Aller au contenu. | Aller à la navigation

Outils personnels

13 novembre 2016 - 33ème dimanche du temps ordinaire

Clôture de l'Année Sainte - Cathédrale de Tulle

Frères et sœurs, la clôture de l'Année Sainte de la miséricorde coïncide avec la fin de l'année liturgique qui culminera, dimanche prochain, par la solennité du Christ, Roi de l'Univers. Et, en cette fin de l'année liturgique, la Parole de Dieu qui nous est donnée comme nourriture spirituelle pour notre chemin de foi en ce monde, tourne nos regards vers une réalité bien mystérieuse, à laquelle nous ne pensons pas nécessairement chaque jour, qui est celle de la fin des temps, de la fin du monde, de la fin de l'Histoire.

Ainsi, en ce dimanche, trois réalités évoquent une fin : fin de l'année liturgique, fin de l'année sainte, fin des temps. Mais, ces fins ne sont pas du même ordre ! Les deux premières n'arrêtent pas le temps, alors que la troisième indique la fin du temps, la fin des temps, une sorte de clôture définitive de l'Histoire. Cependant, ces trois réalités ont quelque chose en commun ; je veux dire que leur coïncidence n'est pas absolument fortuite. Ce n'est pas un hasard si le lectionnaire des dimanches a placé à la fin de l'année liturgique les paroles de Jésus évoquant la fin des temps. Et ce n'est pas non plus un hasard si le Saint-Père François a choisi la fin de l'année liturgique comme date de clôture de l'année sainte de la miséricorde. Cette coïncidence des trois réalités nous amène à penser qu'elles s'éclairent mutuellement et qu'elles nous ouvrent ainsi un horizon de révélation sur le mystère du Salut en Jésus-Christ. La fin de l'année sainte, comme la fin de l'année liturgique, comme la fin des temps ont en commun la même perspective de foi et d'espérance qui est celle de notre salut.

L'année liturgique chrétienne s'ouvre par le temps de l'Avent, c'est-à-dire un temps de joyeuse espérance qui est une préparation directe à la fête de la venue du Sauveur dans le monde et elle se termine par une série de dimanches où les lectures de la Ste Ecriture évoquent – en vue de la même joyeuse espérance – la fin de l'histoire ; le dernier de ces dimanches, celui de la fête du Christ Roi de l'Univers, manifestant que cette royauté du Christ sera totale lorsqu'il récapitulera en lui, dans une plénitude parfaite, toute l'histoire de l'humanité et le cosmos lui-même. Entre le début et la fin de l'année liturgique, on célèbre les évènements de la vie du Christ, en particulier son incarnation, sa Nativité et le mystère pascal de sa mort et de sa résurrection.

C'est dire que l'année liturgique est elle-même comme une sorte de raccourci ou de condensé de l'histoire du salut. Et de même que la célébration de la mort et de la résurrection du Christ constitue le cœur et le sommet de l'année liturgique, on peut dire aussi que le cœur et le sommet de l'histoire du monde, depuis sa création jusqu'à sa récapitulation à la fin des temps, c'est le Christ lui-même, venu dans le monde, Verbe fait chair, qui est mort sur la croix et qui est ressuscité pour le salut du monde. Il est l'alpha et l'omega, le principe et la fin de toutes choses, tout en étant le cœur, le centre et le sommet de l'Histoire. C'est par Lui que tout a été fait et c'est par Lui que tout s'accomplit jusqu'à son retour glorieux.

Si l'année liturgique est un condensé de l'histoire du salut, on peut dire que l'année sainte que nous venons de vivre a été le cadeau concentré d'une réalité divine qui se déploie dans toute l'histoire du salut depuis la création jusqu'à la fin du monde, laquelle réalité n'est rien d'autre que le nom même de Dieu, le cœur de Dieu, à savoir la miséricorde.

Qu'est-ce qui fait tenir ensemble le commencement et le la fin, qu'est-ce qui relie le début et la fin de l'histoire, si ce n'est un unique dessein divin qui est comme la substance même de Dieu, à savoir sa miséricorde, laquelle se manifeste pour nous en son Fils, Verbe fait chair, donnant sa vie par pur amour, visage parfait de la miséricorde du Père ? La création du monde n'est pas l'œuvre d'un grand architecte, elle n'est pas non plus le produit d'une sorte de hasard cosmique qui aurait mis en relation les éléments chimiques d'une soupe primordiale indéterminée ; la création du monde est comme le trop plein débordant de ce qui constitue l'être même de Dieu : l'amour absolu, la miséricorde inépuisable au cœur de la Sainte Trinité. Et c'est ce même mouvement d'Amour miséricordieux de l'acte créateur du Père qui, en son Fils, dans la puissance d'énergie de l'Esprit, récapitulera tout à la fin des temps, pour que tous les êtres et l'univers entier rayonnent de la gloire éternelle de l'indivisible et adorable Trinité.

