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27 septembre 2014 - 26ème dimanche Temps ordinaire – Année A

Abbatiale d'Arnac - Installation du curé

En ce jour d'installation de votre curé, je voudrais tout d'abord vous dire que l'Abbé Euriko Sampaio ne ressemble à aucun des deux fils de la petite parabole que raconte Jésus. Lorsque je lui ai demandé de quitter le groupement paroissial d'Eygurande et l'ensemble interparoissial d'Ussel pour venir chez vous, il ne m'a pas dit 'non' et puis 'oui' ou bien 'oui' et puis 'non' ; il m'a dit 'oui' tout simplement et je tiens à lui exprimer ma reconnaissance pour sa disponibilité, car ce n'est jamais facile – j'en ai fait l'expérience – pour un prêtre de quitter une paroisse pour une autre ; et en même temps, c'est un bien pour le prêtre et pour les paroissiens que ce renouvellement qui permet de ne pas trop s'installer dans les habitudes et parfois dans une certaine routine. Le défi que représente pour le prêtre le fait de découvrir une nouvelle paroisse et pour les paroissiens de recevoir un nouveau pasteur doit être vu comme une grâce pour un nouvel élan missionnaire des uns et des autres. C'est ce que je souhaite pour vous et pour votre nouveau curé !

Je voudrais profiter de cette circonstance particulière pour vous inviter à mieux prendre conscience de ce que représente dans la vie de l'Eglise diocésaine la réalité paroissiale, le ministère de pasteur dans une paroisse et la collaboration nécessaire entre celui qui reçoit la charge de curé et les baptisés qui exercent des responsabilités dans la communauté paroissiale, mais aussi de tous les baptisés.

Tout d'abord, il est bien clair qu'on ne peut être chrétien si ce n'est dans une communauté convoquée et rassemblée au nom du Christ ; c'est le sens de cette réalité qu'on appelle depuis des siècles la paroisse. Certes le visage des paroisses a pu varier au cours des siècles et, aujourd'hui encore, il est sans doute appelé à s'adapter à la situation qui est la nôtre en ce moment de la vie du monde et de l'Eglise, mais cela ne signifie pas pour autant que la paroisse serait désormais quelque chose de dépassé. Non. Dans son exhortation apostolique, La joie de l'Evangile, le pape François souligne l'importance de la paroisse comme lieu où, aujourd'hui, l'Evangile doit être annoncé, à nouveaux frais, selon des manières renouvelées, en acceptant de discerner, de se purifier et de se réformer, autrement dit en acceptant une véritable conversion missionnaire.

Le saint pape Jean-Paul II définissait la paroisse comme étant l'Eglise même, vivant au milieu des maisons de ses fils et de ses filles ; et, avant lui, le saint Pape Jean XXIII disait de la paroisse qu'elle est comme "la fontaine au milieu du village où tout un chacun peut venir puiser de l'eau". La paroisse est le signe visible de la présence de l'Evangile dans les dimensions quotidiennes et ordinaires de la vie des hommes, là où se vivent les affections, le travail et la fête, l'expérience de la fragilité, les souffrances, la transmission culturelle et éducative, les relations sociales. On peut dire, pour résumer tout cela, que la paroisse est de tous et pour tous. Et d'ailleurs, lorsque l'évêque nomme un curé dans une paroisse ce n'est pas seulement pour qu'il prenne soin des fidèles habituels, mais bien pour qu'il soit envoyé vers tous les habitants et qu'il ait le souci de tous. La paroisse est pour tous les habitants d'un lieu la présence de l'Eglise, par son caractère de proximité à tous, d'ouverture à tous et d'accueil de tous.

Au cœur de la vie paroissiale, il y a un point de référence très important : c'est l'Eucharistie et plus précisément l'Eucharistie dominicale. L'Eucharistie, c'est Jésus Christ qui s'offre lui-même pour tous ; l'Eucharistie, c'est la source, le cœur, la manifestation d'une Eglise qui est en même temps communion et mission. L'Eucharistie, c'est comme cet excès d'amour qui appelle tout le monde à l'unité et qui offre à notre unité le fondement d'un Amour absolu, l'amour dont Jésus a aimé et aime l'Eglise. C'est cet amour – initiative totalement gratuite de Dieu – que la mission veut annoncer à tous les hommes. En s'alimentant avec l'eucharistie, la communauté paroissiale devient toujours plus communion et mission. L'Eucharistie paroissiale est vraiment le lieu où resplendit cette dynamique, parce que c'est là que le Peuple de Dieu se rassemble, dans la variété de ses composantes, sans particularisme, sans sélection, sans exclusion. La paroisse n'est pas un club d'amis, une association comme les autres. C'est bien cette 'catholicité' de la paroisse, manifestée dans la centralité de l'Eucharistie, qui montre aussi la nécessité du ministère sacerdotal ; sans le prêtre, il n'y a pas d'eucharistie et donc il n'y a pas non plus de paroisse.

