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Messe de Funérailles de M. l'Abbé Pierre COUSTY

Eglise Saint-Sernin de Brive

Les lectures que nous venons d'écouter ne sont pas tirées du Lectionnaire pour les défunts ; ce sont les lectures de ce jeudi dans le lectionnaire de semaine. J'ai pensé qu'elles étaient vraiment de circonstance pour cette célébration des obsèques d'un prêtre.

L'Evangile nous rapporte l'appel des premiers disciples, des pêcheurs du lac de Tibériade. Simon – qui deviendra Pierre (c'était le nom de baptême de l'Abbé Cousty) et Jacques et Jean, les fils de Zébédée. Jésus est allé au-devant d'eux, il est même monté dans la barque de Simon. Et, alors qu'ils avaient pêché toute la nuit sans rien prendre, il les a invités à aller avec lui au large, en eaux profondes, et à jeter à nouveau leurs filets. Et là, ils font l'expérience de ce qui sans doute la plus pêche de leur vie ! Les filets sont tellement remplis de poissons qu'ils menacent de se déchirer, et il faut les deux barques pour contenir le produit de cette pêche miraculeuse.

Ce que Simon, Jacques et Jean ne peuvent discerner ce jour-là, nous pouvons, nous, avec saint Luc, le comprendre : cette pêche préfigurait déjà la mission des Apôtres et celle de l'Eglise qui, depuis 2000 ans, à l'invitation de son Maître et Seigneur, avance en eaux profondes et jette ses filets sur l'océan du monde pour que les enfants de ce monde devienne des fils et des filles du royaume. C'est le sens de la Parole que Jésus adresse à Simon : "Sois sans crainte, désormais ce sont des hommes que tu prendras".

Cette page d'Evangile se conclut par la décision que prennent les trois pêcheurs du Lac de suivre Jésus : "ils ramenèrent les barques au rivage, et laissant tout, ils le suivirent".

C'est cette expérience que fit l'Abbé Pierre Cousty lorsqu'il quitta lui-même sa famille, qu'il entra au Séminaire et décida de consacrer sa vie au Seigneur dans le célibat afin de servir ses frères dans le ministère sacerdotal, à la suite des Apôtres. Ce n'est pas l'expérience d'une pêche miraculeuse qui le décida, pas plus d'ailleurs qu'aucun des prêtres qui sommes là aujourd'hui. Mais c'est quelques chose d'analogue : la découverte que la suite de Jésus-Christ pour le service des autres ne peut pas nous décevoir et qu'on peut donc tout laisser parce que l'appel à aller au large est plus fort que tout le reste. C'est l'expérience de celui qui a vu le Christ monter dans la barque de sa vie ; de celui qui a réalisé que le Christ ressuscité, par son Esprit, conduit la barque de l'Eglise et, qu'avec Lui, on peut avancer sans crainte, on peut aller au large et jeter les filets pour des pêches miraculeuses.

Celui qui répond à l'appel du Seigneur pour une telle mission sait bien qu'elle dépasse ses propres forces. Il fait l'expérience que fit Simon en tombant aux genoux de Jésus : "Eloigne-toi de moi, Seigneur, car je suis un homme pécheur". L'abbé Pierre Cousty fit cette exéprience comme chacun des prêtres qui sont là. Il l'a fit le jour où il prononça son "oui" pour recevoir l'ordination et il l'a fit tous le jours de son ministère de prêtre. Tous les jours, comme prêtres, nous tombons à genou aux pieds de Jésus reconnaissant notre état de pécheur, notre indignité pour accomplir une telle mission. Nous n'avons pas répondu à l'appel du Seigneur parce que nous pensions être meilleurs que les autres. Nous avons répondu parce que nous avons expérimenté la puissance de l'Amour sauveur capable avec de pauvres pécheurs de faire des instruments de sa grâce, en prenant sur leurs épaules la croix du Sauveur. "Celui qui veut marcher à ma suite, qu'il prenne sa croix et qu'il me suive". C'est ce qu'a fait notre frère Pierre jusqu'à son dernier souffle. Il y a seulement quelques mois encore, il servait ses frères comme curé du groupement paroissial d'Aubazine. J'avais réussi à le convaincre d'abandonner sa charge de pasteur, tant ses forces déclinaient. Cela lui avait coûté, mais il y avait consenti en s'abandonnant entre les mains de Dieu, pour la dernière étape de sa vie de prêtre. Toutes les fois que je l'ai visité, dans ce passage difficile où il faut accepter de renoncer à une responsabilité, je n'ai jamais vu de la tristesse sur son visage, mais plutôt une certaine paix qui émanait de sa personne, la paix de celui qui, dans la foi, dans l'obéissance de la foi, trouve son unique appui dans le Seigneur.

En remettant aujourd'hui l'âme de notre frère à la miséricorde de Dieu, je voudrais reprendre les paroles que saint Paul adressait aux chrétiens de la ville de la Colosse – que nous avons entendu dans la première lecture : "Par tout le bien que vous ferez, vous porterez du fruit et vous progresserez dans la vraie connaissance de Dieu. Vous serez fortifiés en tout par la puissance de sa gloire, qui vous donnera toute persévérance et patience. Dans la joie, vous rendrez grâce à Dieu le Père, qui vous a rendus capables d'avoir part à l'héritage des saint, dans la lumière".

Ces paroles sont peut-être le meilleur résumé de la vie du baptisé et du prêtre que fut Pierre Cousty. Elles ne parlent pas d'abord de ce qu'il a fait, mais elles rapportent tout à la puissance d'amour du Seigneur, capable de faire de nos pauvres existences une éternelle offrande à sa gloire. C'est d'ailleurs ce qui est donné au prêtre de vivre et d'aider ses frères et sœurs à vivre, lorsqu'il célèbre l'Eucharistie chaque jour, pour la gloire de Dieu et le Salut du monde. En offrant le sacrifice de toute l'Eglise, en vertu du pouvoir sacré reçu à son ordination, le prêtre se fait l'instrument du Christ, l'Unique éternel et souverain prêtre, qui actualise le don de sa vie sur la croix, pour que, par Lui, avec Lui et en Lui, nous ayons la rédemption et soyons rendus aptes à avoir part à l'héritage des saints dans sa lumière éternelle. Amen.

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