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11 septembre 2016 - 24ème dim. du Temps ordinaire – Année C

Célébration de la Confirmation Saint-Pantaléon-de-Larche

Frères et sœurs, je ne sais pas si, parmi vous, quelqu'un a un jour été berger d'un troupeau de brebis. Cela m'est arrivé de très nombreuses fois, dans mon enfance et ma jeunesse. Mon père me confiait cette charge pendant les vacances ou les fins de semaine. Si je vous dis cela, c'est pour vous dire mon étonnement face à l'attitude du berger de la parabole que Jésus raconte à ses disciples. Il ne me serait probablement pas venu à l'idée d'abandonner tout le troupeau pour aller à la recherche d'une brebis égarée. C'est pourtant bien ce que fait ce berger. Il n'hésite pas à mettre potentiellement tout le troupeau en danger pour sauver une seule brebis qui s'est perdu. D'aucuns le traiteraient d'insensé, de fou.

Mais qui est donc cet homme un peu fou ? Jésus semble dire que ce serait l'attitude de n'importe quel homme. En grec, c'est le mot anthropos qui est utilisé ; un mot qui ne désigne pas tel ou tel homme en particulier, mais l'homme en général, le genre humain : "quel humain parmi vous ayant cent brebis n'abandonne-t-il pas les 99 autres dans le désert pour aller chercher celle qui est perdue" ? En fait, je pense que Jésus fait preuve d'ironie, car il sait bien que ce n'est justement pas l'attitude qu'adopteraient certains membres de son auditoire. Ceux-ci viennent de lui reprocher de manger avec les publicains et les pécheurs ! C'est comme s'ils lui disaient : tu ferais mieux de t'occuper de nous qui sommes justes parce que nous observons la loi.

Un autre passage de l'Evangile indique clairement l'option de Jésus : "sachez que je ne suis pas venu pour les bien-portants et pour les justes, mais pour les malades et les pécheurs". En fait, lorsque Jésus parle d'un berger qui est capable de laisser tout le troupeau pour aller chercher une seule brebis perdue, il parle de son Père et il parle de Lui. Puisque Lui et son Père ne font qu'un. C'est lui, Jésus, ce berger qui va chercher dans la nuit la brebis perdue, sans se lasser, et même jusqu'à l'épuisement, mais sans renoncer, jusqu'à ce qu'il l'ait trouvée. Et quand il l'a trouvée, il la charge sur ses épaules, tout joyeux malgré sa fatigue, et il la ramène au bercail ; il fait même la fête avec ses amis.

Que nous reste-t-il à faire ? Il nous reste à devenir de plus en plus des ostensoirs de la Présence de ce bon berger pour le monde ! Chers confirmands, c'est votre mission. La Confirmation parachève votre initiation chrétienne. Non pas pour dire : ça y est ! j'ai fini le parcours du combattant ! Non, ce n'est pas pour finir, c'est pour commencer. la confirmation, c'est comme l'équipement pour avancer dans la vie chrétienne. Et ce n'est pas n'importe quel équipement ! C'est l'Esprit Saint lui même qui vous est donné en plénitude, avec la grâce de ses sept dons, pour que vous puissiez mener le bon combat, le combat de la foi, le combat de l'espérance, le combat de la charité. L'onction d'huile parfumée que vous allez recevoir sur vos fronts, c'est l'onction du Saint Esprit pour être les témoins du Christ, ses envoyés, ses missionnaires.

Il y a un verset du livre du prophète Isaïe que la liturgie a repris – c'est même un cantique : "qu'ils sont beaux sur les montagnes les pieds de celui qui porte la Bonne nouvelle, qui annonce la paix, le salut, et qui dit : 'ton Dieu règne' !". On devrait chanter cela après chaque Confirmation. Bien sûr ce verset du prophète annonçait le Christ et son Evangile, le Christ et son salut. Mais il s'applique aussi aux messagers de l'Evangile que sont les baptisés-confirmés. Les Pères de l'Eglise leur disaient : "vous êtes d'autres christs !", c'est-à-dire : vous avez reçu l'onction du Saint-Esprit, comme le Christ, pour devenir ses messagers, ses porte-voix, ses ostensoirs, ses disciples-missionnaires !

La confirmation, c'est un don et c'est un engagement. Parce que vous avez reçu, vous pouvez donner. A votre mesure, bien sûr, mais réellement. Vos fronts sont marqués pour que vos pieds se mettent en marche ! Comme le Saint-Père a dit aux jeunes des JMJ – tu en étais Martin, tu as entendu - : "ne soyez pas des jeunes de canapé, de divan ! Il faut se décider à changer le divan contre une paire de chaussures qui t’aideront à marcher, sur des routes jamais rêvées et même pas imaginées, sur des routes qui peuvent ouvrir de nouveaux horizons, capables de propager la joie, cette joie qui naît de l’amour de Dieu, la joie que laissent dans ton cœur chaque geste, chaque attitude de miséricorde". Eh bien, mes amis, la Confirmation vous équipe, elle vous met aux pieds des "chaussures à crampons", pour qu'ils deviennent des pieds de missionnaires, de témoins du Christ !

Mais, attention – je vous l'ai écrit, à chacun – ne pensez pas que vous pouvez avancer seul. La brebis perdue est ramenée au bercail, dans la parabole. Le bercail, c'est l'Eglise. Et l'Eglise, c'est une famille. Nous sommes l'Eglise. Notre assemblée, ce matin, c'est l'Eglise. Alors, il faut que vous vous disiez : j'ai besoin de l'Eglise pour être un disciple-missionnaire et l'Eglise a besoin de moi. Si vous pensez que vous pouvez vivre votre vie de foi sans l'Eglise, vous n'irez pas bien loin. Si vous pensez que l'Eglise n'a pas besoin de vous, vous priverez l'Eglise de quelqu'un de bien, parce que vous êtes des filles et des garçons très bien. L'une d'entre vous m'a dit, dans sa lettre, qu'elle aimerait être catéchiste. Alors, je lui dis : n'attends pas d'avoir 65 ans pour être catéchiste ! Lance-toi maintenant ! Va trouver le prêtre et parle-lui de ton projet. Il ne va pas te confier un groupe immédiatement. Mais, il peut te mettre avec une catéchiste adulte que tu pourras aider, tout en apprenant, jusqu'à ce tu voles de tes propres ailes. Une autre m'a dit : j'aimerais être cheftaine scout. Bravo, fonce et tu vas le devenir ; c'est un bon engagement dans l'Eglise. Je constate que les filles sont plus vaillantes que les garçons ! Alors, messieurs, ne vous endormez pas ! Demandez-vous : quel engagement je peux prendre pour mettre en œuvre les dons de la Confirmation ? je compte sur vous !

Quant à vous, parents, faites en sorte que vos enfants prennent des responsabilités, des engagements dans l'Eglise et dans la société. L' Eglise et la société ont besoin de jeunes chrétiens qui s'engagent et qui témoignent de leur foi. Et le meilleur moyen pour qu'ils prennent ce chemin, c'est que vous leur en montriez l'exemple en vous engageant vous-mêmes.

Que l'Esprit-Saint nous guide les uns et les autres et fasse de nous des missionnaires ! Amen.

 

+ Francis BESTION

Evêque de Tulle