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3ème dimanche de l'Avent – Année C - 13 décembre 2015

Ouverture de la Porte Sainte de la Miséricorde - Cathédrale de Tulle

Je voudrais d'abord dire mon salut fraternel à tous et chacun d'entre vous : paroissiens de la cathédrale, paroissiens venus des divers groupements paroissiaux du diocèse avec vos pasteurs, diacres, consacrés de diverses communautés. Je salue tout particulièrement les jeunes, très nombreux, des Aumôneries, des Ecoles catholiques, les scouts et les responsables qui vous ont accompagnés et qui ont préparé cette journée. Ensemble, avec nos belles diversités, nous sommes l'Eglise du Christ en Corrèze, nous sommes le Corps du Christ.

Chers amis, ce n'est sûrement pas un hasard que nous entrions en diocèse dans l'année jubilaire de la Miséricorde en ce 3ème dimanche de l'Avent que la liturgie qualifie de dimanche de la joie, à cause des lectures et des prières de cette messe dont la tonalité est vraiment celle de la joie. Un Jubilé – comme son nom l'indique – est un événement joyeux et c'est particulièrement vrai lorsque ce Jubilé célèbre la Miséricorde de notre Dieu pour ses enfants.

Il y a deux ans, le Pape François nous avait fait le beau cadeau de son Exhortation apostolique La joie de l'Evangile. C'est un texte programmatique – comme il l'indique dès les premières lignes – pour la vie de l'Eglise dans les années à venir. Dans notre diocèse, nous nous sommes saisis de cette Exhortation du Pape, nous y avons réfléchi dans les paroisses, les services diocésains, les mouvements, dans divers groupes. Et c'est à partir du fruit de ces réflexions que les conseils diocésains travaillent cette année en vue de me permettre de donner des orientations missionnaires pour notre Eglise diocésaine.

Le Saint-Père a voulu donner une impulsion supplémentaire à l'élan missionnaire, en nous offrant un nouveau cadeau, celui d'une Année Sainte extraordinaire, une année de la Miséricorde. Pour expérimenter la joie de l'Evangile, pour en vivre réellement et pour la faire partager à d'autres qui ne la connaissent pas, il faut passer par une purification, il faut se réformer personnellement et en communauté d'Eglise. Or, cette purification et cette réforme ne peuvent pas trouver leur origine dans des idées, des projets nouveaux, des structures nouvelles ; elles ne peuvent pas surgir de notre seule bonne volonté. Ce n'est qu'en Dieu et en lui seul qu'elles peuvent trouver leur Source, car Lui seul peut purifier et réformer en profondeur les cœurs, nos cœurs. C'est bien là la grande réforme souhaitée par le Pape. Elle n'est pas médiatique, et pourtant c'est la plus essentielle de toutes les réformes. "Convertissez-vous et croyez à l'Evangile" : telles sont les premières paroles de Jésus dans l'évangile selon saint Marc. Et comme, nous le voyons dans l'évangile d'aujourd'hui, le précurseur du Christ, Jean le Baptiste, a prêché un baptême de conversion, prélude à la Bonne Nouvelle prêchée par le Christ.

Les plus grandes réformes de l'histoire humaine ne sont pas celles qu'on trouve relatées dans les livres d'histoire ; ce sont celles dont témoigne la vie des saints et des saintes. Ces hommes et ces femmes de notre Eglise ont pris au sérieux l'Evangile, ils ont laissé l'Evangile transformer leur cœur, et ce faisant, ils ont permis que quelque chose soit changé dans la vie du monde. Ce n'est pas pour rien que les premiers mots de l'Encyclique du pape sur la sauvegarde de la Maison commune – Laudato si, mi Signore – sont empruntés au Cantique des créatures de Saint François d'Assise. Le pape appelle à une "conversion écologique intégrale, globale" qui ne sera possible que par une conversion des cœurs : "les déserts extérieurs se multiplient dans notre monde, dit le pape, parce que les déserts intérieurs sont devenus très grands", et il ajoute que "la crise écologique est un appel à une profonde conversion intérieure".

Frères et sœurs, d'où viendra-t-elle cette "conversion intérieure", cette conversion des cœurs ? Comment peut-elle se réaliser ? Quel en est le moteur ? Le pape nous donne la réponse et en indique les moyens en engageant toute l'Eglise sur le chemin de la Miséricorde. Seule la Miséricorde divine est capable de guérir le cœur malade de l'homme, de le libérer de toutes les entraves, de toutes les peurs, de tous les esclavages. Seule la Miséricorde divine peut désensabler le cœur de l'homme et le purifier. "Exultant de joie, vous puiserez les eaux aux Sources du Salut" dit le prophète Isaïe. Ces Sources, où sont-elles ? Jésus nous a révélé par sa vie, par sa mort et sa résurrection que ces Sources ce sont les entrailles de miséricorde du Père. Le sommet de cette révélation, c'est la Croix du Christ. Du côté transpercé de Jésus ont jailli des fleuves d'Eau vive capables de guérir, de purifier, de redonner la vie. La Croix est la plus grande manifestation de cette réalité cachée dans le Cœur même de Dieu, qui constitue le Cœur même de Dieu : la miséricorde.

