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18 juin 2017 - Solennité du Saint-Sacrement

Ordination sacerdotale de Bernard Zimmermann - Cathédrale de Tulle.

« Nous venons à la table d’un si grand mystère nous imprégner de ta grâce et connaître déjà la vie du Royaume ».

Frères et sœurs, c’est par ces mots que la Préface de la messe de cette solennité du Saint-Sacrement du Corps et du Sang du Christ décrit ce que nous sommes en train de célébrer.

« Nous venons à la table d’un si grand mystère ». Ce mystère c’est celui de la Pâque de Jésus-Christ ; mystère de sa mort et de sa résurrection qui sont actualisées à chaque eucharistie que nous célébrons. Nous sommes véritablement rendus contemporains du sacrifice du Christ sur la Croix et de sa Résurrection d’entre les morts ! Nous ne commémorons pas ces évènements comme on commémore, par exemple, l’armistice du 11 novembre 1918. En instituant le sacrement de l’Eucharistie la veille de sa Passion, le Seigneur a demandé aux Apôtres de faire cela en mémoire de Lui. Et depuis 2000 ans, chaque jour, chaque dimanche, partout dans le monde, les évêques et les prêtres, après avoir appelé l’Esprit-Saint sur le pain et le vin, prononcent les paroles du Seigneur : « Ceci est mon Corps, ceci est mon Sang ». Le Sacrifice de la Croix n’est pas renouvelé, car il est absolument unique, mais il est actualisé pour nous, aujourd’hui, et il est rendu efficace pour nous, aujourd’hui. Et c’est donc réellement, véritablement que nous communions au Corps et au Sang sacramentels du Christ.

Le Concile Vatican II nous a aussi enseigné que « c’est l’assemblée eucharistique qui est le centre de la Communauté des fidèles » (P.O . n° 5). C’est même ce que signifie le mot Eglise : l’Assemblée réunie pour l’eucharistie. Par l’Eucharistie, Jésus fait de ceux qui y participent son Eglise, qui est son Corps. C’est dans la célébration eucharistique que l’Eglise devient le plus elle-même, qu’elle prend le plus conscience de ce qu’elle est, qu’elle se manifeste le plus pour ce qu’elle est : le Corps du Christ, le Temple de l’Esprit, le Peuple de Dieu. C’est l’Eucharistie qui nous dit le mieux ce que sont, dans l’Eglise, les évêques, les prêtres, les diacres et chacun de nous. Elle est en quelque sorte le résumé de la foi de l’Eglise, la forme la plus haute de sa prière, la source et le but de l’activité missionnaire de l’Eglise. Elle nous révèle que la vraie liberté consiste à nous offrir pour Dieu et pour les autres.

« Nous venons à la table d’un si grand mystère nous imprégner de ta grâce et connaître déjà la vie du Royaume ». Oui, l’Eucharistie nous imprègne de la grâce du salut, parce que nos corps, nos esprits et nos âmes sont nourris de la vie éternelle : « Si quelqu’un mange de ce pain, dit Jésus, il vivra éternellement ». Autrement dit, par ce sacrement, nous goûtons déjà quelque chose de la réalité du Royaume à venir, c’est-à-dire de la vie éternelle. L’Eucharistie, c’est déjà le Ciel sur la terre ! « Celui qui mange ma chair et boit mon Sang a la vie éternelle ; et moi, je le ressusciterai au dernier jour ». D’une certaine manière, nous sommes déjà des ressuscités puisque le ferment de la vie éternelle est semé dans nos âmes et dans nos corps. L’Eucharistie reçue nous rappelle que nous ne vivons pas seulement pour une existence éphémère sur la terre, mais que nous vivons pour la Grande Espérance – celle d’une vie éternelle qui est le but ultime de notre existence. L’Eucharistie nous le rappelle, mais surtout elle en est le moyen ! C’est d’ailleurs pour cela que ce sacrement, lorsqu’il est donné aux mourants, est appelé « viatique », c’est-à-dire nourriture pour la route ultime, pour le grand passage, le grand voyage. L’Eucharistie est l’aliment pour les pèlerins que nous sommes ici-bas, en marche vers la patrie céleste. Nous sommes des voyageurs ; notre demeure définitive n’est pas notre maison de la terre et après le cimetière ; notre demeure définitive est dans le Royaume éternel de Dieu ; notre demeure ultime, c’est le Ciel !

