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Interview du père Elisée sur l'Unité des chrétiens

Du 18 au 25 janvier 2018, l’Église a célébré la semaine de prière pour l’unité des chrétiens.
À cette occasion nous avons rencontré le père Elisée, moine et prêtre grec catholique melkite dans le diocèse de Tulle, qui revient sur le sens de la prière pour l'Unité des chrétiens.

Pourquoi une semaine de prière pour l’unité des chrétiens ?
Père Elisée - À la fin du XIXe siècle, début XXe, les relations sont extrêmement polémiques et agressives entre les Églises. Des personnes de confessions différentes se sont alors liées d’amitié, et ont mis en avant l’aspect spirtituel qui les reliait. Même si on n’est pas encore juridiquement, canoniquement unis, on peut être spirituellement unis par la pière. 
C’est la formule de l’abbé Couturier : Comme Dieu le veut, par les moyens que Dieu veut et quand Il le voudra ! C’est à dire qu’on ne pose pas de conditions à l’unité, et on essaie d’être attentifs aux signes des temps et aux signes de l’Esprit. 

Quelle unité demande-t-on lorsque l’on prie pour l’unité des chrétiens ? Est-on appelé à faire des concessions ?
P.E - L’unité est un tout et englobe tous les aspects. C’est d’abord une question de regard. Est ce que l’on regarde les différences comme quelque chose de scandaleux qu’il faut absolument abolir, ou est-ce qu’on les regarde, sous certains aspects, comme quelque chose de complémentaire ? Ainsi certaines églises ont pu développer tel ou tel aspect peut-être pas aussi présent dans l’Église catholique. À ce titre ce peut être source d’inspiration.
Ensuite, il y a toute la question du dialogue théologique qui a bien avancé. Il s’agit de cerner ce qui nous divise et de revenir sur les aspects historiques. Comment ces divisions sont-elles apparues ? Quels sont les facteurs vraiment théologiques qui ont causé ces divisions ? Et ensuite on réfléchit à un modus vivendi sur ces questions-là.


Sur quels points en particulier les Églises ont-elles avancé ?
P.E - Entre l’Église catholique et les Églises orthodoxes, la question de la primauté du pape a été beaucoup réfléchie. Comment penser une primauté qui serait recevable pour les orthodoxes dans le cadre de leur autonomie ecclésiastique des patriarchats ? Les derniers papes ont été tout a fait explicites pour faire des pas dans ce sens-là.
Chez les protestants, il y a eu, il y a presque 20 ans, un accord doctrinal très important sur la question de la justification qui était au cœur du débat théologique de l’époque, en suivant cette même méthode historique pour connaître tous les facteurs de ce désaccord.
Il y a eu des avancées considérables des deux côtés, avec des commissions mixtes tout à fait officielles.


Quelle expérience personnelle avez-vous fait de l’unité des chrétiens ?
P.E - Après avoir vécu de longues années au Moyen-Orient, en particulier près de Jérusalem, il y a un domaine œcuménique qui m’a marqué et qui n’est pas assez mis en valeur, c’est celui de la spiritualité. Quand on demande aux gens « qui est Dieu pour vous ? », on arrive beaucoup plus facilement à un consensus. On s’apperçoit que l’on peut avoir des exépriences très similaires. Ce n’est pas au détriment de la théologie, mais c’est un aspect qui permet d’avoir un peu de recul et de voir les choses de haut.


Dans le Credo on dit « je crois en l’Église, Une, Sainte, Catholique et Apostolique. Qu’en est-il des autres chrétiens ?
P.E - Le credo dans les églises orthodoxes dit la même chose en grec. Mais souvent il y a une confusion entre catholique et romain. Catholique, en grec, signifie Universel. C’est ce qui est au-delà du particulier, ce qui fait l’unité des éléments particuliers, et la tradition latine, ou romaine, est un de ces éléments particuliers. Le ministère du pape est donc justement d’être ce lien d’unité entre les Églises, et non d’uniformiser en imposant le rite latin à tout le monde. À la Pentecôte, chacun parle sa propre langue et tout le monde se comprend. À l’opposé, on trouve l’histoire de Babel, entreprise tyrannique qui impose un seul langage.
L’Église est constitutive de l’unité.Il faut que cette diversité devienne symphonique. 

 

Comment vivez-vous cette unité au sein du diocèse ?
P.E - J’ai de très bonnes relations avec les prêtres du diocèse. J’ai été accueilli très généreusement. Le rite byzantin à Aubazine existe depuis les années 60 donc ce n’est pas une nouveauté pour le diocèse. Nous avons aujourd’hui une petite paroisse ici, qui rassemble une quinzaine de personnes, des gens d’origine très diverses, venant parfois d’assez loin et qui ont construit des liens fraternels.

 

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