 4ème dimanche, c’est sous la figure du bon pasteur que nous est présenté le Seigneur ressuscité. Les images pastorales sont fréquentes dans la bible. Jésus lui-même les utilisait pour s’adresser aux foules et aux disciples car elles parlaient à ces populations de la terre. Elles sont sans doute moins présentes dans l’imaginaire de nos contemporains, dont la majorité vit dans les villes ; mais chez nous, tout le monde sait ce qu’est un berger et ce que sont des brebis ; même si aucun jeune aujourd’hui ne fait l’expérience que nous faisions dans notre enfance, à la campagne, de garder les moutons…

Jésus se présente lui-même comme le pasteur, le berger des brebis. Et il s’identifie, dans sa manière d’être et de faire, au comportement d’un berger, d’un bon berger qui connaît ses brebis et que ses brebis connaissent, reconnaissent à sa voix. Nous qui sommes des fidèles du Christ, nous n’entendons pas sa voix – comme pouvaient l’entendre les disciples il y a 2000 ans, tandis qu’il s’adressait à eux dans les villes et les villages de la Galilée et de la Judée. Mais nous entendons sa Parole, nous l’écoutons, comme nous venons de le faire. Et nous comprenons que, tandis qu’on lit les Saintes Ecritures, aujourd’hui, dans l’Eglise, c’est bien lui qui véritablement et réellement nous parle. Comme baptisés, nous n’avons pas du mal à identifier une parole purement humaine et une parole évangélique, une parole du Seigneur. Et dans les paroles qui nous viennent des hommes, nous sommes capables de discerner celles qui sont conformes, en consonance, en harmonie avec la Parole du Bon Pasteur et celles qui, au contraire, ne le sont pas. Et, en cela, nous pouvons dire que, grâce à l’Evangile, le Seigneur Jésus continue, à travers l’histoire humaine, d’être notre guide, notre Maître, notre pasteur. C’est bien lui qui marche à la tête du troupeau et que nous suivons, même s’il peut nous arriver de nous égarer, en nous laissant séduire par d’autres voix que la sienne, par d’autres paroles que celles de l’Evangile. Le Seigneur ressuscité continue de guider son Eglise par sa Parole et par ceux qu’il appelle, aujourd’hui, pour en faire des pasteurs de son peuple : les évêques, successeurs des Apôtres, et avec eux les prêtres.

Il y a une notation importante dans la description que Jésus fait du berger et donc de lui-même : une notation qui nous touche parce qu’elle concerne chacun et chacune d’entre nous, en particulier : « Ses brebis à lui, il les appelle chacune par son nom et il les fait sortir ». Chers amis, comme il est précieux pour notre vie, pour notre chemin de foi, de savoir que le Seigneur me connaît personnellement. C’est d’ailleurs le sens du nom que nous recevons au baptême. Le Seigneur me connaît et m’appelle par mon nom, comme un père et une mère appellent leur enfant. Dans le troupeau de Jésus, dans son Eglise, il n’y a pas d’anonymes ; il n’y a pas de numéro, comme à la sécurité sociale… Un prêtre âgé me disait un jour qu’au fur et à mesure de ses changements de paroisse et de son avancée en âge, sa mémoire lui faisait défaut, qu’il n’arrivait plus à se rappeler le nom des personnes et que cela le faisait souffrir. Moi qui étais alors jeune prêtre, je ne mesurais pas toute la portée de ces paroles, mais en avançant en âge, je réalise ce qu’il ressentait. C’était un bon pasteur qui voulait prendre soin de chacune de ses brebis et, humblement, il reconnaissait qu’il avait du mal à y parvenir. Le prêtre ‘bon pasteur’, non seulement se sent indigne de la charge qu’il a reçue, mais de plus son cœur souffre de ne pouvoir rassembler comme il le voudrait sa communauté, de ne pouvoir connaître et aimer chaque fidèle comme le Seigneur connaît et aime chacun de ses enfants. Mais le Christ lui-même, alors qu’il était dans sa condition humaine, a connu ce genre de souffrance. Elle s’exprimait lorsqu’il pleurait en regardant la ville de Jérusalem : « Jérusalem, combien de fois ai-je voulu rassembler tes enfants comme une poule rassemble ses poussins sous ses ailes, et vous ne l’avez pas voulu » (Mt 23, 37).

En ce 4ème dimanche de Pâques, dimanche dit du « bon pasteur », l’Eglise universelle prie pour les vocations. Fidèle à la recommandation de Jésus – « priez le maître de la moisson d’envoyer des ouvriers à sa moisson » -, l’Eglise, dans le monde entier, fait monter vers le Ciel sa prière pour que le Seigneur lui donne les prêtres, les diacres, les consacrés dont elle a besoin pour accomplir la mission qu’il lui a confiée : « Allez, de toutes les nations faites des disciples ! ».