La séquence de la fête de ce jour – l’hymne du Lauda Sion – dit bien cela : « Le voici le pain des anges, il est le pain de l’homme en route, le vrai pain des enfants de Dieu ».

Cher Bernard, avec le sacrement de l’Ordre que vous recevez aujourd’hui, il vous est donné le pouvoir et la grâce de présider l’eucharistie. C’est à vous qu’est confié le sacrifice rédempteur du Christ, c’est à vous qu’est confié son corps donné et son sang versé. « Lorsque nous célébrons la messe, nous tenons dans nos mains le Pain du ciel, le Pain de Dieu, qui est le Christ, véritable nourriture de vie pour le monde. Il s’agit de quelque chose qui ne peut que nous remplir d’un profond émerveillement, d’une joie sainte et d’une immense gratitude. A travers nos voix et nos mains de prêtres, le Seigneur accomplit le mystère de sa Présence ! » (Benoît XVI) Vous qui allez recevoir la grâce du sacerdoce ministériel, puisse le Seigneur vous donner, ainsi qu’à nous évêques et prêtres qui vous entourons, une conscience toujours attentive et enthousiaste de ce don qui est placé au centre de votre être de prêtre. Que le Seigneur vous donne la grâce de pouvoir faire l’expérience de toute la beauté et la force du service sacerdotal que vous accomplirez et, en même temps, la grâce de vivre chaque jour ce ministère avec cohérence. C’est toute votre vie d’homme, de baptisé et de pasteur qui est appelée à devenir eucharistique, c’est-à-dire vécue dans l’obéissance à l’unique grande loi de l’amour : l’amour qui se donne entièrement, l’amour qui sert avec humilité et désintéressement, en cherchant à ressembler à Jésus-Christ, prêtre suprême et éternel, bon pasteur, serviteur de Dieu et des hommes.

Fuyez comme la peste tout esprit mondain, en vivant toujours de l’Esprit de votre ordination, Esprit de vérité, d’humilité, de service et de liberté. Votre formation et votre expérience professionnelles vous ont appris à être un bon gestionnaire. Aujourd’hui, en entrant dans l’Ordre des prêtres, vous êtes appelé à devenir « un intendant des mystères du Christ », en recevant les charges sacrées d’enseigner, de sanctifier et de conduire le peuple de Dieu, en cultivant l’esprit, le zèle et l’ardeur missionnaires qui doivent caractériser ceux qui participent au ministère apostolique. Dans une Eglise dont la nature est d’être missionnaire, « en sortie » comme dit le pape François, soyez un prêtre missionnaire, c’est-à-dire qui ne se contente pas de « faire marcher » ce qui existe, mais qui est capable d’audace missionnaire. Comme Jésus et ses Apôtres qui allaient de village en village pour prêcher la Bonne Nouvelle et guérir les malades, allez vous aussi vers ceux qui ne connaissent pas encore Jésus pour leur annoncer l’Evangile de la joie et du salut ! Avec beaucoup de soin et de patience, accueillez et accompagnez ceux qui demandent quelque chose à l’Eglise, non pas pour qu’ils aient une bonne opinion de vous, mais pour que par votre ministère ils puissent rencontrer, connaître et aimer Celui qui est « le Chemin, la Vérité et la Vie » !

Frères et sœurs, par l’intercession de Marie, Mère de l’Eglise, et celle des saints de notre diocèse, prions sans relâche le Maître de la Moisson pour qu’il envoie à notre Eglise diocésaine des ouvriers pour sa moisson. Prions pour que nos communautés deviennent toujours davantage fraternelles, missionnaires et appelantes, de telle sorte que des jeunes puissent répondre généreusement à l’appel du Seigneur. Amen.

 

+ Francis Bestion

Evêque de Tulle

 

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