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Dimanche 25 octobre 2015 - Ordination diaconale d'Alain FREMONT et Patrick LE BOUTEILLER

Cathédrale de Tulle

 

Frères et sœurs,

chers amis,

 

L'Assemblée que nous formons en ce jour pour célébrer le Mystère pascal du Christ et pour procéder à l'ordination diaconale de deux d'entre nous est une image significative de ce qu'est réellement le Corps de l'Eglise. Nous sommes rassemblés dans cette cathédrale – l'église mère du diocèse – évêque, prêtres, diacres, laïcs et consacrés, tous membres du Corps du Christ, pour participer d'un même cœur à une action liturgique dans laquelle chacun a une fonction différente et une mission particulière.

Notre Assemblée prend sa plénitude de sens dans la communion eucharistique, laquelle donne à voir la mission du Christ qui est de constituer la communion entre ses disciples, de rassembler dans l'unité tous les enfants de Dieu dispersés. Cette mission qui consiste à construire, développer, approfondir la communion ecclésiale, le Christ lui-même a voulu y associer ses Apôtres. A leur tour, ces Apôtres l'ont mise en œuvre en s'associant des collaborateurs ; et aujourd'hui, encore, les évêques, successeurs des Apôtres, s'associent des collaborateurs de deux Ordres, les prêtres et les diacres.

C'est ainsi, Alain et Patrick, qu'en vous ordonnant diacre, je vous associe de façon particulière à la mission de l'Eglise, au ministère apostolique. Vous allez être des acteurs clairement identifiés et même consacrés de la communion ecclésiale, associés au ministère de communion de l'évêque. L'Eglise ne vous confie pas une mission de pasteur – comme celle des prêtres – mais elle vous confie cependant la mission (avec l'évêque et les prêtres) d'être au service de la communion des fidèles avec le Christ et entre eux. Cette dimension de la mission de l'Eglise nous était rappelée par la deuxième lecture, dans l'exhortation de l'Apôtre Paul aux éphésiens : "Ayez soin de garder l'unité dans l'Esprit par le lien de la paix" ; et il ajoutait que "les fidèles sont organisés pour que les tâches du ministère soient accomplies et que se construise le Corps du Christ, jusqu'à ce que nous parvenions tous ensemble à l'unité dans la foi et la pleine connaissance du Fils de Dieu".

Cette mission de l'Eglise n'est pas un à-côté ou une sorte de substitut par rapport à sa mission principale d'annoncer l'Evangile ; elle en est la condition. Le service de la communion ecclésiale, avec les prêtres autour de l'évêque, est déjà missionnaire, car il incarne la charité dont l'Eglise doit être le témoin dans le monde et il la rend visible aux yeux du monde.

Ceci dit, la mission qui vous est confiée ne se limite pas à ce service de la communion ; elle est aussi et même principalement au service de l'Annonce de l'Evangile. Cela nous a été donné à voir dans la procession qui a précédé l'ouverture de la messe : l'évangéliaire porté par un diacre a traversé notre Assemblée, accompagné par l'ensemble des diacres, suivis des prêtres et des évêques. Oui, nous avions, illustrée sous nos yeux, l'une des missions principales de ceux qui reçoivent l'ordination du diaconat. En effet, ils sont chargés, non seulement de proclamer l'Evangile dans l'Assemblée liturgique, de commenter la Parole de Dieu si nécessaire, d'accomplir dans telle ou telle occasion un ministère catéchétique, mais, fondamentalement, ils sont chargés de porter l'Evangile, c'est-à-dire d'en être le Signe au milieu des hommes – au cœur de l'Eglise et auprès de ceux qui, dehors, l'attendent encore.

Ce témoignage à rendre à l'Evangile, vous le vivez déjà, chers ordinands, en raison de votre baptême et de votre confirmation ; vous le vivez dans tous les domaines de votre existence : votre vie de famille, d'époux, de père, dans votre vie professionnelle, dans la vie sociale, dans le monde associatif. Tout baptisé-confirmé est appelé à témoigner de l'Evangile. Cependant, aujourd'hui, votre ordination, Alain et Patrick, fait de vous des témoins d'une autre sorte ; vous êtes envoyés en mission par l'imposition des mains de l'évêque et le don du Saint-Esprit. Votre vie va continuer comme avant et pourtant… elle ne sera plus tout-à-fait comme avant, puisque cous aurez part au ministère apostolique de porter la Bonne Nouvelle du Salut, la joie de l'Evangile. Et parce que l'Evangile est d'abord annoncé aux pauvres, votre ministère contribuera, de façon visible, sacramentelle, à la mission de l'Eglise au service des pauvres – pauvres économiquement, mais aussi des pauvres éprouvés par toute sorte d'épreuves et de détresses de l'âme, de ceux qui n'ont personne sur qui compter – comme l'aveugle Bartimée dans l'évangile d'aujourd'hui, qui attend au bord de la route que quelqu'un fasse attention à lui ; Jésus l'appelle et le relève, il le guérit de son infirmité.

