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15 février 2015 - Messe d'ouverture de la Semaine européenne

avec l'Ensemble scolaire Edmond Michelet de Brive. Thème de la Semaine européenne : "Pax Hominibus".
Espace des Trois Provinces – Brive

 

 

Homélie

Chers frères et sœurs dans le Christ,

 

"Paix à celui est loin et paix à celui qui est proche". Cette parole que le prophète Isaïe met dans la bouche du Seigneur, dont il se fait le messager, je voudrais, humblement, m'en faire aussi le messager pour chacune et chacun d'entre vous, pour vous tous ici présents, pour vos familles et vos proches, pour les peuples et les nations auxquels vous appartenez et que vous représentez d'une certaine manière, vous qui êtes venus de loin – allemands, espagnols, tchèques et polonais – pour cette 8ème Semaine européenne organisée par l'Ensemble scolaire Edmond Michelet.

Cette semaine européenne, en cette année scolaire 2014-2015, revêt une tonalité bien particulière, du fait du centième anniversaire du commencement de la première guerre mondiale et du 70ème anniversaire de la fin de la Seconde guerre mondiale. Placée sous le signe de la paix – Pax Hominibus – elle se veut porteuse d'Espérance pour nous-mêmes et pour tous les peuples de la terre, spécialement ceux qui, aux prises avec les affres de la violence, de la haine et de la guerre dont ils sont les victimes innocentes, aspirent de tout leur être à la justice et à la paix. Tonalité particulière encore, au lendemain de la clôture de l'enquête diocésaine sur la vie, les vertus et la renommée de sainteté du Serviteur de Dieu, Edmond Michelet, lequel, nous le savons, fut un ardent défenseur, un promoteur et un artisan de la paix, en France, entre la France et l'Allemagne et, plus largement, entre les peuples. On peut dire de lui qu'il s'est fait le messager et l'acteur infatigable de la prophétie d'Isaïe : "paix à celui qui est loin et paix à celui qui est proche".

Votre présence, ici, aujourd'hui, chers amis allemands, polonais, tchèques, espagnols et, bien sûr, français, nous conduit d'abord à porter notre regard sur la grande œuvre de réconciliation franco-allemande et pan-européenne qui a fait suite au second grand conflit de notre continent et du monde entier qui mit l'humanité à feu et à sang, en se révélant être le plus grand désastre de l'histoire humaine. Examinée au regard des immenses et incommensurables blessures que s'infligèrent les européens et d'autres nations, l'œuvre de paix commencée au lendemain de la guerre et poursuivie jusqu'à nos jours reste sans doute sans égale dans l'histoire humaine. Nous savons, mais il est bon de se le rappeler et de le transmettre aux jeunes générations, que les Pères fondateurs de l'Europe et les ouvriers principaux de cette oeuvre – parmi lesquels figure Edmond Michelet – étaient des hommes fermement enracinés dans la foi chrétienne, guidés par l'Evangile de la paix, pétris de l'esprit des Béatitudes évangéliques. La nouvelle Europe née d'une vision commune et comme territoire commun de vie doit se souvenir de son ancrage dans la foi chrétienne par ceux qui en furent les premiers architectes. Après le désastre des deux guerres, après les blessures dont furent victimes presque toutes les familles, après la destruction des cités et le ravage des campagnes, après le massacre des vies humaines, après l'obscurité des ténèbres jetées sur l'image de l'homme et la dignité humaine elle-même, après cet acharnement diabolique dans l'histoire humaine qui a caractérisé la barbarie nazie, on a de la peine à imaginer quelle force spirituelle et morale il a fallu pour chercher et parvenir à se rapprocher, à se tendre la main et se réconcilier, pour bâtir la paix en désarmant la haine. Les forces humaines à elles seules ne pouvaient accomplir cette œuvre.

"Désarmer la haine", ce sont les mots qui revenaient souvent dans la bouche et sous la plume d'Edmond Michelet. Permettez que j'évoque cela par une seule citation dans laquelle il signale une source de son engagement pour la paix, à savoir l'enseignement du pape Benoît XV, le pape qui guida l'Eglise pendant la première guerre mondiale et qui fut incompris de tous : "C'est parce que je suis nourri de l'enseignement de Benoît XV que j'ai appris à vouloir servir le camp de la paix. C'est pour cela que je me suis engagé. Et je crois pouvoir dire que cette passion de la paix que j'avais apprise de Benoît XV m'a obtenu à Dachau cette grâce du désarmement de la haine".

