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15 août 2014 - Solennité de l'Assomption de Notre-Dame

Roche-de-Vic

Etrange vision que celle du livre de l’Apocalypse avec ces deux figures si opposées : celle de la Femme, couronnée d’étoiles, ayant le soleil pour manteau, portant en son sein Celui qui sera le Berger des nations, et celle de l’énorme dragon, prêt à dévorer l’enfant dès sa naissance.

Cette vision dramatique pourrait être interprétée comme le symbole de la lutte entre le Bien et le mal, entre le Christ et Satan. Cependant, il ne faudrait pas que cet arrêt sur image nous laisse croire que l’issue de ce combat est encore incertaine… Il n’en est rien ! Dans le drame qui se joue entre la Femme qui enfante – image de la Vierge Marie et de l’Eglise – et le dragon – symbole de Satan –, c’est le Salut de l’humanité qui est signifié et la victoire de Dieu qui « enlève l’enfant auprès de son Trône ». Cette vision prophétique est celle de la victoire de la foi sur les forces du mal : « Voici maintenant le Salut, la puissance et la royauté de notre Dieu et le pouvoir de son Christ ! ». Notre humanité n’est pas désespérément vouée aux forces du mal. En Jésus-Christ, l’Espérance définitive du Salut s’est levée sur le monde !

Mais alors, frères et sœurs, d’où vient donc, dans la vie de l’humanité, cette sorte de hiatus, de fossé entre d’un côté les progrès de la science et de la technique, qui ont engendré un mieux-vivre, un espoir de venir à bout des fléaux et des maladies, et d’un autre côté une sorte de mécontentement, de peur, d’angoisse permanente, d’insatisfaction, et, pour tout dire, d’un malaise de notre civilisation moderne ?

Ne serait-ce pas que les hommes en sont venus à confondre les conditions de vie et le sens de la vie ? Ne serait-ce pas qu’ils se sont laissés endormir par les mirages du progrès jusqu’à croire que ce progrès pouvait résoudre tous leurs problèmes matériels et existentiels, et que, du coup, ils sont déçus, parce qu’il n’en est pas ainsi ? Bref, ne serait-ce pas qu’ils en sont venus à confondre leurs petits espoirs terrestres – certes légitimes mais bien limités – avec la Grande Espérance, seule capable d’ouvrir les âmes à un au-delà des horizons finis et limités qui bornent la vie des hommes ?

Il est bien légitime d’aspirer à plus de bien-être, de sécurité, de santé, de paix, mais cela ne résout pas le problème de la mort, car d’elle on ne guérit pas. C’est la grande épreuve à laquelle tout un chacun est confronté. Et seule la Grande Espérance qui naît de la foi dans la victoire du Christ Ressuscité peut nous ouvrir au seul Salut capable d’affronter cette épreuve irrémédiable.

Voilà pourquoi, vous qui êtes ici pour célébrer l’Assomption de la Vierge, vous pouvez rendre grâce au Seigneur pour la foi qui vous y a conduits ! Même si votre foi vous paraît peut-être faible ou incertaine, vous pouvez vous appuyer sur elle pour confier au Seigneur, par l’intercession de Notre-Dame, tous vos soucis, toutes vos difficultés et celles de vos proches. La présence maternelle de la Vierge Marie fait la joie de l’Eglise aujourd’hui ; et, comme Elisabeth, nous pouvons dire, nous aussi : « comment ai-je ce bonheur que la mère de mon Seigneur vienne jusqu’à moi ? » !

La solennité de l’Assomption nous ouvre à la Joie parce que Marie est le signe, le témoin et la première bénéficiaire de la Grande Espérance du Salut :

- Elle en est le signe puisque sa cousine Elisabeth reconnaît sa maternité divine : « Tu es béni entre toutes les femmes, et le fruit de tes entrailles est béni ! ».

- Elle est le témoin de la Grande Espérance puisqu’elle s’est tenue debout au pied de la Croix et que sa foi n’a pas défailli à l’heure de l’épreuve ; et aussi, puisqu’au Cénacle, avec les Apôtres, elle est déjà la Mère de l’Eglise naissante accueillant l’Esprit-Saint pour porter à tous les hommes la foi au Christ Ressuscité.

- Enfin, elle est la première bénéficiaire de la Grande Espérance du Salut, puisqu’elle n’a pas connu la corruption du tombeau ; la fête de ce jour célèbre sa prise en charge par Dieu (c’est littéralement le sens du mot Assomption) ; elle a été prise en charge par Dieu, de manière totale et définitive, corps et âme, pour la gloire de la vie éternelle.

Cette Joie de la foi en la victoire du Ressuscité, cette joie de la Grande Espérance dont la Vierge de l’Assomption est l’aboutissement serait pourtant bien éphémère et comme sans effet pour nous, si elle ne nous entraînait pas à changer notre manière de vivre, si elle ne se concrétisait pas dans notre existence quotidienne pour l’orienter sur les chemins où le Christ veut entraîner ses disciples. C’est déjà beaucoup de recevoir de la foi et de l’Espérance le SENS de la vie, mais il faut aussi réorienter sans cesse notre vie dans le sens de l’Amour, l’Amour de Dieu et l’Amour de nos frères.

Frères et sœurs, ne nous laissons pas enfermer dans le piège des tourbillons médiatiques qui s’auto-alimentent et essayent d’imposer à tous une pensée unique, une manière de vivre unique, un prêt-à-penser et un prêt-à-vivre...

Ne nous laissons pas enfermer dans les affres d’une société procédurière où on se complaît dans la victimisation et où l’on ne cesse de rechercher des coupables…

Ne nous laissons pas entraîner par les flots de la violence verbale ou physique. Au contraire, ouvrons nos cœurs à l’Amour divin ; qu’il les dilate aux dimensions de la fraternité du Christ pour tous les hommes. Laissons le Christ nous apprendre à nous faire le prochain de tout homme dans le besoin, de celui qui est au bord du chemin et qui attend la main d’un frère pour l’aider à se relever.

Aujourd'hui, nous confions à l'intercession de Notre-Dame nos frères chrétiens persécutés en Irak et en bien d'autres endroits du monde ; elle qui connut l'exil en Egypte avec la sainte Famille, qu'elle prenne en pitié nos frères qui souffrent.

Notre-Dame de l’Assomption, intercède pour nous ; viens poser sur nos vies les pans de ton manteau de lumière pour les protéger du malin et les remplir de la foi en la victoire de ton Fils et de la Grande Espérance du Salut ! Ainsi soit-il !

 

+ Francis Bestion

Evêque de Tulle