Votre ministère vous attachera de façon sacramentelle à un aspect très important de la mission de l'Eglise, qu'on appelle la diaconie, c'est-à-dire cette aptitude à servir les hommes et les femmes de ce monde. Les diacres sont le signe visible, le signe sacré de cette diaconie de l'Eglise. Leur nom l'indique très clairement. Il ne s'agit pas d'une sorte de philanthropie, mais d'un signe que l'amour et le service du frère, du plus pauvre, sont indissociables de notre amour et de notre communion avec le Christ. Servir les pauvres, c'est servir le Christ, c'est marcher sur le chemin qui nous conduit à nous identifier au Christ, c'est-à-dire au don total qu'il a fait de lui-même sur la Croix. Vous serez, en vertu de votre consécration diaconale, du ministère reçu, le signe qu'il y a une Bonne Nouvelle de Salut pour les pauvres et les petits de ce monde, pour tout homme ; vous serez le signe que, par-delà les slogans, les campagnes philanthropiques, les gestes à grand spectacle, il y a des chrétiens qui, modestement, humblement, sans chercher à se faire valoir, témoignent de la charité du Christ. Liée intrinsèquement à la diaconie de la Parole, il y a, au cœur de votre ministère, cette diaconie de la charité.

Enfin, inséparable des deux autres, il y a une troisième diaconie – celle de la liturgie. Et ce n'est pas la moindre. Au sein de la communauté chrétienne, ce sera même la plus visible de votre ministère. Dans la liturgie de la messe, votre service à la double table de la Parole et de l'Eucharistie manifestera l'essence même de votre ministère diaconal. En proclamant l'Evangile, vous rendrez manifeste la mission d'annonce de l'Evangile que vous avez reçue. Plus encore, vous serez attentifs à croire à la Parole que vous aurez proclamée, à enseigner ce que vous aurez cru, et à vivre ce que vous aurez enseigné. En assistant l'évêque et les prêtres à l'autel, en servant au Calice, vous serez unis d'une manière particulière au Mystère pascal du Christ, à son offrande au Père, afin que tous les membres de l'Assemblée puissent s'offrir eux-mêmes dans ce Sacrifice unique du Christ, actualisé pour le salut de tous. C'est là, dans la célébration des saints mystères du Salut que vous ressourcerez l'esprit d'humilité et de service qui caractérisent tout ministère dans l'Eglise. Parce que l'Eucharistie est par excellence le sacrement de la charité, elle sera la source et le sommet de la diaconie de la charité à laquelle vous êtes ordonnés.

Frères et sœurs, je voudrais vous inviter tous à vivre cette célébration d'ordination comme une grande source de joie et d'espérance. D'abord parce qu'elle est le fruit de l'appel de Dieu, mais aussi le fruit de la réponse qu'Alain et Patrick ont donné tout au long de leur parcours de discernement et de formation depuis le jour de leur interpellation par l'Eglise, et aussi le fruit de la vitalité de notre Eglise diocésaine. Nous pouvons nous réjouir de voir, en acte, l'Evangile qui continue de porter son fruit et que ce fruit soit rendu visible au milieu des hommes.

Alain et Patrick, votre ordination ne vous retire pas de votre vie de famille ni de votre vie professionnelle. Bien au contraire ! Parce que vous êtes bien enracinés dans le terreau de votre vie familiale et professionnelle, votre ministère prend une figure significative. Vous ne seriez pas de bons diacres si vous étiez de mauvais époux et mauvais pères de famille, ou mauvais professionnels, car vous ne seriez pas signes et porteurs de l'Evangile. Le temps et le soin que vous consacrerez à votre vie de famille, à votre vie professionnelle, à la poursuite aussi de votre formation initiale au ministère ne seront pas volés à votre ministère, mais c'est là aussi que ce ministère diaconal s'investira. Vous vivrez la communion et la mission dans tout ce qui fait les réalités de votre vie.

Frères et sœurs, par l'intercession de Notre-Dame du rosaire, prions le Maître de la Moisson qu'il envoie des ouvriers à sa Moisson – prêtres, diacres et consacrés – pour notre Eglise diocésaine ; prions pour que des jeunes puissent entendre l'appel de Dieu et y répondre généreusement. Amen.

+ Francis Bestion

Evêque de Tulle

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