Frères et sœurs, comment aujourd'hui encore, et toujours, être capable de désarmer la haine et de s'engager pour la paix ? L'Evangile nous indique une voie supérieure à toutes les autres ; c'est la voie de la charité, de l'amour. "Caritas" : voilà un mot qui revenait souvent dans les conversations avec E. Michelet.

Ceux qui pensent que la haine se désarme par la victoire sur les champs de bataille ne seront jamais des bâtisseurs de paix. C'est dans les cœurs que se désarme la haine qui engendre la violence et la guerre. C'est bien de penser à la paix mondiale, mais c'est beaucoup mieux d'établir son propre cœur dans la paix. La paix ne se fait pas comme la guerre. La paix se fait "artisanalement" a dit récemment le pape François. Il s'agit de commencer tout de suite, voire tout seul et par une simple poignée de main. Tout comme des milliards de gouttes d'eau sales ne feront jamais un océan d'eau pure, des milliards d'hommes sans paix dans leur cœur ne feront jamais une humanité en paix !

"Paix à celui est loin et paix à celui qui est proche". Par ces paroles, le prophète indique peut-être aussi que la paix avec celui "qui est proche" est souvent plus difficile qu'avec ceux "qui sont loin"… Comment pouvons-nous nous dire promoteur de paix, si c'est pour, après, nous disputer avec nos proches ?

Frères et sœurs, pour établir dans notre cœur le signe de la paix, pour emprunter la voie supérieure à toutes les autres, la voie de la charité, il nous faut d'abord et sans cesse nous laisser convertir par Celui qui a promis à ses disciples de leur envoyer l'Esprit-Saint. Jésus ne nous a pas seulement exhorté à être des artisans de paix, il nous a appris la manière de le devenir. Il dit à ses disciples : "je vous laisse la paix, je vous donne ma paix ; ce n'est pas à la manière du monde que je vous la donne". Sa paix en effet n'est pas le fruit de victoires militaires. Comme le dit saint Paul, c'est sur la Croix qu' "en sa personne, il a tué la haine" (Eph 2, 16). En la personne de son Fils Jésus, Dieu est 'monté' sur la Croix pour descendre dans les abîmes de l'histoire humaine, dans les profondeurs abyssales du mal. Par son Christ, Dieu le Père a réconcilié l'humanité entière avec lui pour propager sa paix, afin que les dissensions, la vengeance et la haine n'aient pas le dernier mot, mais au contraire la réconciliation, le pardon, l'amour – cet amour qui va jusqu'à l'amour des ennemis. "Je leur pardonne et je te supplie d'en faire autant", écrivait Edmond Michelet à son épouse, depuis la prison de Fresnes, après son arrestation par la Gestapo, en pensant à ceux qui l'avaient dénoncé. Et il ajoutait, comme motivation, la parole de Jésus : "aimez vos ennemis, priez pour ceux qui vous maltraitent" (Mt 5, 44).

Chers frères et sœurs, nous portons l'Esprit de Jésus-Christ en nous, et à cause de cela il nous faut accomplir une tâche importante durant notre vie ici-bas, pour le bien de l'humanité. L'Esprit de Jésus que nous avons reçu gémit en nous, il se lamente avec les personnes qui souffrent et les opprimés de notre terre, il proteste avec les victimes de la haine et de la violence, il pleure avec ceux qui sont maltraités et persécutés. L'Amour du Christ nous presse de nous rapprocher les uns des autres, pour empêcher les assoiffés de pouvoir, les violents et les haineux d'étendre leur empire ; l'amour du Christ nous presse pour guider les hommes vers la paix, avec lui, le Bon Berger, le Prince de la Paix, pour les conduire vers la Source des Eaux vives.

Puisse la Mère du Sauveur, la Mère de l'Eglise, notre Mère, que nous invoquons en ce jour sous le vocable de Reine de la Paix entendre notre supplication et étendre son manteau de consolation sur tous les accablés, les blessés, les persécutés, les victimes de la guerre.

Confiant dans son intercession maternelle, Edmond Michelet pouvait écrire ces paroles lumineuses en référence à l'univers concentrationnaire de Dachau : "Dans un univers inhumain, dans l'océan de haine qui prétendait nous submerger, l'humaine tendresse, la bonté inépuisable de Marie nous furent souvent cause de joie". Puisse l'intercession de la Sainte Vierge Marie nous conduire à la joie de la Paix, dans nos cœurs et pour tous nos frères et sœurs de l'humanité. Amen.

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