Notre pays, particulièrement dans les diocèses ruraux, est marqué par une crise profonde des vocations sacerdotales et religieuses ; mais qui n’est que la conséquence d’un mal plus grave qui affecte les pays riches, où beaucoup de gens vivent « comme si Dieu n’existait pas », selon l’expression du pape Benoit XVI, reprise par son successeur François. Même si c’est Dieu qui appelle, il le fait ordinairement par et dans les communautés chrétiennes. Si celles-ci sont vivantes, ferventes, elles suscitent en leur sein des vocations. Il faut bien reconnaître que nos communautés sont devenues bien petites et qu’on n’y voit plus beaucoup d’enfants et de jeunes. Or, la plupart des vocations naissent dans les familles profondément chrétiennes, et celles-ci sont de moins en moins nombreuses chez nous. En disant cela, je ne cherche pas à culpabiliser quiconque, mais c’est la réalité à laquelle sont confrontés les évêques dans la plupart des diocèses de France. Les quelques prêtres qui restent sont âgés et lorsqu’ils cessent la charge curiale à 75 ans, comme ça va être le cas pour votre curé, l’évêque ne peut pas les remplacer. Cette situation nous a conduit à renoncer à vouloir encore tenir à tout prix le maillage territorial hérité du passé. Je ne peux plus « boucher des trous », même en faisant appel à quelques prêtres étrangers. Est-ce à dire que la vie chrétienne est condamnée à disparaître des territoires ruraux pour ne plus subsister que dans les villes ? L’avenir le dira. Pour ma part, je crois qu’elle peut exister là où des chrétiens d’une communauté locale refusent de baisser les bras, de se lamenter, et acceptent de se prendre en charge, certes avec l’aide de prêtres, mais qui ne sont plus résidents dans la communauté. C’est pour cela que j’ai proposé la création des fraternités locales missionnaires, à la base. Que dans chaque clocher, quelques chrétiens se réunissent chaque semaine pour un temps de prière à l’église du village ou dans une maison, qu’ils prennent un peu de temps pour se parler, pour lire la Parole de Dieu et qu’ils s’organisent pour visiter les personnes malades, isolées, seules. Mais, qu’en même temps, le dimanche, on fasse l’effort de se rassembler pour la messe dominicale dans un lieu central, pour former une Assemblée consistante et fervente. Il est aussi important que dans chaque communauté locale – comme ici, à Vigeois et Uzerche, il y ait une Equipe d’animation pastorale. Ce sont de 3 à 5 chrétiens qui sont appelés pour porter, avec les prêtres – même s’il n’y a pas un prêtre résident – la charge de la communauté, pour veiller à ce que le catéchisme soit assuré, qu’on prépare aux sacrements, qu’on ait le souci des plus petits.

Le dimanche 18 juin, j’ordonnerai prêtre à la cathédrale, Bernard Zimmermann, un homme de 65 ans. Dans deux ans, j’espère ordonner prêtre David, notre unique séminariste, âgé de 44 ans. L’an prochain, le diocèse accueillera une communauté de 3 prêtres – la communauté Saint-Martin – pour prendre en charge toutes les paroisses de Brive. S’ils n’étaient pas arrivés, je ne sais pas comment j’aurais pu faire face… Cette année 5 prêtres de 75 ans, ou plus, vont cesser leur charge de curés. Ils continueront certes à rendre des service - ce sera le cas de l’abbé Jousseaume – mais ils n’auront plus la charge d’une ou plusieurs communautés.

C’est dire que plus que jamais nous devons prier pour les vocations sacerdotales, éveiller les enfants et les jeunes au service de l’Eglise ; c’est dire que des chrétiens doivent accepter de s’engager davantage au service de leur communauté. Les prêtres sont indispensables à l’Eglise ; ils font partie de la Constitution de l’Eglise. En même temps, ce sont des communautés qui engendrent les prêtres dont elles ont besoin. S’il n’y a pas d’engendrement, c’est probablement qu’il n’y a plus suffisamment de chrétiens et donc de vitalité communautaire. C’est comme un cercle vertueux – plus de prêtres, plus de chrétiens ; plus de chrétiens, plus de prêtres – ou comme un cercle vicieux – moins de prêtres, moins de chrétiens ; moins de chrétiens, moins de prêtres…

C’est dire, frères et sœurs, que l’heure n’est plus à essayer de sauver les meubles ; mais l’heure est à la mission ! C’est le sens des Orientations pastorales diocésaines que vous avez tous lu et travaillé : « pour une Eglise fraternelle, missionnaire et appelante ». C’est en ce sens que le pape François, dans son message pour cette journée de prière pour les vocations, met à nouveau l’accent sur les disciples missionnaires. « Tous les chrétiens sont constitués missionnaires de l’Evangile ! ». L’engagement missionnaire n’est pas quelque chose qu’on ajoute à la vie chrétienne, comme la cerise sur le gâteau ; c’est au cœur de la foi. Chaque chrétien est un « christophe », c’est-à-dire celui qui porte le Christ aux autres, qui évangélise, qui témoigne.

Ainsi, frères et sœurs, je vous invite à redoubler de ferveur dans la prière pour les vocations, personnellement et en communauté ; je vous invite aussi à vous prendre en main dans votre communauté locale et à avoir le souci d’annoncer l’Evangile à temps et à contre temps ! Amen.

 

+ Francis Bestion

Evêque de Tulle

 

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