Chers amis, c'est en faisant personnellement et en Eglise l'expérience de cette miséricorde que nous pourrons vraiment engager notre vie sur la voie de la conversion. En franchissant la porte sainte au début de cette célébration, nous nous sommes souvenus de la parole du Christ : "Je suis la Porte". Le Christ est la porte par laquelle nous accédons à la miséricorde de Dieu, il est la porte du pardon, la porte de la guérison des cœurs, la porte de la conversion. Au moment où se déroule le drame de la Passion de Jésus, à Jérusalem, il y a deux hommes profondément malheureux, l'un qui a trahi le Christ – c'est Judas – et l'autre qui a renié le Christ – c'est Pierre. La différence entre eux, c'est que le premier, Judas, est animé par le remords, et le second, Pierre, est animé par le regret. Le remords conduit à la mort, le regret ouvre le cœur au pardon de Dieu. Judas va se pendre, tandis que Pierre, par ses larmes de repentir, ouvre la porte de son cœur au pardon.

Frères et sœurs, c'est là tout l'enjeu de l'année jubilaire qui s'ouvre devant nous. Accueillir la grâce de la miséricorde de Dieu, accueillir la grâce du pardon reçu et donné, avec un cœur contrit, un cœur repenti. Comme l'Apôtre Saint-Paul, le pape, en nous offrant cette année jubilaire, se fait l'Ambassadeur du Christ pour nous dire : "Laissez-vous réconcilier par Dieu". La grâce nous est offerte de découvrir ou redécouvrir le grand trésor que le Christ a confié à son Eglise : le sacrement de la pénitence et de la réconciliation, comme une fontaine intarissable où les pécheurs que nous sommes peuvent aller puiser la grâce du pardon.

Dans notre diocèse, j'ai souhaité qu'en plus de la cathédrale, il y ait comme autre lieu jubilaire le sanctuaire de Saint-Antoine de Brive et j'en profite pour remercier nos frères franciscains d'avoir accepté cette mission. A la cathédrale et à Saint-Antoine, des confesseurs seront disponibles tout au long de l'année. Vous trouverez toutes les indications pour les jours et les heures de confession dans le livret qui vous sera remis à la fin de notre célébration. Pendant le temps du Carême, le samedi, trois journées du pardon seront proposées : l'une à la cathédrale, une autre à la Collégiale Saint-Martin de Brive, une autre à l'église d'Ussel.

Frères et sœurs, c'est le pardon reçu qui libèrera en nos cœurs les sources ensablées et qui nous permettra d'être miséricordieux comme le Père. Ce don reçu fera de nous des passeurs du don, des acteurs de la miséricorde pour nos frères et sœurs. Comme les foules venues recevoir le baptême de pénitence de Jean, nous nous demanderons : que devons-nous faire ? C'est cela aussi la grâce du Jubilé : puiser à la Source de la Miséricorde pour devenir des fontaines de miséricorde où d'autres pourront étancher leur soif de miséricorde. Les pèlerinages à Rome, à Lourdes, à Cracovie, et pour la plupart d'entre vous, à la cathédrale ou à Saint-Antoine de Brive, personnellement ou en groupe, nous permettront d'accueillir l'Indulgence du Jubilé, en franchissant la porte sainte, en recevant le sacrement du pardon, en célébrant l'eucharistie, en priant aux intentions du pape et en accomplissant des œuvres de miséricorde corporelles et spirituelles, selon la grande Tradition de l'Eglise.

Dans le monde entier des catholiques feront ces démarches. Songeons, en rendant déjà grâce à Dieu, à la pluie infinie de bénédictions divines, de grâces de pardon reçu et donné, qui vont se répandre sur notre humanité. Elles s'adressent à nous les paroles du prophète Sophonie, entendues dans la première lecture : "le Seigneur aura en toi sa joie et son allégresse ; il te renouvellera par son amour ; il exultera pour toi et se réjouira, comme aux jours de fêtes".

Frères et sœurs, Dieu ne se lasse pas de nous tendre la main ; prenons-la et devenons des Apôtres de la miséricorde. Je fais mien et faisons nôtre le souhait du Pape : "Combien je désire que les années à venir soient comme imprégnées de miséricorde pour aller à la rencontre de chacun en lui offrant la bonté et la tendresse de Dieu". Confions à l'intercession de la Bienheureuse Vierge Marie, l'Etoile de l'Avent, la Mère de miséricorde, ce souhait de voir notre Eglise diocésaine, l'Eglise universelle, le monde entier, renouvelés par la grâce de cette Année Sainte. Amen.

+ Francis Bestion

Evêque de Tulle