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23 avril 2017 - 102ème anniversaire du Génocide Arménien

Cathédrale Notre-Dame - Paris

Excellences,

Messeigneurs,

Mes Révérends Pères,

Mesdames et Messieurs,

Chers frères et sœurs,

 

Comme chaque année, la commémoration du Génocide de 1915 réunit la communauté arménienne dans cette cathédrale et je suis très touché, Excellence, cher Monseigneur Teyrouzian, de l’honneur que vous me faites en m’invitant à présider cette cérémonie. En communion et en union de prière avec son Eminence le cardinal André Vingt-Trois, archevêque de Paris, je suis heureux de m’adresser à vous tous ici rassemblés.

Au cours de cette divine liturgie de l’Eglise, le Christ ressuscité se tient au milieu de nous et nous adresse la même salutation qu’aux Apôtres, le soir de sa Résurrection et huit jours plus tard : « la paix soit avec vous ! ». Cette salutation, nous l’accueillons personnellement et en Eglise, et comme nous voudrions qu’elle puisse trouver un écho favorable dans le cœur de tant d’hommes et de femmes de bonne volonté, dans notre société, mais aussi chez les peuples de la terre accablés par la violence, la haine meurtrière et la guerre.

Alors que nous commémorons le 102ème anniversaire du génocide qui frappa la nation arménienne et les enfants de son Eglise, les paroles du bienheureux Apôtre Pierre, dans sa première lettre, résonnent à nos oreilles comme une sorte de louange à la mémoire de vos glorieux martyrs. Comme les premiers chrétiens victimes de la persécution, auxquels s’adresse l’Apôtre, vos aînés furent éprouvés dans leur foi, mais cette épreuve vérifia, ô combien, la valeur inestimable de cette foi, « bien plus précieuse que l’or – cet or voué à disparaître et pourtant vérifié par le feu –, afin qu’elle reçoive louange, gloire et honneur quand se révèlera Jésus-Christ » (I P 1, 7). Par leur persévérance, ils ont obtenu le salut de leur âme et, unis à la foule innombrable des élus, ils se tiennent, aujourd’hui et éternellement, « debout devant le trône et devant l’Agneau, vêtus de robes blanches, les palmes à la main » (Ap 7, 9). La fidélité au Christ qui les conduisit jusqu’au témoignage du sang leur a donné part à « l’héritage qui ne connaît ni corruption, ni souillure, ni flétrissure » (I P 1,3). Qui pourra mesurer, frères et sœurs, la mystérieuse fécondité engendrée dans l’histoire de l’Eglise et de l’humanité par le sacrifice de leur vie que firent vos aînés dans la foi ? Seul Dieu connaît véritablement le prix de cette offrande et sa valeur rédemptrice comme communion au mystère de la croix du Sauveur ; cependant, nous serions bien aveugles et ingrats, si nous manquions de reconnaître les fruits que porte encore aujourd’hui le sacrifice de vos pères, non seulement sur la terre où coula leur sang, mais aussi dans la diaspora dont vous êtes la descendance. Avec Tertullien, vous pouvez dire, vous aussi : « sang des martyrs, semence de chrétiens ».

En ce dernier jour de l’octave pascale, 2ème dimanche de Pâques, la liturgie met en exergue la figure de l’Apôtre Thomas. Son incrédulité nous a valu d’entendre de la bouche du Ressuscité une béatitude qui s’adresse à toutes les générations de chrétiens jusqu’à la fin des temps : « heureux ceux qui croient sans avoir vu ». Toutefois, nous aurions tort de focaliser toute notre attention sur l’incrédulité de l’Apôtre. Il y a quelques chose de bien plus important dans le récit de l’évangéliste saint Jean, à savoir la personne même du Christ qui se présente aux siens, le soir de Pâques, dans sa nouvelle condition glorieuse, sans que soient effacées sur son corps de Ressuscité les marques de sa Passion. L’évangéliste souligne qu’ « il leur montra ses mains et son côté ». Et, huit jours plus tard, à l’adresse de Thomas, il réitère cette monstrance de ses plaies : « avance ton doigt ici, et vois mes mains ; avance ta main, et mets-la dans mon côté ». Il ne s’agit pas d’un détail anecdotique. D’abord, il donne à voir, à reconnaître que le Ressuscité du matin de Pâques est bien le même que le Crucifié du Vendredi saint. Mais de plus, Jésus ressuscité donne aux Apôtres et, à travers eux à tous ceux qui vont devenir ses témoins au long de l’histoire de l’Eglise, de faire l’expérience presque charnelle de la miséricorde divine, en contemplant et en touchant ses plaies. Non seulement la résurrection ne les a pas effacées, mais il faut que ceux qui sont envoyés pour le ministère de la miséricorde entrent en contact avec ses blessures causées par le péché des hommes, leurs péchés, à eux, notre péché à tous. C’est bien par ses blessures que nous sommes guéris. Elles sont le prix et à jamais le signe de l’Amour miséricordieux.

Ces plaies non refermées sur le corps du Ressuscité, nous les voyons encore aujourd’hui sur son Corps ecclésial, dans les membres de ce Corps qui souffrent la passion. Les clous et la lance d’une nouvelle barbarie ne cessent de meurtrir la chair de nos frères et sœurs chrétiens du Moyen-Orient, dans un vendredi saint dont on ne voit pas la fin. Face à ce mysterium iniquitatis, cette cruauté sans nom qui prolonge la Passion de Notre Seigneur, alors même que sa Résurrection proclame sa victoire, nous pouvons restés comme écrasés et nous demander « pourquoi ? ». Que pouvons-nous faire ? Nous sommes impuissants, comme l’étaient les disciples au moment de la crucifixion de leur Maître. Il ne nous reste que la voie ouverte par Jésus, crucifié et ressuscité, celle de ses plaies pleines de miséricorde. Que ce soit devant nos propres péchés ou que ce soit devant les grands drames de notre histoire, comme celui du génocide du peuple arménien et celui aujourd’hui des chrétiens du Moyen-Orient, notre conscience peut être troublée, mais elle ne doit pas être ébranlée, car ce serait comme si nous voulions rendre vaine la mort du Christ et, à sa suite, celle de tous nos saints martyrs, et rendre vaine la résurrection du Christ et celle, future, de tous ceux qui sont morts en Lui pour un jour ressusciter avec Lui.

Nos regards tournés vers les plaies de Jésus ressuscité, l’Esprit-Saint, le Paraclet, le consolateur, nous fait proclamer l’éternelle miséricorde divine. Plus encore, ce même Esprit nous pousse à en devenir les témoins et les acteurs, par la conversion de notre propre cœur qui, seule, peut désarmer la haine.

Reprenant les premiers mots de la lettre de saint Pierre, bénissons Dieu, « le Père de notre Seigneur Jésus-Christ ; lui qui, dans sa grande miséricorde, nous a fait renaître pour une vivante espérance grâce à la résurrection du Christ d’entre les morts ».

Que la Vierge Marie, la Toute Sainte, elle qui se tenait debout au pied de la croix, et qui soutenait la foi des Apôtres au Cénacle, soit toujours pour nous la mater misericordiae et la Reine de la Paix. Amen.

 

+ Francis BESTION

évêque de Tulle

 

 

 

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