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15 octobre 2017 - Accueil des prêtres de la Communauté Saint-Martin

Installation du curé, Don Régis Sellier - Collégiale Saint-Martin de Brive

« Beaucoup sont appelés, mais peu son élus ». Frères et sœurs, cette parole de Jésus qui conclut la parabole des invités de la Noce, est pleine de promesses et d’espérance et, en même temps, évoque un grand drame, celui du refus du salut par les hommes.

La parabole nous révèle d’abord la mesure sans mesure du cœur de Dieu, de sa bonté, de sa miséricorde infinie. Ceci est manifesté par l’emploi d’un verbe répété 5 fois : le verbe « appeler », traduit aussi par « inviter ». Il y a vraiment une insistance sur l’appel de Dieu, appel inlassable pour remplir la salle du festin des noces, c’est-à-dire pour ouvrir les portes du Royaume des cieux au plus grand nombre. Le Concile Vatican II a parlé à ce propos d’un « appel universel au salut » et d’un « appel universel à la sainteté ». « Dieu veut que tous les hommes soient sauvés », dit l’Apôtre des Nations dans sa première lettre à Timothée. Jésus, dans la parabole, précise que les serviteurs du roi rassemblent tous ceux qu’ils trouvent, « les mauvais comme les bons ».

Frères et sœurs, vous pouvez être sûrs d’une chose : Dieu veut votre salut, celui de vos parents, de vos enfants, de vos voisins, de vos amis et aussi de vos ennemis ! Il veut le salut de tous les hommes ! Il y a de la place pour tous dans le cœur de Dieu. Voilà ce que signifie la première partie de la phrase conclusive de la parabole : « beaucoup sont appelés ». Qu’en est-il de la deuxième partie de la phrase : « peu sont élus » ?

On pourrait formuler les choses de la manière suivante : il y a de la place pour chacun dans le cœur de Dieu, mais y a-t-il de la place pour Dieu dans le cœur de chacun ? C’est l’autre volet de la parabole. Ce qui est problématique, c’est la réponse des hommes à l’appel de Dieu. La parabole indique que les premiers invités n’ont pas répondu et se sont donc exclus d’eux-mêmes de la Noce. Ils ont préféré les occupations routinières ou ordinaires de leur existence quotidienne. Toutes les paraboles de Jésus, dans les évangiles, sur les banquets, nous montre qu’il connaît bien la réalité des places restées vides et donc la réponse négative, le désintérêt pour lui et sa proximité. Le pape Benoît XVI commentant cette parabole disait que « les places vides du banquet nuptial du Seigneur, avec ou sans excuses, sont pour nous, depuis longtemps désormais, non pas une parabole, mais une réalité présente », dans les pays qui ont pourtant reçu en premier l’annonce de l’Evangile.

A côté de cette réalité de ces premiers invités qui ne répondent pas à l’appel, par négligence, indifférence, ignorance ou refus, la parabole évoque le cas particulier d’un invité qui a répondu à l’appel mais qui se voit écarté du banquet parce qu’il n’a pas revêtu le vêtement de noce. On l’invite à des noces princières, et il est arrivé ‘en péquin’ ! Cela pourrait être, assurément, réparé car le Fils du Roi possède quelques tenues de rechange dans son palais… Mais lorsqu’on interroge cet invité sur l’absence de vêtement de noce, au lieu de reconnaître humblement l’incongruité de sa tenue et d’en demander pardon, il s’enferme dans le mutisme. Autrement dit, les murs qui le séparent du Roi et de son Fils ne sont plus ceux du palais où se tient le banquet, mais ceux qu’il érige lui-même en refusant la relation. Poursuivant le commentaire de cette parabole, le même pape Benoît s’interroge : « quel genre de personnes sont celles qui viennent sans habit nuptial ? » Et il laisse la réponse à l’un de ses lointains prédécesseurs, Saint Grégoire le Grand : « ce sont des personnes qui ont la foi et c’est la foi qui leur ouvre la porte du banquet. Mais il leur manque l’habit nuptial de l’amour. Celui qui ne vit pas la foi avec amour n’est pas préparé pour les noces ». Appliquant cela à l’Eucharistie qui est l’avant-goût du festin des Noces éternelles, il dit que l’eucharistie requiert la foi, mais que la foi requiert aussi l’amour, autrement elle est morte aussi comme foi.