Aujourd'hui, il y a une urgence : c'est de ramener au centre de l'activité paroissiale "la première annonce de l'évangile", c'est-à-dire l'annonce de Jésus-Christ à ceux qui ne le connaissent pas encore. Comment ? En développant encore plus l'accueil des personnes, des initiatives nouvelles de proposition du message chrétien, en cultivant aussi la dimension culturelle, en valorisant l'art sous toutes ses formes. Aujourd'hui, nos paroisses ne peuvent plus se contenter de recevoir les demandes des personnes pour célébrer des baptêmes, des mariages, des obsèques, mais elles doivent aussi réveiller la demande religieuse de beaucoup de familles, en donnant le témoignage de la foi, de l'espérance et de la charité. Il ne s'agit pas de vouloir préserver ce que nous a vons, mais il s'agit de se préoccuper avant tout d'annoncer l'Evangile et pour cela de s'adapter aux situations nouvelles des personnes, qui ne font plus des demandes 'standard' comme autrefois ; de s'adapter non pas pour se modeler sur la vie du monde, mais pour être plus proche, pour mieux comprendre nos contemporains et ainsi pouvoir leur donner le meilleur que nous possédons : le trésor de la foi.

Aujourd'hui, vous recevez un nouveau curé et c'est l'occasion pour l'évêque de vous dire que la paroisse, ce n'est pas le curé tout seul – vous le savez bien. La paroisse, c'est le lieu où chaque baptisé est appelé à vivre les dons de son baptême, comme l'a si bien indiqué le Concile Vatican II : être prêtre, prophète et roi. Qu'est-ce que ça signifie concrètement ? Le baptisé exerce son sacerdoce baptismal en faisant de sa vie une offrande à Dieu ; et cela se vit dans la prière, dans la messe dominicale, dans les autres sacrements, mais aussi dans le quotidien de l'existence. Le baptisé est prophète en ce sens que par son témoignage de vie, parfois par sa parole aussi, il annonce l'Evangile du salut. Le baptisé est roi, dans le sens où il se met au service des autres par le don de soi-même. Et pour que chacun et tous puissent vivre toutes ses dimensions de la vie baptismale, il y a le prêtre qui a reçu l'ordination sacerdotale. Pour que tous soient pleinement prêtres, prophètes et rois, le Seigneur a institué le sacrement de l'Ordre : l'évêque, les prêtres et les diacres sont au service de leurs frères et sœurs baptisés pour qu'ils déploient la grâce de leur baptême ; ils les enseignent, ils les sanctifient par les sacrements et ils les guident pour avancer sur les chemins du salut.

Cela ne veut pas dire que le prêtre doive tout faire dans la paroisse. Il doit s'entourer de personnes qui l'aideront dans l'exercice de sa charge pastorale ; il s'agit de l'équipe d'animation pastorale, mais aussi de tous ceux qui participent à sa tâche d'enseignement en faisant la catéchèse aux enfants, aux jeunes, aux adultes ; il s'agit de ceux qui participent à la charge de sanctification en aidant le prêtre pour la liturgie ; il s'agit de ceux qui veillent à ce que les plus petits, les malades, les personnes âgées et seules ne soient pas oubliées, mais qu'elles soient visitées, etc. Dans tout cela, il s'agit que les prêtres et les laïcs collaborent pour que toutes les tâches soient accomplies et que personne ne soit oublié. Mais il faut bien comprendre cette collaboration : elle ne signifie pas qu'on doive cléricaliser le rôle des laïcs, que l'on doive étendre aux laïcs ce qui est vraiment de la compétence propre du prêtre. Non, ce n'est pas cela la collaboration entre prêtres et laïcs dans l'Eglise. Il ne s'agit de faire "à la place de", mais de "faire avec", chacun à sa place, chacun avec ses fonctions et ses charismes, c'est-à-dire les dons du Seigneur. Si les relations sont vécues en terme de concurrence et de jalousie, alors ce n'est plus le témoignage de l'Evangile qui est donné, mais le contre-témoignage. Cela ne signifie pas qu'il n'y aura pas parfois des conflits ; c'est humain qu'il y ait des conflits dans les relations humaines, mais ils sont faits pour être dépassés en cherchant avant tout à vivre la communion dans la foi et la charité. La division est toujours diabolique, la communion est divine.

Pour terminer, je voudrais dire que tout ce programme de vie dans la paroisse, tout ce travail de relations, de collaborations ne peut vraiment exister que si chacun est prêt à se convertir. La vie chrétienne est un chemin de conversion. On aurait beau créer les meilleures structures, cela ne servirait à rien si les cœurs ne changent pas, si chacun ne cherche pas à avancer sur le chemin de la conversion chrétienne. Il n'y a pas de renouveau possible sans purification personnelle et communautaire, comme le rappelle le pape dans son Exhortation la joie de l'Evangile. Voilà pourquoi avec le conseil des prêtres, j'ai proposé de consacrer une année à travailler, partout dans le diocèse, à partir de ce texte du pape pour trouver de nouveaux chemins pour l'Evangile dans nos paroisses de Corrèze, dans notre Eglise locale.

Que la Sainte Vierge, l'étoile de la nouvelle évangélisation, intercède pour nous et soit pour nous un modèle dans ce chemin. Amen.

 

+ Francis Bestion

Evêque de Tulle