Aller au contenu. | Aller à la navigation

Outils personnels

1er dimanche de l’Avent - 3 décembre 2017

         Frères et sœurs, par cette célébration nous entrons dans le temps liturgique de l’Avent et aussi dans une nouvelle année liturgique. On a coutume de dire que le temps de l’Avent prépare à Noël, solennité de la nativité du Sauveur. Ce n’est pas faux. C’est une des dimensions du temps de l’Avent. Mais en écoutant les lectures de ce dimanche, vous vous êtes aperçus sûrement qu’elles ne parlent pas de Noël, mais plutôt de la seconde venue du Christ, à la fin des temps – venue qui peut survenir à tout moment, venue que nous attendons, comme cela est dit à chaque messe, lors de l’anamnèse : « nous attendons ton retour dans la gloire ». En plus de ces deux dimensions du temps de l’Avent, il y en a une troisième : celle de la venue du Seigneur, chaque jour, dans nos existences et qui nous prépare à sa rencontre quand viendra le jour de notre Pâques personnelle, de notre passage. On peut résumer tout cela dans une formule qu’utilisait les Pères de l’Eglise en parlant de ces trois venues du Christ : il est venu, il vient et il viendra.

         Ces trois venues du Christ sont indissociables. Dans la première, la naissance de Jésus, on ne peut pas dire tout simplement : c’est un événement du passé, c’est fini, il n’y a plus rien à voir… comme si la fête de Noël était une sorte de commémoration de cet événement du passé, certes émouvante à cause des lumières qui illuminent nos cités, à cause des crèches, des cadeaux, de la messe de la nuit de Noël empreinte d’une sorte de nostalgie pour les adultes et d’un émerveillement pour les enfants qui attendent de recevoir leurs cadeaux, etc.. Tout cela est peut-être touchant, mais ça ne suffit pas à expliquer le sens de la fête liturgique de la Nativité du Sauveur.

         La liturgie chrétienne n’est pas de l’ordre de ce que la société civile appelle « commémoration », qui consiste à se souvenir, à ne pas oublier. C’est bien plus que cela. La liturgie, parce qu’elle est d’abord et avant tout une œuvre de Dieu (elle ne repose pas principalement sur nos préparations liturgiques, sur nos chants, sur la mise en œuvre des rites), la liturgie, parce qu’elle est une œuvre de Dieu a le pouvoir de rendre actuel, d’actualiser pour nous le mystère qu’on célèbre. Voilà pourquoi, la nuit et le jour de Noël, la liturgie nous fera dire : « Aujourd’hui, un Sauveur nous est né ! ». Pas hier, mais aujourd’hui ! Bien sûr que l’événement historique de la naissance de Jésus s’est produit il y a deux mille ans, mais la liturgie rend actuel le mystère célébré, elle nous en fait vivre la profondeur, la réalité spirituelle, elle nous en fait recueillir les fruits pour notre vie, la vie de l’Eglise, la vie du monde. Dieu qui s’incarne, Dieu qui se fait chair, c’est un événement de l’histoire, mais aussi une réalité qui transcende l’histoire, le temps et l’espace. La naissance de Jésus, le Fils de Dieu, n’a pas touché que Marie et Joseph, les bergers et les Mages ou ceux qui l’ont côtoyé durant sa vie publique ; elle me touche aujourd’hui, elle change ma vie, elle change le monde. L’événement de l’Incarnation, de la Nativité du Sauveur fait en quelque sorte irruption dans ma propre vie et dans la vie de l’humanité parce que je peux dire : c’est pour moi, c’est pour nous que Jésus est né, que le Fils éternel du Père s’est incarné. Le Salut est pour moi, aujourd’hui.

         Il y a donc un sens profond à se préparer à la fête de Noël. Et cela, chaque année qu’il nous est donnée de vivre ici-bas. La liturgie de l’Avent crée l’atmosphère spirituelle adéquate à cette préparation ; elle est pédagogique ; il y a une progression de dimanche en dimanche, dans la Parole de Dieu écoutée, dans les prières de la messe, dans les chants, etc.

         En même temps, l’Avent nous tourne vers la fin de l’histoire, mais pas comme si nous devions redouter ce moment – que d’ailleurs peut-être aucun de nous ne connaîtra – mais pour nous inviter à désirer le retour du Christ dans la gloire. « Viens, Seigneur Jésus » : ce sont les derniers mots de la Bible, dans le livre de l’Apocalypse. La Bible se termine par un appel, par un désir : que le Seigneur revienne pour tout récapituler en lui, toute l’histoire, le Cosmos tout entier. C’est ce qui faisait dire au Père Teilhard de Chardin : « le Christ reviendra d’autant plus vite que nous désirerons vraiment son retour ». Je ne me prononcerai pas sur la justesse dogmatique de cette affirmation, mais elle a le mérite de nous faire réfléchir sur les paroles que nous prononçons dans le Credo : « il reviendra dans la gloire pour juger les vivants et les morts », et sur celles de l’Anamnèse : « nous attendons ton retour dans la gloire ». Croyons-nous vraiment à ce que nous répétons chaque dimanche ? Le temps de l’Avent est l’occasion d’aiguiser notre attente spirituelle du retour du Christ.

         Enfin, il y a, liée à ces deux venues du Christ (1ère venue et venue à la fin des temps), la venue intermédiaire, celle qui se produit chaque jour, dans le quotidien de nos existences, illustrée par les paroles du Livre de l’Apocalypse : « je me tiens à la porte et je frappe, si quelqu’un entend ma voix et qu’il ouvre, je viendrai chez lui et je prendrai mon repas avec lui », où encore cette autre parole qui clôt l’évangile selon saint Matthieu : « je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde ». Le Seigneur Jésus ne cesse pas de venir à notre rencontre, il ne cesse pas de frapper à la porte de notre cœur. Mais le risque c’est que les bruits du monde, le vacarme assourdissant des media, les soucis de notre existence, notre indifférence à sa Parole, nos occupations séculières viennent parasiter notre attention et faire de la venue du Christ un rendez-vous manqué. Il ne suffit pas qu’il frappe à la porte, qu’il appelle, il faut encore que nous entendions sa voix et que nous ouvrions la porte ! Comment pourrions-nous désirer le retour du Christ en gloire à la fin des temps si chaque jour, nous passions à côté des rendez-vous qu’il nous donne, dans sa Parole, dans son eucharistie, dans la prière, dans la rencontre avec ceux auxquels il s’identifie : les pauvres, les petits, les affamés, les malades, les prisonniers, etc.. ?

         Le temps de l’Avent invite les disciples que nous sommes à la vigilance : « Veillez et prier ». C’est une attitude de fond de l’existence du chrétien que le temps de l’Avent voudrait réveiller, réchauffer, ré-actualiser, re-dynamiser, un peu comme lorsqu’on souffle sur des braises pour ranimer la flamme. La braise est toujours là dans notre cœur, mais la cendre menace de la recouvrir…La grâce baptismale est toujours là, mais elle peut rester sans effet parce que nous dormons, parce que nous ne veillons pas dans la foi, l’espérance et la charité.

         Profitons donc de ces quelques semaines de l’Avent pour que la grâce s’enflamme en nos âmes comme la braise s’enflamme en y soufflant dessus. Que l’Esprit Saint vienne réveiller en nos cœurs le désir de la rencontre avec le Christ ! Amen.

 

+ Francis BESTION

Evêque de Tulle

Navigation