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12 novembre 2017 - 32ème dimanche du Temps ordinaire – A

Institution au Lectorat et à l’Acolytat du séminariste David Wosynski - Cathédrale de Tulle

Frères et sœurs, les derniers dimanches de l’année liturgique nous tournent vers la Réalité sur-naturelle du Royaume des cieux. L’enjeu en est la « rencontre de l’Epoux », c’est-à-dire du Christ. Les évangiles en parlent en paraboles. Nous venons d’écouter celle des jeunes filles invitées à des Noces. Elles partent dans la nuit à la rencontre de l’Epoux. Ces dix jeunes filles se distinguent entre elles par le fait que cinq d’entre elles sont qualifiés de « prévoyantes », de « sages » – elles ont emporté, en plus de leur lampe, une provision d’huile – et cinq autres sont qualifiées d’ « insouciantes » ou de « folles » – elles n’ont pris que leur lampe sans penser à prendre un flacon d’huile supplémentaire.

La conclusion de la parabole, sous forme d’exhortation très brève, est la suivante : « Veillez, car vous ne savez ni le jour ni l’heure ». C’est donc la vigilance qui est mise en exergue comme attitude fondamentale du croyant, du chrétien qui attend le retour du Christ, de l’Eglise tout entière, l’Epouse, qui tient sa lampe allumée en attendant le retour de l’Epoux. Celui ou celle qui n’est pas vigilant risque fort de manquer le rendez-vous, et personne ne peut être vigilant à sa place. Ce retour du Christ, c’est bien sûr celui qui arrivera à la fin des temps, dont personne ne connaît ni le jour ni l’heure. Mais, c’est aussi, d’une certaine manière, la venue incessante du Christ dans nos existences quotidiennes ; et nous savons bien que dans la vie spirituelle le Christ se fait attendre… Le livre de l’Apocalypse exprime cette attente et cette vigilance par une belle image : « Voici, je me tiens à la porte, et je frappe. Si quelqu'un entend ma voix et ouvre la porte, j'entrerai chez lui, je souperai avec lui, et lui avec moi » (Ap 3, 20). Le retour du Christ, c’est encore quand viendra pour chacun de nous l’heure de quitter ce monde et d’aller à la rencontre du Christ.

Il ne vous a pas échappé que, dans la parabole, cette attente de l’Epoux pour entrer avec lui dans la salle des Noces, se passe durant la nuit. Pourquoi ? Parce que c’est toujours la nuit tant que ne survient pas le Christ – le Christ, Lumière du monde, lumière de chacune de nos âmes. Le monde est dans la nuit lorsqu’il vit sans Dieu, c’est-à-dire lorsqu’il vit comme si Dieu n’existait pas ; et c’est là, comme le disait le pape Benoît et comme le reprend le pape François, c’est là le grand drame de notre siècle. Le monde est dans la nuit, mais nos cœurs aussi sont dans la nuit, lorsque nous nous tenons éloignés de la lumière divine, c’est-à-dire de la présence de Jésus, « lumière né de la lumière, vrai Dieu né du vrai Dieu », comme nous le disons dans le Credo. Il n’y a pas de vie spirituelle véritable en dehors du couple « chercher/trouver ». Comment trouver l’Epoux si nous ne sommes pas en route pour le chercher, pour aller à sa rencontre ? Comment nous laisser chercher et trouver par lui, si nous ne l’attendons pas ?

En quoi consiste donc cette attente et cette vigilance qui doivent caractériser les disciples du Christ ? Dans l’Antiquité chrétienne, jusqu’au Haut Moyen Age, il y avait dans la célébration de la messe, un moment très fort où était évoqué l’attente du retour du Christ. Ce moment existe toujours aujourd’hui dans la liturgie, mais nous avons perdu son symbolisme. Il s’agit de la lecture du Saint Evangile. D’ailleurs, on le chantait toujours pour signifier la joie de la présence attendue du Seigneur. Le prêtre et le peuple tout entier se tournaient vers l’Orient, jusqu’à ce que le diacre commence à « faire parler le Seigneur » en chantant l’évangile. On a gardé quelque chose de cela encore aujourd’hui, lorsque des acolytes se tiennent de part et d’autre de l’ambon avec des cierges allumés tandis qu’on lit le saint Evangile. Ces cierges sont comme les lampes de la parabole qui doivent rester allumées en attendant le retour de l’Epoux. La liturgie catholique – et plus encore la divine liturgie orientale – est ainsi peuplée d’une multitude de signes et de symboles, que, malheureusement, par faute d’en avoir conservé le sens ou par ignorance, on a parfois laissés tomber ou même volontairement supprimés, réduisant ainsi le culte divin à une suite ininterrompue de paroles, comme si l’homme ne devait accéder au mystère que par sa seule intelligence rationnelle.

Je reviens au sens de la vigilance. Elle consiste avant tout à se mettre à l’écoute de la Parole, car lorsqu’on lit dans l’Eglise les saintes Ecritures, c’est vraiment Dieu qui nous parle. La Parole de Dieu est la lampe de nos pas, la lumière sur notre route quotidienne. C’est elle qui doit nous tenir éveillés pour ne pas sombrer dans la torpeur, dans les ténèbres du sommeil, qui nous empêcheraient de rencontrer l’Epoux lorsqu’il se présente, lorsqu’il vient à notre rencontre, lorsqu’il frappe à notre porte.

