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11ème dimanche du Temps Ordinaire - Année B - Dimanche 14 juin 2015

Fête de Sainte Germaine de Pibrac - PIBRAC

"A la cime du grand cèdre, je prendrai une tige ; au sommet de sa ramure, j'en cueillerai une toute jeune, et je la planterai moi-même sur une montagne très élevée".

Frères et sœurs, ces images, tirées du livre du Prophète Ezéchiel, tellement évocatrices, nous les accueillons avec joie en ce jour, tellement elles peuvent s'appliquer à celle que nous fêtons. Sainte Germaine n'est-elle pas cette tige toute jeune cueillie par le Seigneur sur le grand cèdre et plantée par lui sur la montagne sainte de l'Eglise pour qu'elle porte des fruits ?

Il y a des saints dont la sainteté éclate de leur vivant ; nous savons que ce ne fut pas le cas pour Germaine Cousin. Elle n'avait pas le prestige d'une bonne naissance puisqu'elle était orpheline ; elle n'avait pas le prestige du savoir ni celui de l'éloquence qui l'auraient faite remarquer comme tant de saints savants ou prédicateurs de renom ; elle était fille de ferme et se contentait de garder les moutons. Elle n'avait pas le charme de la beauté corporelle ; elle était infirme, manchote, et atteinte d'une maladie répugnante qu'on nommait alors "maladie des écrouelles" qui faisait qu'on se tenait loin d'elle comme on se tient éloigné des lépreux ou des pestiférés.

Germaine ne vécut qu'une vingtaine d'années, marquées par les maltraitances, comme on dirait aujourd'hui, que lui infligeait sa marâtre, par l'ostracisme dont elle fut victime à cause de son physique, par le mépris ou la moquerie des gens, y compris des chrétiens, qui l'appelaient "la bigote", à cause de ses dévotions qu'on devait juger puériles… Bref, d'aucuns diraient aujourd'hui que c'était une pauvre malheureuse, et d'autres, dans un langage moins policé, diraient qu'elle était "nulle"…

Nous savons que sa sainteté ne commença à éclater que lorsqu'on découvrit son corps en ouvrant une fosse pour ensevelir une personne qui venait de mourir. Voilà que son corps était parfaitement intact 40 ans après sa mort. On n'aurait donc jamais parlé de Germaine si Dieu n'avait permis ce 1er miracle qui fit que les curieux commencèrent à accourir, qu'on interrogea les gens qui avaient pu la connaître et que des guérisons de produisirent par son intercession. Le souvenir de la jeune bergère était presque effacé dans la mémoire des anciens qui l'avaient connu, mais quelques-uns se rappelaient de cette jeune fille qu'on appelait "la bigote", qui allait à la messe presque tous les jours, qui se confessait tous les dimanches, qui récitait l'angelus en gardant ses moutons, se mettant à genou à l'endroit même où elle se trouvait, fût-ce un ruisseau qu'elle était en train de traverser ; que chez sa marâtre, elle couchait dans la bergerie ou dans une galerie sur des sarments, afin qu'elle n'approche pas les autres enfants, qu'on ne lui donnait guère que du pain et de l'eau et qu'elle redistribuait une partie de ce pain aux pauvres.

Aux yeux des hommes, cette vie était peu enviable ; aux yeux de Dieu, elle resplendissait de la beauté de la grâce. Si nous appliquions à Germaine les images que Jésus utilise dans l'Evangile de ce jour pour évoquer le Règne de Dieu, nous dirions qu'elle fut cette semence jetée en terre par le semeur divin pour qu'elle devienne un magnifique épi, un épi plein de blé. Nous dirions qu'elle fut cette petite graine de moutarde qui a grandi et a dépassé toutes les autres plantes, qui est devenu un grand arbre à l'ombre duquel les oiseaux peuvent faire leur nid.

La vie de sainte Germaine est une belle illustration de la réalité invisible du Règne de Dieu à l'œuvre dans ce monde, dans le cœur des hommes et des femmes de ce monde. C'est une réalité qui échappe facilement aux yeux de ceux et celles qui ne regardent que l'apparence, qui ne se fient qu'aux choses qui brillent, qui ne sont sensibles qu'au succès, à la réussite matérielle, à la puissance et à l'éclat des réalisations prestigieuses. Mais ceux-là n'ont pas accès aux secrets du Royaume ; le sens du mystère est caché pour eux. Seule la foi et l'humilité nous donne la conviction que Dieu peut agir en toutes circonstances, même au milieu des échecs, au cœur des épreuves et des souffrances qui sont le lot de notre condition humaine.

Le sens du mystère, c'est de savoir avec la certitude de la foi que celui qui s'en remet totalement à Dieu, qui s'abandonne à lui par amour, sera certainement fécond, qu'il produira beaucoup de fruit. La vie de sainte Germaine est la parfaite illustration du Règne de Dieu à l'œuvre dans l'humanité. Ce qu'il y a de faible, de petit, de pauvre dans le monde, voilà ce que Dieu a choisi pour confondre les puissants et pour faire éclater la puissance de grâce et de sa gloire. La pauvre bergère qu'on ne regardait pas, qu'on ne considérait pas et même qu'on méprisait, c'est elle que Dieu a choisi pour faire rayonner son Règne d'Amour.

Frères et sœurs, nous sommes invités à convertir notre propre regard pour que devenions capables de discerner le Règne de Dieu à l'œuvre dans le monde, pour que, grâce à la foi, nous puissions espérer en ce que nous ne voyons pas, pour que nous cultivions la patience, à l'exemple du semeur qui ne verra peut-être pas la moisson. La sainteté de Germaine est restée cachée ou presque aux yeux de ses contemporains, mais elle a éclatée après sa mort qui a correspondu à sa naissance au ciel. Comme la graine jetée en terre, elle a grandi, elle a porté du fruit, beaucoup de fruit. Et nous les récoltons aujourd'hui, pèlerins de la foi et de l'espérance que nous sommes.

Chers amis, demandons la grâce de nous mettre à l'école de l'humilité, à l'exemple de sainte Germaine. Par l'intercession de la sainte de Pibrac, demandons d'accepter de n'être que la graine déposée dans l'humus de la grâce pour qu'elle grandisse et porte du fruit. A l'ombre du grand arbre de la croix du Sauveur, que l'offrande de nos vies unie à celle du Christ rende le témoignage d'amour que le monde attend des disciples de celui qui s'est défini comme "doux et humble de cœur". Amen.

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