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1er novembre 2017 - Solennité de Tous les Saints

Cathédrale de Tulle

         En cette année jubilaire des 700 ans, il nous est donné de mettre à l’honneur les figures de sainteté qui ont marqué  notre diocèse, dont beaucoup d’ailleurs remontent à une date antérieure à celle de la création du diocèse. Ces saints que l’Eglise a élevé sur les autels et qui figurent au calendrier liturgique du diocèse, ainsi que tous les saints et saintes du calendrier de l’Eglise de France et celui de l’Eglise universelle nous sont donnés en exemple et nous pouvons nous confier à leur intercession.

         Mais, il est bien évident que la sainteté ne se limite pas à ces grandes figures dont l’histoire locale, nationale ou internationale a retenu le nom et la biographie. La fête de Toussaint, comme son nom l’indique, veut tourner nos regards vers cette « foule immense » dont parle le livre de l’Apocalypse : « une foule de toutes nations, tribus, peuples et langues », qui constitue comme une longue chaîne de disciples-missionnaires à travers l’histoire de l’Eglise, une chaîne dont seul Dieu peut dénombrer les maillons. Ceux-là, celles-là n’ont pas laissé leur nom dans les livres d’histoire, dans le martyrologe de l’Eglise, mais il n’empêche qu’en vivant leur existence en conformité avec l’Evangile, en se laissant pleinement configurer au Christ, à l’amour du Christ, malgré leurs faiblesses et leurs péchés, en se laissant progressivement convertir, ils sont devenus, eux aussi, l’Eglise du Ciel. En les fêtant aujourd’hui, c’est la Cité du Ciel, la Jérusalem d’En Haut, l’Eglise du Ciel que nous fêtons.

         J’ai lu ces jours derniers une petite chronique d’un prêtre de Paris qui raconte cette histoire : il avait demandé à des élèves de 3ème « qu’est-ce qu’un saint ? », et ils lui avaient répondu : « c’est quelqu’un qui aime Dieu, qui prie, qui aime ses frères, qui sert les autres ». Et, ensuite, il leur avait demandé « qu’est-ce qu’un chrétien ? ». Et ils avaient répondu : « C’est quelqu’un qui aime Dieu, qui prie, qui aime ses frères et qui rend service ». Autrement dit, les réponses aux deux questions étaient identiques. Ces jeunes avaient compris qu’être chrétien et être saint, c’est tout bonnement la même chose ! Saint Paul, dans plusieurs de ces lettres, n’hésite pas à appeler les chrétiens « les saints ». Ce qui ne l’empêche pas de leur faire parfois des reproches sur leur conduite non conforme à l‘Evangile du Salut… C’est qu’en effet, comme baptisés, nous avons été plongés dans la sainteté, plongés dans la mort et la résurrection du Christ, dans le bain de la nouvelle naissance. La sainteté est donc déjà notre état et la vie chrétienne consiste à mener à son accomplissement, avec l’aide de la grâce, cet état premier que nous n’avons en rien mérité, mais que nous tenons gratuitement de Dieu, par son Fils Jésus-Christ, mort pour nos péchés sur la Croix.

         C’est dire que la sainteté et la vie chrétienne, c’est un chemin et un combat pour rester fidèle au don reçu au baptême, pour lui faire porter du fruit, pour permettre à la grâce divine de le porter à la perfection. La sainteté, frères et sœurs, est notre vocation fondamentale ; c’est l’appel premier et permanent qui exige une réponse de chaque jour, parce que c’est vraiment ce que Dieu a voulu pour nous et veut pour nous, aujourd’hui et demain, maintenant et toujours.

         Ce chemin de sainteté est un chemin de bonheur, comme l’indique l’Evangile des béatitudes. Les saints sont le peuple des béatitudes, parce qu’ils sont les hommes et les femmes de la joie de l’Evangile reçu, proclamé et vécu. Les béatitudes sont le signe d’un don, le don du Royaume, seul capable de procurer la vraie joie, le vrai bonheur. Ce Royaume, c’est le Règne de Dieu sur les personnes et les sociétés, fait de relations nouvelles avec Dieu et entre les hommes. Il est commencé dans la personne même du Christ. Il sera parfait dans le Ciel et à la fin des temps.

         Les béatitudes sont un don et elles sont un appel, comme la sainteté est un don et un appel. La joie de recevoir le Royaume est pour les pauvres de cœur, les doux, ceux qui pleurent, les affamés de justice, les cœurs purs, les miséricordieux, les artisans de paix, les persécutés pour la justice et pour le Christ. Ceux qui sont ainsi énumérés ont tout ce qu’il faut pour accueillir le Royaume qu’apporte le Christ. Ils sont sur la bonne voie. Ils sont en chemin, et sur un chemin qui conduit au Ciel. Plaise à Dieu, frères et sœurs, que nous soyons sur ce chemin, que nous soyons de ceux-là, que nous soyons parmi ceux dont parle le Christ dans les béatitudes !

         Le chemin de la sainteté est source de joie, non parce qu’il est un chemin facile, mais parce qu’il nous identifie à Jésus. Mettre les richesses et ce qu’elles procurent à leur vrai place, rejeter la violence, la dureté, la colère, la vengeance, être droit et sans duplicité avec Dieu et avec les autres, être disponible à la justice de Dieu qui implique la justice entre les hommes, servir la paix, pardonner et vivre la réconciliation, être prêt à affronter la persécution : voilà ce à quoi sont appelés ceux qui ressemblent à Jésus.

         Les béatitudes ne sont pas un rêve idéaliste, ni une utopie démobilisatrice. Elles sont bien plutôt le remède à tous les maux de l’humanité, aux malheurs de notre monde, aux dérives de toutes sortes qui font souffrir tant et tant de nos frères et sœurs de la terre. Voilà pourquoi les béatitudes sont l’âme et le contenu de la mission, comme l’illustrent les saints qui sont les meilleurs missionnaires dans l’Eglise, comme en témoigne l’influence missionnaire des personnes qui essaient de les vivre au quotidien. Demandons-nous comment nous pouvons nous aider les uns les autres à mieux en vivre dans notre vie ordinaire, dans nos familles, dans nos communautés paroissiales, dans notre vie sociale.

         Les Orientations pastorales diocésaines qui sont un guide pour les chrétiens du diocèse, qu’il faut relire encore, qu’il faut s’approprier dans la foi, proposent des chemins concrets pour vivre de l’esprit des béatitudes, notamment par la création des « fraternités locales missionnaires ». Ou en sommes-nous ?

         Frères et sœurs, soyons persuadés que le vrai chemin de la mission, de l’évangélisation est celui, avant tout autre chose, d’une recherche plus grande de la sainteté ; et que cette sainteté se vit toujours avec d’autres, qu’elle passe par la fraternité évangélique. Demandons la grâce, par l’intercession de la Vierge Marie et de tous les saints, de nous entraider à devenir des saints. Amen.

 

+ Francis Bestion

Evêque de Tulle

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