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Vendredi 8ème semaine du Temps ordinaire - 29 mai 2015

Jubilé sacerdotal - Maison diocésaine

Par petites touches successives, l'évangéliste saint Marc fait défiler devant nos yeux 48 heures de la vie de Jésus. A première vue, cette succession de tableaux, sur le Temple, la faim de Jésus, le figuier, les vendeurs du Temple, le figuier à nouveau et enfin une brève exhortation de Jésus, peut nous paraître quelque peu anecdotique… En fait, il n'en est rien, car les évangiles – nous le savons bien – ne sont pas un carnet de voyage ou une simple compilation de récits événementiels. D'ailleurs, on trouverait bien étrange et quelque peu surréaliste que Jésus cherche des figues sur un figuier alors que ce n'est pas la saison…

L'intention de l'évangéliste s'éclaire si l'on veut bien se rappeler que dans l'Ancien Testament l'image du figuier improductif sert à annoncer le jugement sur le Peuple de Dieu. Ici, c'est un jugement de stérilité qui est porté sur le Temple. Ce dernier est devenu un lieu où sont accumulés les sacrifices sans que cela conduise à la conversion du cœur – conversion qui est le seul sacrifice qui plaise à Dieu. Le Temple n'est plus le lieu où le cœur de l'homme peut s'ouvrir au don de la présence divine.

A travers les quelques éléments du récit sur le figuier, qui encadre celui des vendeurs chassés du Temple, nous devons entendre l'écho des dispositions essentielles qui conduisent à une communion profonde et intime avec Celui qui veut se donner à tout homme pour lui communiquer sa vie. Ces dispositions sont intérieures et non pas extérieures à l'homme. Il s'agit de la faim spirituelle, des racines qui plongent profondément dans la vie divine, d'une foi solide, d'une prière confiante et enfin d'une vie animée par la charité et la miséricorde.

En cette célébration du Jubilé de notre ordination, nous pouvons nous rendre sensibles au regard de Jésus dont l'évangéliste note qu'il "parcourait toutes choses" en entrant dans le Temple. Nous pourrions nous demander quel genre de regard il porte aujourd'hui sur notre assemblée. Mais nous ne pouvons pas nous mettre à sa place… En regardant nos pauvres vies, il aurait sûrement bien des raisons de "rester sur sa faim", comme devant le figuier de l'Evangile… Que nous célébrions 70 ans, 60 ans, 50 ans, 40 ans, 25 ans ou 20 ans de sacerdoce, nous pouvons rendre grâce, mais sûrement pas triompher de quelconques exploits. Notre ministère n'a pas été stérile ; nous avons été des coopérateurs de la grâce divine par l'annonce de l'Evangile, pour la sanctification du Peuple et pour la conduite des communautés. Nous croyons que, malgré nos faiblesses, nos imperfections et notre péché, l'Esprit-Saint a fait de nous ses instruments. Sans pouvoir nous glorifier de notre fidélité, nous rendons grâce au Seigneur de nous avoir gardés fidèles à son service, fidèles à l'Eglise, l'Epouse du Christ, fidèles à la mission reçue.

Bien des fois, pour ne pas dire en permanence, nous avons bénéficié de la miséricorde divine malgré notre lenteur et notre résistance à travailler à notre conversion pour mieux correspondre à la grâce de notre baptême et à celle de notre ordination. Bénéficiaires de cette miséricorde, nous avons cherché à en être les témoins et les dispensateurs auprès de ceux et celles qui étaient confiés à la grâce de notre ministère. Le Père, par le Fils et dans l'Esprit nous a donné chaque jour le pain de la grâce et nous avons essayé de le partager à nos frères "par la porte de la douce vérité", pour reprendre une expression de sainte Catherine de Sienne. De tout cela, nous pouvons et nous devons rendre grâce sans nous lasser. C'est même le premier mouvement de notre vie spirituelle, le plus indispensable sans doute à notre ministère sacerdotal. Notre vie et notre ministère de prêtre sont essentiellement eucharistiques. La messe quotidienne nous maintient dans cet état en nous faisant entrer dans l'offrande et l'action de grâce du Christ à son Père.

Aujourd'hui, l'évangile nous indique le chemin d'un autre mouvement indissociable du premier que je viens d'évoquer ; il s'agit de celui de l'intercession : "tout ce que vous demanderez dans la prière, croyez que vous l'avez obtenu, et cela vous sera accordé". Ce mouvement de la prière pour nos frères, en union avec le Christ Grand Prêtre, grand intercesseur auprès du Père, repose sur une seule certitude : la foi : "Ayez foi en Dieu". C'est la recommandation de Jésus à ses Apôtres. Cette recommandation est assortie d'une certitude : la foi déplace les montagnes. L'aspect métaphorique de cette affirmation ne devrait en rien devenir le prétexte pour chercher à en atténuer la portée. Ils ne manquent pas d'intellectuels qui sont prêts à justifier leur doute en nous expliquant que ce dernier est en quelque sorte consubstantiel à la foi. Mais ce n'est pas ce que nous disent les évangiles. Les récits de miracle ne sont-ils pas ponctués par cette affirmation de Jésus : "va, ta foi t'a sauvé".

Quelles que soient les conditions d'exercice de notre ministère, quelles qu'en soient les difficultés et les épreuves – nous savons bien que celui qui veut marcher à la suite du Christ doit prendre sa croix – notre ordre de mission repose sur la foi inconditionnelle en Celui qui nous a appelés et envoyés, il y a 20, 25, 40, 50 ou 60 ans. Notre ministère, par sa nature sacerdotale, est à jamais inscrit dans la figure du Christ qui intercède auprès de son Père pour ses frères avec la certitude d'être exaucé. Sans cela la foi de l'Eglise serait une pure mystification ou une lamentable superstition.

Chers amis, ces deux mouvements de notre cœur de pasteurs – l'action de grâce et l'intercession – par lesquels nous somme intimement unis au Christ Prêtre et Pasteur, constituent vraiment la respiration de notre foi. Grâce à eux, nous reconnaissons que tout vient de Dieu et nous glorifions Dieu pour ses dons inépuisables ; grâce à eux, nous avons l'assurance que notre ministère ne dépend pas de nos propres forces, mais de la puissance divine à l'œuvre dans le Corps ecclésial, et, dans cette foi, nous pouvons aller de l'avant, sans crainte, sans amertume, sans présomption et sans témérité.

Que la Vierge Marie reste notre modèle dans notre pèlerinage de la foi, elle qui a eu foi en la promesse de Dieu et qui, au commencement de l'Eglise, se tenait en prière avec les Apôtres, au Cénacle, attendant la venue de l'Esprit-Saint. Amen.

 

+ Francis Bestion

Evêque de Tulle

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