Frères et sœurs, moralité de la parabole : je l’emprunte à un prédicateur dominicain : « la réponse qui ouvre les portes du Ciel, le oui amoureux à la vie nuptiale avec Dieu, c’est maintenant que nous le formons en nous ; la robe nuptiale, c’est maintenant que nous l’ajustons ou que nous la déboutonnons. La participation au festin des Noces éternelles, c’est maintenant déjà que nous l’anticipons ».

Frères et sœurs, aujourd’hui, l’évêque est venu chez vous pour signifier publiquement l’accueil des prêtres – don Régis, don Matthieu, don Nicolas – et celle du séminariste Théophile, de la Communauté Saint-Martin, dans les diverses communautés locales de Brive et de ses alentours. Et, avec cet accueil, l’installation liturgique de l’un d’entre eux, don Régis, comme curé de cet Ensemble paroissial, appelé d’ailleurs à s’élargir encore, comme cela est prévu dans les Orientations pastorales diocésaines, pour constituer l’un des quatre Espaces missionnaires du diocèse. Vous comprenez aisément qu’il ne m’est pas possible de faire cette installation dans chacune des églises paroissiales et que, de ce fait, la célébration de ce jour à une portée générale et une dimension symbolique, ici, dans cette Collégiale au cœur de la Cité – église vénérable par son histoire et surtout par son saint patron, un « Martin », qui n’est pas celui de Tours, patron de la Communauté des prêtres et patron de notre diocèse, mais qui est « Martin de Brive », martyrisé en 407, selon le martyrologe hiéronymien. La Communauté des prêtres de St Martin reçoit donc ici en quelque sorte un nouveau patronage, comme si le sien (qui est aussi celui du diocèse) ne lui suffisait pas et que les communautés de Brive veuillent lui en offrir un supplémentaire, auréolé celui-là de la gloire du martyre, la plus vénérable, après celle des Apôtres, eux-mêmes d’ailleurs portant presque tous la couronne des martyrs !.. La communauté Saint-Martin vous fait le don de trois de ses « dons » (c’est ainsi qu’on appelle chez elle les prêtres, en souvenir du passage en Italie de la Communauté), et vous, vous leur faites le don d’un patronage illustre – celui d’un Martin local !

Je remercie de sa présence, Don Paul Préaux, Modérateur général de la Communauté – présence qui manifeste que les trois prêtres et le séminariste que vous recevez sont envoyés, sont donnés à notre Eglise diocésaine, et qu’à travers vous, cher Don Paul, ils sont des envoyés de Dieu et que nous les recevons comme tels, dans l’action de grâces, pour qu’ils servent ici à la mission universelle de l’Eglise.

Comme évêque de Tulle, je les accueille avec reconnaissance et les envoie dans cet Espace missionnaire de Brive pour qu’ils soient, frères et sœurs, vos pasteurs, exerçant parmi vous et pour vous la triple charge du ministère sacerdotal : enseigner, sanctifier et gouverner le peuple de Dieu, sous l’autorité de l’évêque diocésain. A Don Régis est confiée la charge curiale, à Don Matthieu et Don Nicolas, celle de vicaires paroissiaux, sous l’autorité du curé. Les rites de l’installation d’un curé manifestent la triple charge que je viens d’évoquer. En faisant lire au nouveau curé l’Evangile, après qu’il ait reçu des mains de l’évêque l’évangéliaire et la bénédiction, la liturgie signifie que la première mission reçue est celle d’annoncer l’Evangile, d’enseigner la foi aux fidèles du Christ. Dans quelques instants, en processionnant avec Don Régis dans l’église, je lui remettrai symboliquement les divers lieux consacrés à son ministère de sanctification : le Siège de la présidence, la chapelle du Saint-Sacrement, le baptistère et le confessionnal. Enfin, je l’inviterai à faire sonner les cloches, signe que son ministère, comme pasteur, est celui de rassembler les fidèles pour la prière, pour l’eucharistie et les autres sacrements, mais aussi d’avoir le souci de faire connaître le Christ à ceux qui l’ignorent ou qui, le connaissant déjà, se tiennent pourtant loin de l’Assemblée dominicale.