Dans l'entre deux de ce commencement et de cette fin, placés sous le signe de l'Amour miséricordieux, il y a le temps de l'histoire dans lequel nous sommes plongés, comme des sortes de maillons d'une longue chaîne. Et là, dans cette longue histoire, c'est la Présence invisible mais bien réelle du Christ Sauveur, visage de l'Amour miséricordieux du Père, qui anime et soutient, par la force de l'Esprit, la foi de ceux qui ont été sauvés en espérance par son Sang rédempteur.

Les évènements qu'évoque Jésus dans l'Evangile de ce jour constituent la trame dramatique de l'histoire du monde, au long des siècles :

- "On se dressera nation contre nation, royaume contre royaume" : à travers les siècles passés et aujourd'hui encore, nous voyons bien des nations se dresser les unes contre les autres, et cette hostilité, cette violence entre les peuples se traduisent par la cruauté de la guerre.

- "Il y aura de grands tremblements de terre" : régulièrement, non seulement des tremblements de terre, mais bien d'autres phénomènes naturels comme les cyclones et les typhons, les éruptions volcaniques ravagent des régions, comme récemment en Italie ou à Haïti.

- "Des épidémies de pestes et de famines" : là encore, nous constatons qu'il y a une partie de la population mondiale qui souffre aujourd'hui de la famine ou de la malnutrition ; et combien d'espèces nouvelles de "pestes" dévastent notre monde ou menacent de le faire.

Tous ces évènements, tous ces phénomènes, soit naturels, soit provoqués par le péché ou l'incurie des hommes, ne sont pas seulement des évènements de la fin des temps. Ne faut-il pas reconnaître, en reprenant l'image de saint Paul, que le monde gémit encore dans les douleurs d'un enfantement avant que n'arrive la délivrance finale ? Face à ces évènements bouleversant sans cesse la vie des hommes, on peut réagir de bien des façons. On peut les interpréter comme des sortes de fatalités causées par le mal à l'œuvre dans le monde. Mais on peut aussi les interpréter comme des signes d'une réalité encore invisible, qu'on ne peut ni dater ni situer dans l'espace, mais qui est déjà en train de se réaliser : la venue du Christ glorieux. Il est venu, il vient et il reviendra. Il en est de même des évènements de nos propres vies marquées par toutes sortes d'épreuves. Seules la foi et l'espérance en l'Amour miséricordieux du Père nous permettent d'y reconnaître des signes, qui ne sont pas là pour alimenter la peur, mais qui peuvent nous stimuler à la persévérance dans la foi. Nous croyons en effet qu'il n'y a qu'un dessein unique de Dieu sur l'humanité et sur le monde : dessein de salut parce que dessein d'amour miséricordieux. Les blessures du monde, les blessures causées par les épreuves de nos vies, nous pouvons les regarder dans la perspective de la Croix glorieuse du Sauveur, comme plantée sur le monde ; nous pouvons les regarder comme des ouvertures, des sortes de plaies que seule la gloire finale du Sauveur viendra refermer lorsque nous en serons comme enveloppés en vue de notre transfiguration. C'est ainsi qu'on peut comprendre la marque des plaies sur le corps ressuscité du Christ. Elles sont comme le signe des épreuves que traverse l'humanité, des épreuves qui traversent nos vies, pourtant déjà, en espérance, marquées du signe indélébile de la résurrection.

L'année de la miséricorde s'achève, mais la miséricorde, elle, demeure. A l'œuvre depuis la création jusqu'à la fin des temps, elle continue son œuvre de guérison des cœurs et de toute l'humanité, jusqu'à ce que le Règne du Christ transforme toutes choses par son retour en gloire. Dans cette attente, vivons selon le souhait de Jésus pour ses disciples : "c'est par votre persévérance que vous garderez la vie". Amen.

 

 

+ Francis BESTION

Evêque de Tulle