Aujourd’hui, l’institution au Lectorat, c’est-à-dire au ministère de la Parole de Dieu, de l’un d’entre nous, vient nous rappeler cette importance de nous tenir à l’écoute du Christ qui nous parle dans les Saintes Ecritures. Si l’Eglise a voulu qu’existe un tel ministère, un tel service de la Parole, c’est pour rappeler l’importance de la place qu’elle doit tenir dans nos vies de baptisés. Comme le disait saint Jérôme, « celui qui ignore les Ecritures, celui-là ignore le Christ ». Cher David, en transmettant à vos frères la Parole de Dieu, accueillez-la vous-même et laissez-vous instruire par l’Esprit-Saint ; méditez-la avec soin pour y trouver de jour en jour plus de joie et de force : toute votre vie manifestera ainsi que Jésus-Christ est notre Sauveur, qu’il vient sans cesse à notre rencontre, qu’il est notre véritable lumière.

Une autre manière d’exercer la vigilance, c’est de prier sans cesse. Jésus le dit à ses disciples dans un autre passage des évangiles : « Veillez et prier ». La prière est un moyen de veiller, de ne pas dormir en attendant le retour du Christ, sa venue dans nos vies, sa rencontre au moment de notre mort. Dans les évangiles, c’est souvent qu’il est dit que Jésus se retirait à l’écart pour prier son Père, particulièrement la nuit. On se souvient de la prière nocturne de Jésus, au jardin de Gethsémani, avant d’entrer dans sa passion, alors même que ses disciples ne sont pas capables de rester quelques instants en prière avec lui et qu’ils sombrent dans le sommeil. La prière personnelle le matin, au long du jour, le soir, et même pendant la nuit, est une huile de lampe précieuse pour la vie spirituelle du chrétien. Il s’agit du cœur à cœur avec Dieu, de l’intimité de la rencontre avec Celui qui est le tout de nos vies. Il y a aussi la prière communautaire, sous diverses formes, la plus importante étant celle de l’Office divin, de la liturgie des heures, qui est la prière des religieux, des moines et moniales, des prêtres et des diacres, mais qui ne leur ait pas réservée, car elle est la prière de toute l’Eglise et donc aussi de tous les baptisés, quel que soit leur état de vie. Le sommet de cette prière communautaire est bien sûr l’Eucharistie. Elle nous fait entrer dans la prière du Christ et surtout dans son offrande au Père. C’est lui qui nous prend avec lui, en actualisant son sacrifice, pour que nous nous offrions nous-même au Père en sacrifice spirituel.

Aujourd’hui, l’institution à l’Acolytat de David, c’est-à-dire l’institution pour le service de la prière communautaire et de l’Eucharistie vient nous rappeler l’importance de la prière en communauté et l’importance de l’Eucharistie pour la vie des baptisés, la vie de l’Eglise, épouse du Christ. Ce service que l’Eglise, par mes mains, vous confie, David, dans votre marche vers le sacerdoce, signifie que vous devrez vous attacher à ce que les fidèles du Christ soient formés à la prière et participent, de façon active, à la célébration commune du Dieu vivant. C’est aussi le corps du Christ que vous servirez, lorsque vous aiderez les prêtres à donner la sainte communion aux fidèles, y compris aux malades. Pour vous conformer au sens profond de ce ministère, vous aurez à cœur de vous unir de façon encore plus intime au sacrifice du Christ, faisant ainsi de votre vie une offrande spirituelle agréable à Dieu. Souvenez-vous aussi que vos frères sont le Corps du Christ et que vous êtes appelés à leur témoigner un amour vrai, surtout pour les pauvres et les malades. Ainsi vous accomplirez le commandement que le Seigneur a laissé à ses Apôtres, lorsqu’il leur donna son corps et son sang : « Aimez-vous les uns les autres, comme je vous ai aimés ».

Ce dernier aspect du service, celui de la charité, est le troisième moyen de la vigilance, après celui de l’écoute de la Parole et celui de la prière. C’est sans doute le plus exigeant, mais, pour le disciple du Christ, il est inséparable des deux autres. La charité, sans la Parole de Dieu et la prière, risque inévitablement de s’étioler et de se réduire à un humanisme de la solidarité, même si ce dernier est loin d’être sans valeur aux yeux de Dieu. C’est en ce sens que le pape François a rappelé dès le début de son pontificat que l’Eglise n’est pas une O.N.G., mais qu’elle est la communauté des disciples au pied de la Croix du Seigneur Jésus. La Croix du Christ est la source de toute charité, parce qu’elle est l’amour porté à son incandescence. A l’inverse, l’absence de la charité fraternelle rend vaine et illusoire l’écoute de la Parole de Dieu et la prière. C’est, comme le dit la parabole, la semence qui tombe au bord du chemin ou dans les épines et qui ne produit pas de fruit.

Frères et sœurs, en faisant nôtre la parole du psalmiste – « Dieu, tu es mon Dieu, je te cherche dès l’aube, mon âme a soif de toi » – gardons nos lampes allumées, veillons, pour aller à la rencontre du Seigneur. Amen.

+ Francis BESTION

Evêque de Tulle

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