Les communautés paroissiales, comme les diocèses, ne se donnent pas à elles-mêmes leurs pasteurs, elles le reçoivent d’un autre. L’Eglise particulière, qu’on appelle diocèse, ne se donne pas son évêque, elle le reçoit de Dieu par l’intermédiaire de celui que le Christ a établi comme chef de son Eglise, le pape, successeur de Pierre, chef des Apôtres. La communauté paroissiale ne se donne pas son pasteur, elle le reçoit de Dieu, par l’intermédiaire de celui que le pape a élu et nommé comme évêque diocésain, successeur des Apôtres pour conduire l’Eglise en ce lieu. Etre envoyé par un autre signifie le Mystère même de l’Eglise qui n’est pas une association ni un club d’amis, mais l’Epouse du Christ, certes peuplée d’hommes et de femmes pécheurs, mais divine dans sa nature, qui se reçoit elle-même de Dieu.

Le fait que, dans l’Eglise, un baptisé ne se donne pas à lui-même sa mission (quelle qu’elle soit), qu’une communauté ne se donne pas elle-même ses pasteurs : voilà ultimement le signe et la garantie que nous ne cherchons pas à faire notre salut par nous-mêmes, mais que c’est Dieu qui nous sauve. Nous sommes toujours des appelés et des invités au festin des Noces de l’Agneau. Ceci est particulièrement significatif, parlant, dans une société où l’individu s’est érigé en maître absolu de ses propres désirs, de sa propre volonté, de sa propre liberté de faire ou ne pas faire ce que bon lui semble. En revanche, l’Eglise comme Peuple de Dieu et ses membres comme fidèles du Christ, ne se modèlent pas sur la figure de ce monde qui passe, sur ses coutumes ou ses modes, sur ses dérives ou ses fantasmes de puissance, mais elle se modèle sur la figure du Christ, Bon Pasteur et modèle des pasteurs, Grand Prêtre de la Nouvelle Alliance et modèle des prêtres. Dans leurs prêtres qu’elles n’ont pas choisis, les communautés chrétiennes sont appelées à discerner le Christ pasteur, le Christ prêtre, le Christ serviteur, quels que soient l’origine de ces prêtres, leur tempérament, leurs qualités et leurs défauts, leurs talents et leurs insuffisances. Dans leurs paroissiens qu’ils n’ont pas choisis, les prêtres sont appelés à reconnaître les brebis de l’unique Pasteur, le Christ, à veiller sur elles, à les nourrir à la double table de la Parole et de l’Eucharistie, à les réconcilier avec Dieu et avec l’Eglise, à soigner avec délicatesse et patience celles qui sont malades ou affaiblies, à partir à la recherche sans se lasser de celles qui se sont égarées. Tout cela en demeurant assidus à la charge de la prière pour chacun et pour tous.

Merci chers frères prêtres d’avoir répondu à l’appel de venir servir chez nous, ici dans cet Espace missionnaire de Brive ; merci chers paroissiens de ces communautés de les accueillir et d’apprendre à les aimer. Quand j’étais séminariste, au Séminaire régional d’Avignon, l’évêque du lieu, Mgr Bouchex, nous répétait souvent « aimez votre évêque ». Aujourd’hui, je ne vous demande pas cela, mais je vous demande d’aimer vos prêtres. Les membres d’une communauté qui n’aiment pas leurs prêtres, qui ne sont pas bienveillants envers eux, malgré leurs limites, créent la division au sein de la communauté et sèment le doute dans le cœur des plus petits. Dans cette communauté, il ne pourra pas y avoir de vocations qui naissent, à moins d’un miracle du Seigneur, et il ne pourra pas exister une vraie vie de famille. Dans les familles où l’on parle bien du prêtre, où l’on aime le prêtre, les enfants apprennent à aimer la vocation de prêtre et à vouloir peut-être embrasser eux-mêmes cette vocation.

Frères et sœurs, prêtres, laïcs et consacrés, en formant un seul Corps dans le Christ, chacun à sa place, chacun selon les charismes reçus du Seigneur, travaillons dans l’unité, la paix et la joie à répandre l’Evangile, à nous faire proches de ceux qui sont loin, à prendre soin des petits et des pauvres, des malades et de tous ceux qui souffrent, pour la gloire de Dieu et le salut du monde. Amen.

 

+ Francis BESTION

Evêque de Tulle

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