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26 novembre 2017 - Solennité du Christ-Roi de l’Univers

Cathédrale de Tulle

            Il fut un temps où, dans l’Eglise, on insistait beaucoup sur la question des fins dernières, sur le jugement dernier. Et peut-être parce qu’on en avait trop parlé, on s’est mis à ne plus en parler beaucoup… On a préféré insister sur l’Amour de Dieu, sur sa miséricorde, sa tendresse… autant de vérités profondes que nous révèlent non seulement les évangiles mais toute la Bible.

         Faut-il choisir entre une vision d’un Dieu juge et une vision d’un Dieu amour ?

         Toute la Bible nous parle d’Alliance entre Dieu et les hommes. « Dieu est amour », répète saint Jean. Mais dans la même Bible, les références au jugement de Dieu, à la justice divine abondent tout autant.

         Il se peut que le qualificatif de « juge » appliqué à Dieu nous gêne, nous dérange, nous interroge… Tous les qualificatifs que nous employons pour parler de Dieu appartiennent forcément au langage des hommes et sont donc limités, trop étroits, maladroits, pour être attribués à Dieu qui dépasse tout ce que nous pouvons en penser, en dire et en comprendre ! Nous parlons de la bonté de Dieu par analogie avec la bonté humaine ; nous parlons de la justice de Dieu par analogie avec la justice humaine. Mais il ne faut jamais oublier que ces comparaisons, sans être fausses, disent pourtant encore bien peu, au sujet de Dieu.

         Faut-il renoncer à essayer d’approcher du mystère divin ? Non. Et l’Eglise n’a jamais enlevé une seule page de la Bible ! Nous ne pouvons pas choisir dans la Bible entre ce qui nous plaît et ce qui nous déplaît ; nous ne pouvons pas non plus isoler une expression, une image, un passage pour en faire des absolus. Dieu se révèle aux hommes dans une pédagogie de progression à travers toute l’histoire de la Première Alliance, mais dans les derniers temps, il a parlé aux hommes en son Fils, par son Fils qui s’est fait homme ; c’est le sommet de la Révélation.

         Le jugement de Dieu, la justice divine n’ont probablement pas grand chose à voir avec nos jugements et notre justice d’ici-bas. Mais pourtant, Jésus emploie nos mots, nos images pour en parler. S’il est question dans l’évangile d’aujourd’hui d’une sorte de ‘tri’ entre  “les brebis” qui seront à la droite du Roi et  “les boucs” qui seront à sa gauche – autant d’expressions assez surprenantes pour nous aujourd’hui – il faut bien comprendre que ces images sont au service d’une révélation sur le Salut. Nous savons bien et Dieu le sait mieux que nous qu’il n’existe pas des personnes totalement parfaites, exemptes de tout péché et d’autres totalement « méchantes », en tout point mauvaises !

         En Dieu, justice et amour sont inséparables. C’est son amour qui est juste et qui nous jugera. Mais il semble aussi que ce sera notre amour ou notre manque d’amour qui constituera la mesure du jugement qui sera porté sur nous lorsque nous paraîtrons devant le Seigneur.

         L’Evangile d’aujourd’hui veut nous révéler que dès ici-bas, nos paroles et nos actes ont déjà un poids d’éternité et qu’à travers notre manière de vivre, de nous soucier de ceux et celles que nous croisons, nous accueillons ou nous refusons le mystère de la présence du Seigneur, le mystère de son Royaume dont il nous a dit qu’il est déjà présent au milieu de nous. C’est une autre manière de nous dire aussi que son Amour et sa Justice sont présents par nos propres actes de disciples, lorsque nous donnons à manger, à boire, lorsque nous visitons, lorsque nous soignons, lorsque nous vêtons, bref lorsque nous discernons dans le pauvre, le malade, l’affamé, le prisonnier, la présence même de Celui qui s’est fait pauvre pour assumer notre condition humaine, de Celui qui est venu se mettre à la dernière place, de Celui qui s’est anéanti pour nous.

         C’est le grand savant et mystique Blaise Pascal qui disait que le Christ est en agonie jusqu’à la fin du monde et que pendant ce temps, il ne faut pas dormir. L’Evangile d’aujourd’hui ne dit pas autre chose : tant qu’il y a des affamés, des malades, des sans abris, des rejetés, des méprisés, bref tant qu’il y a des personnes qui souffrent, et il y en aura toujours, le Christ est d’une certaine manière en agonie puisqu’il veut lui-même s’identifier à ceux qui souffrent : « j’avais faim, j’étais malade, j’étais prisonnier, j’étais nu, etc… ».

         Jésus ne nous demande pas de sauver le monde ; il s’est déjà chargé de cela ; au jardin des Oliviers, pendant son agonie, alors que les Apôtres s’endormaient et ne parvenaient même pas à veiller avec lui, il priait, il acceptait l’offrande de son corps et de son sang, l’offrande de sa vie, pour nous, pour tous, pour le Salut des hommes. C’est le Christ qui nous sauve ; mais nous ne pouvons pas être réduits à ‘spectateurs’ du salut ; il faut que nous donnions le verre d’eau à ces petits qui sont nos frères ; c’est le symbole de la goutte d’eau que le prêtre verse dans le vin au moment de la présentation des dons : cette goutte d’eau veut signifier notre humble participation, notre acquiescement actif à l’œuvre de salut accomplie par le Christ.

         Dieu, nous ne le voyons pas en tant que tel, mais c’est en nous exerçant à le discerner dans le visage de notre prochain en difficulté que nous pouvons le mieux nous préparer à bénéficier de son jugement miséricordieux et à le voir face à face. C’est pourquoi, St Augustin n’hésitait pas à dire : « L’amour de Dieu est premier dans l’ordre du précepte, mais l’amour du prochain est premier dans l’ordre de l’agir. Puisque tu ne vois pas encore Dieu, c’est en aimant le prochain que tu purifies ton œil pour voir Dieu ».

         Demandons la grâce d’être trouvés vigilants dans la foi et la charité qui sont la mesure du Royaume de Dieu. Amen.

        

         + Francis BESTION

Evêque de Tulle

        

        

 

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